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De l’amour : Stendhal, Sollers et les autres

D 26 avril 2015     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dans « Trésor d’amour » [1] de Sollers, l’un des personnages principaux n’est rien moins que Stendhal, l’auteur de « De l’amour ».
Occasion de visiter ou revisiter « De l’amour » chez Stendhal et chez quelques autres.


Article initialement publié le 27/09/2010, restauration de liens, enregistrement audio... et ajout section :
"De l’amour en 2015 par Yann Moix"

Trésor d’amour de Philippe Sollers

Le livre commence par une évocation du Venise de Sollers, celui pour lequel il a déjà écrit « Dictionnaire amoureux de Venise » et où l’on reconnaîtra Dominique Rolin dans le personnage de Minna.

« On vit donc à Venise, Minna et moi, à l’écart. On ne sort pas, on ne voit personne, l’eau, les livres, les oiseaux, les arbres, les bateaux, les cloches, le silence, la musique, on est d’accord sur tout ça. Jamais assez de temps encore, encore. Tard dans la nuit, une grande marche vers la gare maritime, et retour, quand tout dort. Je me lève tôt, soleil sur la gauche, et voilà du temps, encore, et encore du temps. On se tait beaucoup, preuve qu’on s’entend. Les amoureux sont seuls au monde parce que le monde est fait pour eux et par eux. L’amour est cellulaire dans les tourbillons du hasard, et ces deux-là avaient une chance sur quelques milliards de se rencontrer à la même époque. Entre le français et l’italien, il y a une longue et bizarre histoire. Elle ne demande, avec Stendhal, qu’à s’approfondir. »

(durée 2’47")

En fin d’émission La Traversée du Miroir (Fr5) du 14/11/2010, animée par Patrick Poivre d’Arvor, Philippe Sollers dévoile quelques traits de son nouveau roman.

« De l’amour » de Stendhal

Le 4 mars 1818, Stendhal, 35 ans, rencontre Mathilde Dembovski,

il écrit « je me connais, je vous aime pour le reste de ma vie » ;

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Picasso, succession 2001

cet « amour fou », non partagé, et d’autres nourriront son ?uvre, l’amour qui avec l’écriture peut résumer sa vie : « ai vécu, écrit, aimé[...] » c’est l’épitaphe qu’il s’écrit.

Muriel Beyer, éditrice chez Plon nous explique "De l’amour de Stendhal" et le relit pour nous.

« L’on dirait que par une étrange bizarrerie du coeur, la femme aimée communique plus de charme qu’elle n’en a elle-même. »
in De l’amour

En guise d’épitaphe

« errico Beyle
milanese
visse, scrisse, amò
quest’anima
adorava
Cimarosa, Mozart e Shakespeare
morì di anni... »

Cette épitaphe écrite en milanais est extraite du manuscrit Souvenirs d’égotisme. (1820) . Il est alors à Milan.

Henri Beyle
Milan
Il a vécu, écrit, aimé
Cette âme
aimait
Cimarosa, Mozart et Shakespeare
Mort en l’année...

L’épitaphe fait fi des données de l’état civil au profit des préférences de l’égotiste : la ville natale occultée par la ville d’adoption ; l’italianisation fantaisiste du prénom... ; le mot "amor" tronqué, sans doute inspiré de la prononciation milanaise. L’année de décès se termine avec des points de suspension.

*

Préface de l’éditeur

(édition de 1927 Ed. Le Divan /Gallica)

Voici le livre d’un amoureux, le livre d’un homme qui, passant un jour en revue les femmes qu’il avait aimées, avouait naïvement que la plupart de ces êtres charmants ne l’avaient pas honoré de leurs bontés, mais qu’elles avaient à la lettre occupé sa vie. Un peu plus loin, au cours de ses confidences, ce même homme ajoutait : « L’amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires ou plutôt la seule. » Et pour attester, comme s’il en était besoin, la véracité de ce propos, Mérimée, ami clairvoyant et sans complaisance, vient affirmer à son tour qu’il a toujours connu Stendhal amoureux ou croyant l’être.
[...] Ce livre est incomplet, mais vif, piquant, et on le relit encore avec plaisir et intérêt cent ans après son apparition.
lire la suite

*

Dernière préface

Sans cesse, Stendhal, a repris la rédaction de sa préface à De l’amour, en vue d’une ultime édition, malgré l’échec cuisant de la première édition de 1820, qu’ il évoque, d’ailleurs, avec autodérision. Cette troisième préface a été terminée le 15 mars 1842 ; Beyle est mort le 23 du même mois ; c’est donc très-probablement son dernier écrit. C’est dire combien cette ?uvre lui tenait à c ?ur.

