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Degas sculpteur

D 27 novembre 2010     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Edgar Degas Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

MP3 restaurés le 29-04-13.

« Une exposition au musée de la Piscine de Roubaix (automne et hiver 2010-2011) et un superbe catalogue. Enfin mesure peut être prise de l’importance d’une partie de l’ ?uvre de Degas qui, de son vivant, passa quasiment inaperçue : sa sculpture. Ne fut exposée alors que la Petite danseuse de quatorze ans, laquelle, comme l’Olympia de Manet, provoqua des commentaires d’une violence inouïe. Les textes de Bruno Gaudichon et Anne Pingeot insistent avec raison sur le fait que le choix de la sculpture n’a pas obéi à une certaine lubie de l’artiste. Peintre avant tout, Degas, certes, mais la pratique du modelage de la terre et de la cire a été précoce chez lui.

L’exposition de Roubaix et les images du catalogue le montrent à l’évidence : dessins, pastels, gravures, peintures et sculptures participent d’une même énergie créatrice, chaque discipline se nourrissant des autres. Et la vérité s’impose, les admirables sculptures de jeunes danseuses sont des ?uvres égales en valeur aux plus belles toiles du peintre, elles rivalisent d’élégance, de grâce, de puissance, avec les créations d’un Rodin, et plus tard celles d’un Matisse,d’un Picasso, d’une Germaine Richier ou d’un César. C’est une excellente idée d’avoir mis en regard, dans le catalogue, les clichés pris en 1918 par le photographe Gauthier des très fragiles cires qui se trouvaient dans l’appartement de Degas (en tout cinquante-trois sculptures, chevaux, torses de femmes, femme se lavant la jambe gauche, assise dans un fauteuil, se peignant...) et les bronzes qui en furent tirés. "L’art peut-il tomber plus bas ?" se demandait un des crétins qui découvrirent horrifiés la Petite Danseuse de quatorze ans. Il peut. Dans les profondeurs de la terre d’où prennent leur élan les aériennes danseuses du Maître. »

Jacques Henric, art press 373, décembre 2010.

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Une présentation par Olivier Barrot


Degas sculpteur
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La petite danseuse de 14 ans


La petite danseuse de 14 ans
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Cette sculpture est la seule que Degas ait révélée au public de son vivant. Elle fut en effet montrée à la sixième exposition impressionniste, en 1881, où elle reçut un accueil si controversé que l’artiste renonça ensuite à intégrer d’autres modelages dans les rares présentations de son travail. Paradoxalement, l’universalité de cette ?uvre n’a sans doute pas d’autre équivalent que celle du Penseur ou du Baiser d’Auguste Rodin dans la sculpture moderne. Cette postérité extraordinaire apporte une réponse inattendue à la question de savoir si Degas est un sculpteur à part entière ou, si l’on admet que l’essentiel de ses modelages fut réalisé dans une logique d’intermédiaire, un peintre qui s’adonna accessoirement à la sculpture. Le fait que la Petite danseuse de 14 ans soit sans doute l’oeuvre la plus automatiquement citée lorsque l’on parle de Degas permet bien d’évoquer l’abolition des séparations et de situer l’artiste dans une logique très moderne d’ouverture polymorphe.
Mais notre regard sur cette ?uvre emblématique est très différent de celui que lui accordèrent ses contemporains à l’occasion de l’exposition impressionniste de 1881. La sculpture était très attendue. Degas l’avait annoncée dans le catalogue de la précédente exposition, en 1880, mais la vitrine était restée vide. En 1881 elle était arrivée en retard et elle fit l’événement. On évoqua les sources possibles dans l’art antique ou dans les cultures exotiques, au Moyen-Âge et à la Renaissance, dans les arts populaires ou dans les objets industriels, dans les romans du temps et dans l’appétit contemporain pour les sciences. Le romancier et critique Joris-Karl Huysmans s’enthousiasma, écrivant : « Du premier coup, M. Degas a culbuté les traditions de la sculpture comme il a depuis longtemps secoué les conventions de la peinture ». Mais d’autres commentateurs s’indignent : « Avez-vous pu, réellement, rencontrer un modèle aussi horrible, aussi repoussant ? » ou évoquent « le museau vicieux de celte fillette à peine pubère, fleurette de ruisseau ».
En fait, les commentateurs convaincus comme les détracteurs expriment bien la nouveauté d’une telle ?uvre dans un contexte artistique. Se souvenant sans doute de la sculpture religieuse espagnole qu’il connaissait, Degas réalise une oeuvre d’un naturalisme troublant, associant différents matériaux : l’un pour le corps, un nu encore presque enfantin, d’autres pour les accessoires, vêtements, chaussons et cheveux. La réputation des danseuses, alors confondues par principe avec le monde de la prostitution, et la référence à la sculpture médicale en cire, hyperréaliste que l’on voit à celte époque dans les foires et les expositions scientifiques, ajoutent au trouble et à la confusion. Le modèle de celte ?uvre extraordinaire est connu. Il s’agit de Marie Van Goethem qui était l’une des trois filles d’un tailleur belge et d’une blanchisseuse, toutes élèves en classe de ballet. Marie, née à Paris le 17 février 1864, avait donc bien quatorze ans en 1878 lorsque Degas commença son projet, multipliant les études dessinées et faisant même une esquisse modelée que vous pouvez voir à gauche, dans l’exposition.

Extrait du catalogue remis au public.

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Voici la sculpture la plus célèbre de Degas (2’13)


Pour démarrer l’écoute, cliquez sur la flèche verte

Crédit : La Piscine de Roubaix

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La petite danseuse de 14 ans.
Entre 1921 et 1931 (Modèle entre 1865 et 1881, édition du bronze en 1932)
Bronze, fonte à la cire perdue, patiné, satin, tulle.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

La petite danseuse de 14 ans Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

La petite danseuse de 14 ans (Photo A.G.) Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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Autres photos de l’exposition

Nu Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Danseuses Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Danseuse Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Les femmes à leur toilette Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Les femmes à leur toilette Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
(Photographies A. Gauvin, 21 novembre 2010)

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