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Jazzistiques avec Ph. Sollers

Trésor d’amour

D 2 mars 2011     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Franck Médioni recevait Philippe Sollers dans son émission Jazzistiques, du 2 mars 2011 sur France Musique. Afin de rendre plus pérenne cette émission, nous l’avons mise en cache pileface. Merci donc à Pierre Gandolfi de ce signalement, via le forum.
Le Jazz pour Philippe Sollers, et l’influence de la musique dans son écriture et son oeuvre, à l’occasion de la publication de son dernier livre : Trésor d’amour.


1. Glenn Gould au piano


Gould en 1957 Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Joseph Haydn, Sonate N°59 en Mi bemol majeur Hob. XVI:49

[SONY SMK.52626 (Enr. en 1958)] ou CBS M2K 36947

« Ecrire, c’est d’abord placer les mots de façon qu’on les entendent. »

« Gould a compris quelque chose qui me paraît très important
c’est que — à son époque —
le concert, c’était fini,
que le piano, les salles de concert du XIXème siècle,
l’exhibition, c’était fini.
Il fallait se concentrer entièrement,
numériquement,
sur l’enregistrement.
Et vous savez qu’il s’est, en somme, enfermé,
il a vécu dans une sorte de crypte d’enregistrement,
il pouvait reprendre à 1/100ème de seconde la note [...] »

Notez ce « il fallait se concentrer entièrement, numériquement [1], sur l’enregistrement ». Notez aussi que c’est formulé en 2011, à un moment où Philippe Sollers pense fortement à la sauvegarde, « l’enregistrement » de ses propres documents. Le récent documentaire « Empreintes » témoigne de cette disposition d’esprit, comme aussi le fait qu’il ait chargé, ces trois dernières années, le couple Georgi Galabov (vidéographe) et Sophie Zhang (photographe) d’enregistrer ses conférences, déplacements, événements...
« Numériquement » dans le contexte de Gould est bien sûr un anachronisme, les enregistrements d’alors n’étant qu’analogiques. Mais, c’est dire l’évolution qui s’est faite dans l’esprit de Sollers. La « gravure » d’aujourd’hui est devenue numériquement « naturelle » (matérialisée ou dématérialisée). Nous sommes à l’ère Internet, qui n’a d’autre existence que numérique. Cet anachronisme témoigne indirectement, de la captation du mot dans le dictionnaire sollersien, malgré toutes ses réserves culturelles quant à la technologie. Réserves dont il faisait état dans « Quel avenir pour le livre et la littérature à l’ère Internet ? », le thème de sa conférence à Lille, avec Josyane Savigneau, deux semaines plus tôt.
Mais, même si la technologie n’est pas son verre de whisky, le musicien des mots qu’il est veut graver son empreinte, voix et image, dans le temps. Et ce sera numériquement ! Puisque tel est le programme du diable.

Glenn Gould sur pileface


2- Thelonious Monk, Blue Monk

Thelonious Monk, Piano
Percy Heath, Contrebasse Art Blakey, Batterie
[PRESTIGE 3PRCD-4428-2 2 (Enr. en 1954)]

« Ce que je cherche, c’est le battement, le battement libre, c’est-à-dire la chose cardiaque, authentique »

Une autre version longue de Blue Monk (Oslo, 15 avril 1966)


(durée : 10’12" — Archives A.G.)

Thelonious Monk sur pileface, ici.

Et là


3 - Ella Fitzgerald, L. Armstrong, Summertime

Georges Ira Gershwin, Summertime, Ext. du disque Porgy and Bess

Ella Fitzgerald Louis Armstrong, Trompette.
Orchestre dirigé par Russell Garcia

[VERVE 827475 2 (Enr. en 1958)]

« J’aurais voulu être clarinettiste de jazz. »
« J’ai commencé par vouloir être musicien de jazz. »
« Les duos entre entre Armstrong et Ella Fitzgerald : des scènes d’amour dans la sensualité et la tendresse. »