Dans le texte (pdf)

*

« De l’amour » : Extrait

CHAPITRE XI

Une fois la cristallisation commencée,
l’on jouit avec délices de chaque
nouvelle beauté que l’on découvre
dans ce qu’on aime.
Mais qu’est-ce que la beauté ? C’est
une nouvelle aptitude à vous donner du
plaisir.
Les plaisirs de chaque individu sont
différents, et souvent opposés cela explique
fort bien comment ce qui est beauté
pour un individu est laideur pour un autre
(exemple concluant de Del Rosso et de
Lisio, le ler janvier 1820).
Pour découvrir la nature de la beauté,
il convient de rechercher quelle est la
nature des plaisirs de chaque individu

lire la suite

*

Quelques citations in De l’amour

« Même les rigueurs de la femme qu’on aime ont des grâces infinies et que l’on ne trouve pas dans les moments les plus flatteurs auprès des autres femmes. »

« Posséder n’est rien, c’est jouir qui fait tout. »

« Le mauvais goût, c’est de confondre la mode, qui ne vit que de changements, avec le beau durable. »

« Il y a un plaisir délicieux à serrer dans ses bras une femme qui vous a fait beaucoup de mal, qui a été votre cruelle ennemie pendant longtemps et qui est prête à l’être encore. »

« La pruderie est une espèce d’avarice, la pire de toutes. »
Stendhal
De l’Amour

*

Dans les Fragments...

Ces appendices à De l’amour, où le narrateur visite les différents pays et rend compte du fait amoureux local, contiennent souvent le pire : généralisation hâtive et contentement suffisant, façon grand explorateur rendant compte des moeurs des bons et mauvais sauvages, mais on peut aussi y trouver quelques perles. Celle-ci, par exemple :


CLIQUER ci-dessus pour découvrir le texte complet

De la séduction chez Jean d’Ormesson. Et Dieu dans tout çà ?

Le 9 septembre 2010, Jean d’Ormesson sur France 5

présente son livre : C’est une chose étrange à la fin que le monde. dans l’émission « La grande Librairie » animée par François Busnel.


- Et Dieu dans tout ça ? Qu’y a-t-il après la mort ? Et le sexe ? questionne l’animateur qui a relevé une phrase où le mot sexe était utilisé _
- J.d’O. : « Que la mort soit une des clés de notre vie, c’est évident.
Et vous savez, je pense que tous ceux qui nous regardent et qui nous écoutent savent que ce qu’il y a de plus important dans la vie, c’est quand même les relations qu’on peut avoir : pour les hommes avec les femmes, pour les femmes avec les femmes, quelquefois pour les hommes avec les hommes, pour les femmes avec les femmes,
les relations qu’on peut avoir les uns avec les autres.
Si ce n’est pas ça qui est au c ?ur de la vie, je voudrais bien savoir ce que c’est.
Vous n’imaginez pas, quand même, que dans mon cas, c’est l’académie, c’est l’Unesco, c’est le Figaro. C’est très bien, tout ça est excellent, Mais enfin, le sexe c’est quand même plus important, non ?
[...]

- F.B. : Et que des créatures, parfois, nous bouleversent.

- J.d’O. : Oui, bien sûr. »

Bien que beaucoup de choses opposent Jean d’Ormesson et Philippe Sollers, l’un est académicien et aime les honneurs, l’autre pas, tous deux aiment Venise et la Pointe de la Dogana, mais pas de la même façon et s’y ignorent, mais tous deux affichent un goût assumé pour le bonheur, tous deux ont bénéficié du privilège du « suffrage à vue », tous deux ont été « bénis des fées », tous deux jouent dans la cour médiatique, et tous deux sont à l’heure des bilans et des interrogations essentielles. Les bilans de vie d’homme et d’écrivain, quand au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable [3].


Le livre sur amazon.fr

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La leçon de séduction

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Poursuite du dialogue Jean d’Ormesson - Antonia Kerr
21 ans, auteure d’un premier roman Des fleurs pour Zoë.

Jean d’Ormesson a emprunté le titre de son livre à Aragon et cite à la fin de l’émission, cet extrait du poème :

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moment de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
Il y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant

« D’Ormesson, sa vie est un roman (le JDD) ».

