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Le Jésus de Benoît XVI, par un conservateur qui secoue le cocotier ?

D 13 mars 2011     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Que s’est-il passé durant la dernière semaine de l’existence terrienne du Christ ? C’est le thème du livre de Benoît XVI : « Jésus de Nazareth. De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection » (1), publié le 10 mars sous la double signature de Joseph Ratzinger et Benoît XVI. Et pourquoi, ici, un article sur ce livre ?

Parce que le catholique baroque Philippe Sollers a déjà donné un premier écho à cette parution dans Le Parisien du 10 mars et qu’il s’agit d’un véritable événement éditorial, si l’on prend comme étalon, le nombre d’exemplaires en cours de première impression : 100.000 pour la France. (le phénomène n’est pas que français : 150.000 pour l’Allemagne + 50.000 déjà relancés).
Etonnant quand la pratique religieuse catholique est devenue résiduelle en France ! Etonnant, s’agissant de la figure d’un pape dont les médias ont épinglé, sans ménagement, quelques unes de ses « sorties » médiatiques ! Pourquoi le théologien Joseph Ratzinger trouve-t-il grâce ? Le reste de fond religieux chrétien dans le peuple français ? La curiosité d’entendre d’autres messages que ceux formulés par la société économico-politique normative ?... Laissons le temps aux sociologues pour expliquer cet intérêt, aujourd’hui.

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Jésus de Nazareth, De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection

Le pape y donne son interprétation des textes sacrés sur des épisodes comme le lavement des pieds, la Cène, le procès de Jésus, la crucifixion, la mise au tombeau ou la résurrection.

Disons d’abord que ce livre porte la double signature de Joseph Ratzinger et Benoît XVI, comme le premier tome 1, parce qu’il s’agit d’un travail commencé par Joseph Ratzinger avant qu’il ne devienne pape, et aussi parce qu’il insiste sur le caractère personnel de ce travail, de cette réflexion. Il ne s’y exprime pas en tant que pape, mais simplement en tant que catholique, et intellectuel, à la lumière des textes qu’il dépoussière, comparant les traductions, remontant à la source. Et le conservateur rétrograde Benoît XVI, - une étiquette que son cursus et son âge rendent si automatique, dans la presse - eh bien, il lui arrive de la décoller, cette étiquette dans son exégèse des textes.

Ainsi, juste une « foule » ( « ochlos » en grec ancien) a condamné Jésus. Benoît XVI le réitère : cette foule devenue « tout le peuple » chez Saint Matthieu, ce n’est rien moins qu’une interprétation « raciste » (sic) !
- Mine de rien, nous voilà transposés en pleine époque contemporaine, Matthieu serait passible des tribunaux, pour injure raciale, tout Père de l’Eglise qu’il est - Non le peuple juif n’est pas déicide ! Cela avait déjà été dit, mais il le prouve par les textes !

Autre exemple de l’étiquette écornée de conservateur quand il parle de morale. En traduction libre : le message catholique s’est fourvoyé en mettant au premier plan des considérations morales (et sexuelles). C’est abordé dans le chapitre du rite de purification du lavement des pieds : « la dévotion du XIXe siècle a de nouveau rendu unilatéral le concept de la pureté, la réduisant toujours plus à la question de l’ordre dans le domaine de la sexualité, la contaminant ainsi de nouveau par le soupçon à l’égard de la sphère matérielle du corps  ». (voir l’analyse de Jean-Marie Guenois, Le Figaro). Le Pape explique comment on est arrivé à «  une conception seulement morale du christianisme  » perçu comme une «  sorte d’effort moral extrême  » et inaccessible en pratique. Le message catholique, c’est la vie de Jésus et sa résurrection...

Mais, même au niveau de la résurrection, Joseph Ratzinger fait parler les textes, et s’interroge sur la nature de la résurrection du Christ. avec une tonalité renouvelée. Sur ce point, il ajoute à son exégèse érudite et rationnelle des textes, la dimension de la foi et avance une hypothèse inouïe : « Jésus n’est pas quelqu’un qui est revenu à la vie biologique ordinaire et qui par la suite, selon les lois de la biologie, devait un jour ou l’autre mourir de nouveau ». Et aussi : « C’est un événement qui fait partie de l’histoire et qui, pourtant, fait éclater le domaine de l’histoire et va au-delà de celle-ci. [...] ...une sorte de saut qualitatif radical par lequel s’ouvre une nouvelle dimension de la vie, de l’être homme. ». L’auteur développe : « Etant donné que nous-mêmes n’avons aucune expérience de ce genre renouvelé et transformé de matérialité et de vie, nous ne devons pas être étonnés du fait que cela dépasse complètement ce que nous pouvons imaginer. L’essentiel est le fait que, dans la résurrection de Jésus, il n’y a pas eu la revitalisation d’un mort quelconque à un moment quelconque, mais que, dans la Résurrection, un saut ontologique a été réalisé. »

Un conservateur, un rien non conventionnel ! Un conservateur qui secoue le cocotier ? Jugez-en sur pièces.