« Je voudrais revenir SVP deux secondes sur cette séquence.
parce que, on voit, encore une fois,
que derrière ces merveilleux Armstrong et Fitzgerald,
vous avez toute l’orchestration lourde.
C’est du cinéma,
on se croirait, vous savez, pour James Bond.
[Et Sollers d’utiliser ses dons vocaux pour illustrer ses propos ].
Pour échapper à ça,
Il y a une timide tentative
- je crois que le terme technique, c’est le scat [2],- c’est-à-dire où on invente un langage.- Il y a des enregistrements absolument vertigineux de Fitzgerald - Il faut la laisser s’échauffer -
Et à ce moment là, il faut essayer de comprendre pourquoi elle emploie ces syllabes là.
[nouvelle imitation vocale convaincante de Sollers]
c’est vraiment un art considérable
qui porte sur les syllabes.
c’est très très intéressant de voir
- et ça m’a intrigué, tout de suite - très jeune -
comment une langue peut être chiffonnée, broyée
L’anglais, le yankee blanc, là en prend un coup
et ça vient de loin.
[...]
....donc, Il ne faut pas leur mettre derrière
cette espèce de film
de film tonitruant,
d’orchestre.
Il faut les laisser jouer
comme des enfants »

Armstrong sur pileface

Le CD sur amazon.


4 - Billie Holiday, Lady sings the blues

Billie Holiday & Herbie Nichols, , Ext. du disque Jazz en Verve
Orchestre dirigé par Russ Garcia

[VERVE 833779 2]

« la musique, le secret du roman de la vie est là et on comprend que tout soit fait pour l’empêcher ou le noyer dans le vacarme continuel »
Trésor d’amour, p. 130.
«  Le mot de Nietzsche : "Sans la musique, la vie serait une erreur". »

CD sur amazon


5 - Billie Holiday, Good morning heartache

de Irene Higginbotham, Dan Fisher Ervin Drake
[VERVE 823246 2 (Enr. en 1956)]

« Adéquation presque parfaite entre le chant, l’art et la vie.
... Et l’art humain qui s’entend.
C’est un prodige Billie Holiday,
sa vie aussi.
... En fin, le drame épouvantable,
cette espèce d’agonie dans le fossé,
... le racisme aux Etats Unis, aussi, qui s’est exprimé là, d’une façon terrifiante.
...
... Billie Holiday,
... ah oui, c’est la reine de la nuit. »

« Est-ce que vous imaginez, le matin, Billie Holiday, entrant dans votre chambre
et vous dire “Good morning, Honey”
Un rêve...
Magnifique ! »

Billie Holiday sur pileface

puis Franck Médioni consacre les dernières minutes de l’émission à une brève interview de Philippe Sollers sur Trésor d’amour.

Crédit : France Musique

*
Outre les magnifiques enregistrements qui nous sont proposés (Gould, Monk, Armstrong et Fitzgerald, Billie Holiday), c’est sans doute la réflexion la plus fine que Sollers nous livre, dans un entretien, depuis Jazz en... 1978.

Sur ce que Sollers révèle de ses goûts jazzistiques dans ses romans, les amateurs pourront se reporter à notre rubrique "jazz".

A.G.


[1soulignement pileface

[2« le scat singing » : La voix imite l’instrument de jazz, mais en utilisant les syllabes "wa ba dap ba duh...”, les voyelles, les consonnes du langage. Quelques mots glissés ça et là rajoutent de l’humour à l’interprétation. Art de l’improvisation qui ne tolère que la virtuosité. Ella Fitzgerald en fut la grande voix. En France, Michel Legrand, à ses débuts, a remarquablement illustré le genre.

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3 Messages

  • V. Kirtov | 25 juillet 2015 - 10:19 1

    Pour moi, Webern et Monk, c’est pareil. C’est la folie maîtrisée, la destruction de l’instrument par l’intérieur, la vraie fausse note vraie. C’est mal jouer au bon moment. Ça, c’est prodigieux.
    Philippe Sollers
    L’INFINI n°130, Hiver 2015.


  • A.G. | 8 juillet 2011 - 21:01 2

    «  J’ai découvert Louis Armstrong à l’âge de douze ans à Bordeaux », dit Philippe Sollers. C’était donc en 1948. Pour un écrivain qui veut être entendu dans le volume sonore de son écriture, son rythme, il est intéressant de connaître les sons — "jazzistiques" — qui ont pu marquer très tôt son oreille de jeune adolescent. L’occasion nous en est donnée cette semaine par le dossier du Nouvel Observateur. Écoutez la troisième vidéo. C’est un enregistrement merveilleux de Louis Armstrong proposé par le Hot Club de France, salle Pleyel, en 1948, précisément.

    C’est sur le site du nouvelobs.


  • Alma | 3 mars 2011 - 02:18 3

    Grâce au signalement de Monsieur Gandolfi via le forum, j’avais déjà passé un très agréable moment d’écoute plus tôt aujourd’hui. Merci à pileface d’assumer d’aussi belle façon un rôle de passeur que j’apprécie de plus en plus...