*

De l’amour chez Sollers

Un thème déjà largement visité par Sollers, dans ses différents états : passion fixe, érotisme, sexe... Quel trésor n’a-t-il pas déjà révélé ? A moins que ce ne soit sa version de La lettre volée dont son amante, épouse, mère et psychanalyste, Julia Kristeva dit à Sollers :

« La lettre volée - au sens d’Edgar Poe -
c’est à la fois le lien intime et rebelle
que le narrateur de ton roman Femmes
entretient avec les femmes et les mères,
la perpétuelle curiosité qui l’anime
s’enracine dans ta curiosité à l’endroit de l’autre sexe.
Cette curiosité qui irradie jusqu’à l’infini, chez toi,
curiosité pour la femme,
curiosité pour la mère,
et chemin faisant,
insatiable point d’interrogation posé
à l’endroit du plus grand sérieux
comme s’exprime Nietzsche. »

Julia Kristeva

Enfance et jeunesse d’un écrivain français
Conférence au Collège des Bernardins du 29 juin 2010.

*

Comme pour La lettre volée, qui était là, retournée, sous les yeux du commissaire, retournons quelques feuillets laissés là, sur le bureau de Philippe Sollers, à la recherche du trésor.
Course au trésor, qui nous conduira aussi dans le territoire de la rentrée littéraire à la recherche d’indices. Vagabondage donc, au pays de l’amour : paradis ou enfer, hasard et nécessité... Quelques pièces à conviction :

Maud

« -On part ?

- On part.

Maud ne pose pas de questions, elle est prête.

(...)

Respire, maintenant, respire. Écoute, regarde, sens, touche, bois, respire.

Je saurai plus tard où aller. Je te dirai. »

C’est le début de L’Étoile des Amants, 2002.

*

Quand l’objet de l’amour se dérobe

Le lys d’or, un cas de passion amoureuse : Simon Rouvray, quarante ans, professeur de chinois au Centre d’études religieuses, tombe amoureux de Reine, elle se dérobe.

En couverture de l’édition Folio, un détail du tableau du Titien
" L’Amour sacré et l’Amour profane ".
Titien a peint ce tableau en 1514 alors qu’il avait vingt-cinq ans pour célébrer le mariage de Nicolò Aurelio et Laura Bagarotto. Le titre du tableau " L’Amour sacré et l’Amour profane ". Selon une des interprétations de l’allégorie Il s’agirait de Polia, personnage féminin d’un célèbre roman vénitien fort lu à l’époque du Titien, l’Hypnerotomachia Polyphili. Il raconte l’histoire d’une prude jeune fille, frigide jusqu’à être cruelle, mais qui abandonne peu à peu le service de la chaste Diane pour le culte de Vénus


Titien, L’Amour sacré, l’Amour profane, 1514.
ZOOM : cliquer sur l’image

Sexe

« Les gens croient que je fais l’apologie de l’amour physique, de la sexualité, etc. C’est évidemment le contraire. »
« Et je pense que je me rapproche de ce que doit penser profondément une femme : que " tout cela ", ce n’est pas grand-chose. »

Philippe Sollers s’entretenant avec Josyanne Savigneau

*

« Les femmes non plus n’y croient pas, au sexe. Mais elles ont peut-être intérêt, sans le dire, hein ! à ce que ça y croit. Cela dit, les femmes sont très partie prenante dans cette aventure, évidemment. Elles sont là, très concernées. Vous tombez tout de même de stupeur, quand vous voyez qu’on passe de la Juliette de Sade, des filles de Casanova, à Madame Bovary. Vous vous demandez ce qui s’est passé. Ou même au monde que décrit déjà Stendhal. La vertu est revenue partout. Le puritanisme, la tartufferie, l’hypocrisie.
Quoiqu’il en soit, interroger ce que font ou disent les femmes, à telle ou telle période de l’Histoire, c’est très important. Comme il y a, dans ces moments violents, convulsifs, cette sorte de pulsation féminine vers l’autorité. C’est le fameux « punissez-moi ». Très actif dans ce genre de chose. Le masochisme, le vouloir-mourir, la pulsion de mort, ça existe. Il y a des gens qui veulent mourir plutôt que jouir. J’en ai vu plein, moi, toute ma vie. Plutôt la mort que la jouissance. C’est un peu ce qui s’est dit pendant la Révolution française. »

Philippe Sollers
Entretien : Alain Steghens, Christophe Jaquet-Sandherr (extrait)
Mag J, n°1- juin 1989.