Et le père Giuseppe Costa, directeur de la Librairie éditrice vaticane n’a-t-il pas un sens certain de la communication, en coordonnant les sorties en librairie pour le début du Carême, c’est-à-dire l’avant-Pâques pour les catholiques ? Ce tome 2 retrace la vie de Jésus de son entrée à Jérusalem jusqu’à la Résurrection !

Et la vieille machine à communiquer qu’est la Librairie éditrice vaticane, d’annoncer dans la foulée, que le livre sera aussi disponible en version numérique ! - comme le premier tome, d’ailleurs. (cf. « Du crayon à l’e-book », le titre d’un entretien publié par L’Osservatore Romano en italien du 10 mars, avec le père Giuseppe Costa.)

Premier écho de Philippe Sollers

C’est une lecture réjouissante

PhilippeSollers, l’affirme sans ambages : il est catholique, mais pratique plus volontiers dans ses chères églises italiennes - Venise est sa seconde patrie - qu’en France. L’écrivain a été l’un des rares privilégiés à lire en avant-première le second tome de « Jésus de Nazareth » de BenoîtXVI.

Quel intérêt avez-vous trouvé à la lecture de ce livre ?

PHILIPPE SOLLERS. J’aime beaucoup ce travail fait par Benoît XVI, qui consiste à parler d’un Jésus bien vivant. Les premiers chrétiens s’appelaient entre eux « les vivants », d’ailleurs. Ce livre permet de sortir de l’ignorance générale que l’on a sur Jésus. On croit tout connaître sur lui, alors qu’en réalité les gens en ont au mieux une image de personnage de cinéma. Ce deuxième tome de la vie de Jésus, de son entrée de Jérusalem à la Résurrection, en passant par l’épreuve de la croix, est avant tout, à mes yeux, un formidable polar.

C’est-à-dire ?

Quel suspense insoutenable !

Imaginez l’entrée triomphale de Jésus dans la ville, puis, en quelques jours seulement, le drame : la trahison par son ami Judas, l’apparition du diable, qui le tente, Pilate qui ne sait trop qu’en faire et qui relâche à sa place Barabbas, le terroriste, pour calmer l’opinion publique. Quel suspense insoutenable ! D’un point de vue intellectuel, c’est une lecture réjouissante, le pape est très précis, il est nourri de l’Ancien Testament, des psaumes. Dans l’art, combien de chefs-d’ ?uvre ont été inspirés de ces dernières scènes de la vie du Christ ? C’est extraordinaire.

On a du mal à vous imaginer fan de Benoît XVI...

Pourtant j’aime les papes. Benoît XVI fait son travail, il est sérieux. Il est à la tête d’une grande multinationale de près de 1,3 milliard d’hommes. Leurs problématiques ne doivent pas se réduire à quelques bribes dévotes et caricaturales. Le mot évangile veut dire « bonne nouvelle », et je pense en effet que c’est une très bonne nouvelle.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNE-CÉCILE JUILLET
Le Parisien, 10 mars 2011

Pourquoi Benoît XVI critique la morale catholique

analyse par :

Jean-Marie Guénois
RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT
Le Figaro, 9 mars 2011.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Benoît XVI, pourtant perçu comme un pape « rétrograde », pulvérise une conception étriquée de la morale catholique et beaucoup d’autres poncifs, dans le second tome de son Jésus de Nazareth, en sortie mondiale aujourd’hui.

Il va même plus loin que son prédécesseur, Jean-Paul II, avec qui il nourrissait ce rare désaccord, portant sur le primat donné à la morale sexuelle. Joseph Ratzinger a toujours pensé que l’éthique du comportement dépendait d’abord de la vivacité de la foi chrétienne. Estimant qu’à trop parler de morale on finissait par vider les églises.