*

L’amour est aveugle

« L’amour est aveugle ? Quelle plaisanterie ! Dans un domaine où tout est regard ! »
Philippe Sollers

Erotisme

Le banquet, Une vie divine

*

Venise, ville de l’amour


Jardin du Palazzio Malipiero
ZOOM : cliquer sur l’image
crédit : veniselapartdesanges.blogspot.com/

Georges Sand à Venise. Le 25 juin 1834 elle écrit une lettre à son ami Émile Paultre, avec ces mots :
« La vie est la plus belle chose du monde quand on aime,
et la plus détestable quand on cesse d’aimer »

Philippe Sollers confirme à sa façon :

« Venise, voilà son secret, est un amplificateur. Si vous êtes heureux, vous le serez dix fois plus, malheureux, cent fois davantage. Tout dépend de votre disposition intérieure et de votre rapport à l’amour.
L’amour ? Oui, et dans tous les sens : anges et libertinage, architecture, peinture, musique, roman, poésie, mais aussi air, pierre, eau, étoiles. Nature et culture enfin à égalité. »

Dictionnaire amoureux de Venise

*

Carnaval de Venise 2010 : Le vol de l’ange


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C’était le dimanche 7 février, sous un soleil radieux, le cortège historique avait précédé l’arrivée du Doge, seul habilité à donner l’envoi du "vol de l’Ange" incarné par Bianca Brandolini d’Adda. La belle Vénitienne, alors enjamba le parapet du Campanile, à près de 100 m de haut, puis accrochée à un harnais est venue se poser aux pieds du Doge. Présent du ciel. Les dieux masculins n’ont guère de doute sur le sexe des anges.
Crédit : destination Venise

*

Le corps amoureux


Picasso, L’étreinte, début 1903
Pastel, Musée de l’Orangerie, Paris
Barcelone. Un homme et une femme s’étreignent, tête contre tête, devant leur lit. Tendresse et tristesse... Nous sommes dans la Période bleue de Picasso.
ZOOM : cliquer sur l’image.

« À la recherche du corps perdu, telle est l’aventure. Ouvrez les livres, allez au cinéma, écoutez des musiques, essayez donc enfin de vivre les sculptures, les peintures, photographiez-vous tant que vous voulez, il n’est question que de ça. Phrases, poèmes, délires, images, tout vient de ce lit, de ce fleuve, cataractes de crimes, chutes de caresses, bouillie de cadavres, frôlements de peaux, tourbillon de mains, de bouches, de langues, de mots. Camps de la mort, temples d’amours. Donnez-moi une chambre, n’importe laquelle, n’importe où, et un corps accordé au mien, le reste s’ensuit nécessairement, la plus grande liberté ne peut pas ne pas être là, c’est automatique. Aimez, ou suicidez-vous : tel sera le choix. »
Philippe Sollers, avril 1997
Catalogue Exposition Fondation Cartier, Amours, Actes Sud, 1997

Voir articles liés :
Amours (I) - Le corps amoureux
Amours (II) - Conversations d’amour
Amours (III) - Le corps amoureux (suite)

Picasso, autoportrait, 1903
ZOOM : cliquer sur l’image

Passion fixe

« Dans presque tous les romans que j’écris, arrive la chose suivante : on part d’une situation de coinçage, de blocage, de sans issue, pour peu à peu, au fur et à mesure que l’histoire du narrateur se déploie, construire des situations positives. Plus rien n’est vivable, tout est fermé, il s’agit de savoir si l’on s’évade ou non de cette prison, de ce tournage en rond des phénomènes. Bref, d’où vient le secours ? Dans Passion fixe, on peut entendre, en effet, que le but, une fois de plus, est d’en sortir, du fini. [...]
À partir de là, des événements vont se produire. Il rencontre dans une soirée, qui pourrait être d’aujourd’hui, avec son flot d’intérêts, de faux désirs, de retournements des identités, une femme, qui l’enlève, et dont nous apprendrons plus tard qu’elle est avocate, Dora Weiss (le nom est important).[...]
Commence alors une histoire qu’on peut appeler d’amour, qui peut paraître au début une simple affaire sexuelle, mais qui se transforme en passion. Passion et fixe. Ce n’est pas un oxymoron. En considérant les deux termes comme contradictoires, on adopte le point de vue de la métaphysique courante : la passion ça va et ça vient et ça ne peut, de toute façon, que s’achever vite, en violence, en désillusion, en ressentiment. [...]
Dire que c’est possible, entre un homme et une femme, c’est déjà postuler quelque chose d’extraordinairement blasphématoire. Il faut bien avoir présent à l’esprit, quand Freud dit que l’amour entre un homme et une femme est la chose la plus asociale qui puisse exister, que ce n’est pas sans raison. Aussitôt se crée là une contre-société, un intervalle de liberté ressenti par le corps social, même sans renseignements précis, comme une monstruosité. Est-ce à dire que la société tout entière, malgré ses dénégations, est construite homosexuellement sur le modèle masculin ? Bien sûr. Et j’ajoute à ceci que le deuxième personnage féminin, qui va venir redoubler cette étrangeté, est musicienne, Clara, pianiste internationale, ces deux femmes n’éprouvant manifestement l’une à l’égard de l’autre aucune négativité. C’est intéressant romanesquement : qu’est-ce que ça peut être la situation d’un homme qui n’est pas dérangé par l’idée que des femmes puissent aimer des femmes ?
[...] »

_ Extrait de Réponse à des questions de Jacques Henric, mars 2000
in Eloge de l’Infini

*

On n’est jamais deux, on est quatre


Photo Jean-Pierre Kein, Attypique-Mag
ZOOM : cliquer l’image

Toujours à propos de Passion fixe :


« [...]en chinois, le fait qu’il y aurait une séparation radicale entre les sexes est incompréhensible. On n’est jamais deux, on est quatre. Quand vous êtes avec une femme, vous êtes quatre, c’est d’ailleurs le seul moment où vous l’êtes puisque, étant donné que son masculin ne sera pas le vôtre, et son féminin pas le vôtre non plus, vous pouvez avoir une série complète de ce qui peut vous arriver, et qui ne vous arrivera pas si vous vous retrouvez avec quelqu’un du même sexe. Là, vous arriveriez à deux ou trois, mais vous ne serez jamais à quatre. Voilà qui est difficile à comprendre pour un esprit occidental, mais cela me paraît à moi l’évidence même. Les passions amoureuses sont décrites négativement parce que précisément on croit être toujours deux qui devraient faire un, et chacun se retrouve le bec dans l’eau, dans son unicité supposée, avec l’autre qui a une autre idée de l’unicité. »

*

« le roman, qui est aux antipodes de tout réalisme et de tout naturalisme, a pour fonction de montrer le fait de vivre poétiquement. Poétiquement veut dire avoir un accès au plus simple, au plus proche. »
Extrait de Réponse à des questions de Jacques Henric, mars 2000
in Eloge de l’Infini

Le texte intégral (pdf)

Les mères ou les putains

« Dans les bons moments, je suis son bébé, sa poupée, son petit lion, son petit philosophe, son nounours, ou toute autre chose dans ce genre. Les femmes n’aiment ni les hommes ni les femmes mais les bébés : il faut leur offrir ce qu’elles aiment. Quand les hommes vont du côté des femmes, ils aiment les mères ou les putains et Ludi est idéale dans ces deux rôles. »
Philippe Sollers, Le Sujet in L’Infini, Gallimard, N°88, Automne 2004,p.12

*

Version Beigbeder : « Je n’aime rien tant que la contradiction entre un visage angélique et un corps de salope. » dans L’amour dure trois ans.

*

Réponses à Attypique-Mag

Interview de Philippe Sollers par Jean-Pierre Klein Attypique-Mag (extrait)

Premiers écrits ? Érotiques ?
Mineur. Mauriac approuve. Je publie. Ecriture et érotisme. C’est lié vous avez raison. Elle a 30 ans. Moi 15. Que j’aime les Espagnoles ! Un conseil aux jeunes hommes : ne perdez jamais de temps avec les filles de votre âge. Gagnez du temps avec les femmes, les vraies. Celles qui savent.

Et si nous passions au jeu de mots : évoquez une pensée, la première qui vous traverse l’esprit. D’accord ? Voilà quatre mots.

JOUIR : Beaucoup de malentendus à ce sujet car dans la majorité des cas, le plus souvent, les femmes donnent l’illusion de jouir en simulant.

LITTERATURE : Pour qu’il existe ce mot impose que l’écrivain pratique un art.

FEMMES : Toujours au pluriel !