L’une des grandes entreprises de son pontificat - la plus méconnue, du reste - consiste donc à parler avant tout du Christ, plus que de l’Église catholique. Il l’a d’ailleurs rappelé lors de son voyage vers le Royaume-Uni le 16 septembre dernier : « L’Église ne travaille pas pour elle-même, elle ne travaille pas pour croître en nombre et ainsi augmenter son pouvoir. L’Église est au service d’un Autre, elle n’est pas utile pour elle-même, pour être un corps fort, mais pour rendre accessible l’annonce de Jésus-Christ.  »

Et c’est la raison profonde de la longue rédaction de cette ?uvre magistrale sur Jésus de Nazareth, à laquelle il tient beaucoup et qu’il cosigne « Joseph Ratzinger » et « Benoît XVI ». L’écriture du troisième tome est déjà en cours.

Le deuxième tome, publié aujourd’hui, commente toute la semaine sainte : de l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem jusqu’à son ascension, en passant par la dernière scène, le jugement, la passion.

Il sera parfait pour une lecture de carême, mais ce n’est pas un livre pieux ni à l’eau de rose ! On y retrouve la méticulosité du théologien allemand, qui compare les versions des différents évangiles, les met en débat avec les points de vue - souvent contradictoires - des exégètes, ces spécialistes de la Bible. Benoît XVI coupe parfois les cheveux en quatre, mais dessine, au final, un portrait inattendu du fondateur du christianisme.

Ainsi de l’éthique sexuelle. Le Pape en parle à propos de l’épisode du lavement des pieds des disciples, par le Christ. Acte qui pose la question de la « purification », commune à « toutes les religions » pour « pouvoir s’approcher de Dieu  ». Et Benoît XVI d’attaquer ici une vision du christianisme qui « serait essentiellement une morale, une espèce de réarmement éthique  » où « la dévotion du XIXe siècle a de nouveau rendu unilatéral le concept de la pureté, la réduisant toujours plus à la question de l’ordre dans le domaine de la sexualité, la contaminant ainsi de nouveau par le soupçon à l’égard de la sphère matérielle du corps  ».

Ainsi de la morale tout court. Le Pape explique comment on est arrivé à « une conception seulement morale du christianisme  » perçu comme une « sorte d’effort moral extrême » et inaccessible en pratique. Car, se demande-t-il, « qui peut dire de lui-même s’être élevé (. .. ) et marcher désormais sur les hauteurs, dans la loi nouvelle ? » Sa réponse est nette : « Non, la nouveauté authentique du commandement nouveau ne peut pas se trouver dans l’élévation de l’agir moral. (. . .) Nous devons nous laisser immerger dans la miséricorde du Seigneur, alors notre c ?ur aussi trouvera le juste chemin. Le commandement nouveau n’est pas simplement une exigence nouvelle et supérieure : il est lié à la nouveauté de Jésus-Christ, au fait de s’immerger toujours plus en lui.  »

C’est au fond à un regard très intérieur sur le Christ qu’il appelle mais aussi critique sur les habitudes de pensée. En changeant les perspectives, Benoît XVI, pourtant très respectueux de la tradition, veut rompre avec l’image d’une Église catholique aliénante et cadenassée.

Jean-Marie Guénois

Déicide : le pape absout le peuple juif


Véronèse, Mise au tombeau, 1560, (collection particulière)..
ZOOM, cliquer l’image

...Le pontife consacre également un chapitre à la responsabilité du peuple juif dans la mort du Christ. Selon Benoît XVI, lorsqu’en grec ancien saint Marc indique l’« ochlos » qui condamne à mort le Christ, il ne désigne pas l’ensemble du peuple mais « une foule  ». C’est saint Matthieu qui donnera plus tard une interprétation « raciste » de Marc en traduisant « ochlos » par « tout le peuple  », « D’ailleurs, s’interroge Benoît XVI, comment tout le peuple juif aurait-il pu être présent pour demander la mort de Jésus ? » Et, lorsque saint Jean évoque « les juifs » qui jugèrent le Christ, il ne désigne pas lui non plus le peuple juif, mais « l’aristocratie du temple  », une minorité.

Le concile Vatican II avait déjà renoncé à désigner le peuple juif comme « peuple déicide ». Mais, cette fois, c’est le pape en personne qui affirme son innocence en évoquant « la vérité historique  ». Une absolution définitive.