PASSION : Fixe, et au singulier.

Un livre ?
« Les fleurs du mal » inspiré par Jeanne Duval, la muse de Charles Baudelaire. On ne parle pas assez de cette Duval, magnifique métisse.

Crédit : Attypique-Mag

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Picasso, Dora et le minotaure, 1936

Voir cette autre version de la série des Etreintes : « Minotaure, caressant de son mufle, la joue d’une dormeuse », ici.

Crédit illustrations Picasso : On-line Picasso Project


De l’amour dans la littérature contemporaine

Longue histoire que celle du roman et plus particulièrement d’amour, que certains font commencer autour du XIIème siècle avec les premiers romans pour dire l’épopée chevaleresque et l’amour courtois. Mais l’on pourrait tout aussi bien remonter aux amours des déesses grecques, à Ulysse et Pénélope...
Demeure que le sujet n’a pas disparu de l’actualité littéraire, même si c’est surtout pour décrire la non permanence de l’amour. Ainsi, l’histoire d’un divorce - devenu fait de société - avec Une affaire conjugale de Eliette Abecassis, ou Le mariage d’amour a-t-il échoué ?, le dernier essai de Pascal Bruckner.
Mais alors pourquoi, se remarie-t-on, - et pas toujours une seule fois - pourquoi retombe-t-on amoureux, et qu’à nouveau, les écueils pourtant déjà rencontrés, ne se dressent-ils pas comme une barrière infranchissable. Pourquoi les warnings lumineux rouge et sirènes d’alarme n’entrent t-ils pas en action, avec message sonore comminatoire : Attention danger ! Attention voie sans issue ! Au-delà de cette limite votre assurance tous risques ne vous assure plus. Petit voyage en territoire de désamour quand les couples se défont.

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Picasso, couple, 1946
*

Le mariage d’amour a-t-il échoué ?

C’est Pascal Bruckner qui pose la question dans son nouvel essai, Grasset, 2010.

Débat avec un Luc Ferry qui, lui, publie La révolution de l’amour, chez Plon. Deux philosophes contemporains qui font de l’amour le sujet de leur réflexion en cette rentrée, n’est-ce pas là le signe que "De l’amour" est bien une question bien actuelle :

Connaissez-vous la métaphore des petits hérissons ? Luc Ferry nous la raconte...


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*

« Je ne t’aime plus »

« Je t’aime » c’est facile à dire. « Je ne t’aime plus », c’est très difficile à prononcer. C’est ce que dit Eliette Abecassis dans l’extrait vidéo ci-après, à l’occasion de la publication de son livre Une affaire conjugale, Albin-Michel, 2010, roman et témoignage à résonance personnelle, et fait de société :
Malgré la multiplication des divorces « le divorce est un cataclysme, un changement de l’idéal et de l’idée que l’on se fait de la vie » ajoute-t-elle :


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Pour Frédéric Beigbeder « Le divorce est un dépucelage mental. »

*

L’amour dure trois ans

Frédéric Beigbeder, l’a dit en 2001, et multiplié les aphorismes :

« Un moustique dure une journée, une rose trois jours. Un chat dure treize ans, l’amour trois. C’est comme ça. Il y a d’abord une année de passion, puis une année de tendresse et enfin une année d’ennui. »

« L’amour le plus fort est celui qui n’est pas partagé. »

« L’amour est incompréhensible. Quand on le voit chez les autres on est incapable de le comprendre, et encore moins quand il vous arrive. »


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L’union libre

« L’union libre, c’est cela la solution : un adultère sous contrôle. » dit Frédéric Beigbeder dans L’amour dure trois ans. Pirouette du narrateur face au délitement de l’amour dans le couple. Pourtant, Catherine Millet, partouzeuse assumée dans « La vie sexuelle de Catherine M. » dévoilera plus tard dans Jour de souffrance, que sa liberté sexuelle ne l’a pas protégée de la jalousie, d’être rongée par la jalousie :

« Je n’en prévoyais pas l’étendue - ni la cruauté. »