DOMINIQUE DUNGLAS (À ROME)


Extraits du livre

La nature de la Résurrection et sa signification historique


Véronèse, Résurrection.
ZOOM, cliquer l’image

Demandons-nous maintenant encore une fois, de façon résumée, de quel genre a été la rencontre avec le Seigneur ressuscité. Les distinctions suivantes sont importantes :

Jésus n’est pas quelqu’un qui est revenu à la vie biologique ordinaire et qui par la suite, selon les lois de la biologie, devait un jour ou l’autre mourir de nouveau.
- Jésus n’est pas un fantôme (un « esprit »). Cela veut dire qu’il n’est pas quelqu’un qui, en réalité, appartient au monde des morts, même s’il lui est possible de se manifester de quelque manière dans le monde de la vie.

Les rencontres avec le Ressuscité sont pourtant quelque chose qui diffère aussi des expériences mystiques, dans lesquelles l’esprit humain est un moment soulevé au-dessus de lui-même et où il perçoit le monde du divin et de l’éternel, pour revenir ensuite à l’horizon normal de son existence. L’expérience mystique est un dépassement momentané du domaine de l’âme et de ses facultés perceptives. Mais ce n’est pas une rencontre avec une personne qui, de l’extérieur s’approche de moi. Paul a très clairement fait la distinction entre ses expériences mystiques - comme par exemple son élévation jusqu’au troisième ciel décrite en 2Corinthiens 12,1-4 - et sa rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas, qui était un événement dans l’histoire, une rencontre avec une personne vivante.

A partir de tous ces renseignements bibliques, que pouvons-nous véritablement dire maintenant sur la nature particulière de la résurrection du Christ ?

C’est un événement qui fait partie de l’histoire et qui, pourtant, fait éclater le domaine de l’histoire et va au-delà de celle-ci. Nous pourrions peut-être utiliser ici un langage analogique qui, sous de multiples aspects demeure inadéquat, mais qui peut toutefois nous ouvrir un accès à la compréhension. Nous pourrions (comme nous l’avons déjà fait auparavant dans la première section de ce chapitre) considérer la Résurrection comme quasiment une sorte de saut qualitatif radical par lequel s’ouvre une nouvelle dimension de la vie, de l’être homme.

Bien plus, la matière elle-même est transformée en un nouveau genre de réalité. Désormais, avec son propre corps lui-même, l’Homme Jésus appartient aussi et totalement à la sphère du divin et de l’éternel. A partir de ce moment - dit un jour Tertullien, « l’esprit et le sang » ont leur place en Dieu (cf. De resurrect. mort. 51,3:CC lat.II994). Même si l’homme, selon sa nature, est créé pour l’immortalité, le lieu où son âme immortelle trouve un « espace » n’existe que maintenant, et c’est dans cette « corporéité » que l’immortalité acquiert sa signification en tant que communion avec Dieu et avec l’humanité tout entière réconciliée. Les Lettres de Paul adressées depuis sa captivité aux Colossiens (cf. 1,12-23) et aux Ephésiens (cf. 1,3-23) entendent cela quand elles parlent du corps cosmique du Christ, indiquant par là que le corps transformé du Christ est aussi le lieu où les hommes entrent dans la communion avec Dieu et entre eux et peuvent ainsi vivre définitivement dans la plénitude de la vie indestructible. Etant donné que nous-mêmes n’avons aucune expérience de ce genre renouvelé et transformé de matérialité et de vie, nous ne devons pas être étonnés du fait que cela dépasse complètement ce que nous pouvons imaginer.

L’essentiel est le fait que, dans la résurrection de Jésus, il n’y a pas eu la revitalisation d’un mort quelconque à un moment quelconque, mais que, dans la Résurrection, un saut ontologique a été réalisé. Ce saut concerne l’être en tant que tel et ainsi a été inaugurée une dimension qui nous intéresse tous et qui a créé pour nous tous un nouveau milieu de vie, de l’être avec Dieu.

Partant de là, il nous faut aussi affronter la question concernant la Résurrection en tant qu’événement historique.

lire la suite

Jésus de Nazareth. De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection
par Joseph Ratzinger-Benoît XVI
Editions du Rocher.

*

D’autres extraits

Extraits publiés par le Figaro Magazine (pdf), 6 mars 2011.

Extraits publiés par l’Osservatore Romano, 3 mars 2011 :
Le mystère du traître, La dernière Cène, Jésus devant Pilate.

Le livre sur amazon

Diaporama Exposition Titien, Tintoret et Véronèse
(Louvre, sept 2009-janv. 2010)

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