« Trouver le nom derrière l’initiale, et lui attribuer un visage, configurer des circonstances et un endroit précis à partir d’une date. Surtout, traduire deux ou trois qualificatifs employés par Jacques en un dialogue de gestes et de paroles entre lui et la figure que j’avais plus ou moins bien formée. Voilà comment, dans les tout premiers jours après que l’enveloppe qui traînait eut livré son contenu, j’ai été l’artisane inconséquente de mon destin, auteur qui note des idées vagues avant que se noue l’intrigue dans laquelle il va s’empêtrer, petit rongeur dénaturé faisant provision de nourritures empoisonnées ! J’emmagasinais un répertoire de situations, avec accessoires et personnages afférents, qui ouvrait à mon activité fantasmatique un chantier d’images dont je ne prévoyais pas l’étendue - ni la cruauté. »

Archéologie de la jalousie

« J’ai vu travailler des archéologues. A l’aide de cordelettes, ils quadrillent le terrain en unités de moins d’un mètre de côté, chacun gratte son carré avec une cuiller. Un débris de poterie grand comme un ongle ne leur échappe pas. Ainsi ai-je travaillé dans l’espace habité par Jacques. Peu ordonné, il a toujours disséminé à travers la maison des petits papiers griffonnés, plus ou moins chiffonnés. Ça m’a toujours agacée. Je n’ose pas les jeter de peur qu’ils portent un numéro de téléphone, des notes, qu’il cherchera plus tard. J’acquis l’habitude de les défroisser et de les lire. »

« La liste de mes amants »

« Pas une seule fois il n’a répondu si ce n’était à ma question, du moins à mon attente. Il me renvoyait à mes propres affaires, au fait que je n’avais jamais cessé d’aller dans des partouzes et que surtout, pendant de longues périodes, mon désir m’avait portée ailleurs et détournée de lui. Il faut dire que si j’étais engagée dans le décompte et l’examen de ses relations avec d’autres femmes, lui-même mettait à jour la liste de mes amants. »

Crédit : Nouvel Observateur

*

« Les mondains sont des êtres solitaires perdus dans une abondance de connaissances floues. Ils se rassurent à coups de poignées de mains. Chaque nouvelle bise est un trophée. »
Frédéric Beigbeder
Extrait de L’Amour dure trois ans

De l’amour en 2015 par Yann Moix

Yann Moix dissèque l’amour des hommes dans son dernier roman, “Une simple lettre d’amour”, à paraître chez Grasset le 29 avril 2015.
Ce qu’en pensent deux femmes : Christine Bini de la Règle du Jeu et Alice de La Pradelle du Figaro.

Comment bat le cœur des hommes ?

CHRISTINE BINI
La Règle du Jeu, 22 avril 2015


Yann MOIX - ZOOM... : Cliquez l’image.


Sur 144 pages un jeune homme écrit « une lettre (imaginaire ?) à une femme qu’il crut aimer, quand bien sûr il n’aimait que lui-même ». Pas sûr qu’il se soit aimé lui-même, d’ailleurs…

Lorsque les hommes chantent l’amour, en général, ils larmoient. Ces larmoiements donnent des choses admirables, depuis les troubadours jusqu’à Jacques Brel, et au-delà. Dans la littérature proprement dite, l’amour vu du côté masculin – et mises à part Louise Labé, Sapho, et quelques rares autres, pendant longtemps les seules voix littéraires à se donner à lire furent masculines – sonne comme un combat [*]. La femme est l’ennemie désirée, l’incompréhensible et irréductible autre. Comment ça marche, les bonnes femmes, bon sang ? Le plus grand roman d’amour du XXe siècle –Belle du Seigneur, bien sûr – est une entreprise au long cours de déchiffrement, d’explications ratées, d’acceptations bon gré mal gré et de désenchantement.

Chez Moix, et singulièrement dans cette Simple lettre, pas si simple, l’amour et la femme, au fond, ne sont pas choses si différentes. Mais plus que l’amour et la femme, le désir et le couple sont le cœur du sujet. Histoire d’amour, ok. Qui a mal fini, qui va mal finir, qui a déjà mal fini, et qui s’achève par cette lettre. De la femme aimée, on sait qu’elle est mère d’un enfant de quatre ans – qu’elle a eu, nous précise le narrateur, de quelqu’un qu’elle n’aimait pas. Ils n’ont, ni l’amoureux ni l’amoureuse, « pas dépassé trente ans ». L’histoire a eu ses hauts et ses bas, elle l’a quitté pour revenir au bout de six mois, il rompt définitivement.

« Ce qui manque à l’amour », écrit-il, « c’est l’humour ». La mise à distance. En amour, l’expéditeur est centré sur lui-même, parfois dans les larmes mais, le plus souvent, dans l’attaque. Sabre au clair, il fonce sur sa décrétée ancienne compagne, lui trouvant maints défauts. Mais… la plupart de ces défauts sont anticipés, il voit en elle la charogne qu’elle sera. Plus qu’à elle, c’est au temps qu’il s’en prend. Combat inégal, perdu d’avance. Il le sait, il en pleure. La personne attaquée, dans cette missive, n’est autre que lui-même. Aucun humour apparent, aucune distance salvatrice. La lettre que nous envoie Moix est une dissection.

Comment bat le cœur des hommes ? Au rythme de leur verge, affirme le narrateur. Dans la seconde pente de cette lettre, le portrait de l’auteur en Don Juan est à la hauteur du Moix de Naissance. Le baroque est à l’œuvre sur tout le texte, dans son renversement systématique : dans la langue tout d’abord (« la force laisse à la faiblesse le soin d’être plus forte qu’elle », par exemple), et dans le propos initial (tu es partie, j’en ai crevé ; tu reviens, je te quitte). Mais après l’acmé de la lettre – le retour sur la première rencontre, le ballet des prétendants, la belle inaccessible, toujours entourée, enfin approchée – le texte prend une tout autre tournure, magistrale.

« Mes amours étaient des viandes ; un hachis de gibiers, de la fumée d’aliments. De la triste consommation. Une grammaire de frissons. […] Rien que de la peau remuée, rien que des infinis de passage. […] Consommées, elles devenaient toutes pareilles aux autres, emmêlées, confondues ». Voilà de la littérature. On y cherchera de la psychologie, voire de la pose. On y trouvera matière à discutailler, dans les clubs de lecture féminins ou les dîners en ville. Mais ici, rien à opposer, c’estécrit. Et c’est écrit avec distance, si ce n’est avec humour. Avec cette distance propre à Moix, tendue-distendue, lâchée-vraie.

Aime-t-on les hommes qui larmoient ? Et puis, qu’est-ce que l’amour, au fond ? Une invention de troubadour… Le passage du latin au français aurait dû donner « ameur », commeflorema donné fleur etdoloremdouleur. L’ameur, c’est un mot de patois picard, qui signifie « rut ». L’amour, c’est autre chose. Cette chose qu’Une simple lettre d’amourtraque et parfois perd de vue, pour y revenir, dans l’épilogue, sur le mode tragique. On n’aime peut-être qu’une seule fois, la première.

A qui est adressée cette lettre, qui n’a, à bien y regarder, pas de signature ? Qui commence, après un prologue intitulé « envoi », par un « mon ?amour” » avec « amour » entre guillemets, comme s’il s’agissait, dès le début, d’autre chose que de l’héritage troubadouresque ou du rut picard ? Qui se conclut sur le baroquissime « je suis ce mort qui respire » ?Cette lettre, plutôt que de boucler sur une histoire passée, sonne comme un avertissement pour la femme aimée à venir. Comme un avertissement, un état des lieux dépassé et, vaille que vaille, comme une déclaration. Une lettre adressée au prochain amour. « [Un homme] appelle ?femme de sa vie” la prochaine femme qu’il rencontrera – il vaque de brouillons en brouillons. La définitive, pour lui, est incessamment la suivante ».

Mais cette lettre sonne aussi, et surtout, comme une adresse au lecteur. Les écrivains, les vrais, magnifient leurs douleurs et leurs colères, leur quotidien et leurs élans. Il y a un monde – un abîme – entre le vécu et l’écrit. Entre le dire et l’écrire, entre le vivre et l’écrire. Ici, nous parlons d’écriture. Et de littérature.


Note

[*] Une telle lettre – de rupture – renvoie immédiatement, dans l’inconscient littéraire du lecteur, àAlexis ou le vain combat, de Marguerite Yourcenar. On se souvient de la dernière phrasede ce texte : « Je vous demande pardon le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d’être resté si longtemps ». LaSimple lettre d’amourde Yann Moix en est comme le contre-pied.

Yann Moix,Une simple lettre d’amour, Grasset, 29 avril 2015, 144 pages.

Le livre sur amazon.fr

Crédit : La Règle du Jeu

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Yann Moix, l’amour du point de vue masculin

Par ALICE DE LA PRADELLE
Le Figaro, le 13/04/2015

Yann Moix, écrivain et réalisateur français, rejoindra en septembre prochain l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier où il remplacera Aymeric Caron comme chroniqueur. Des débats en perspective. En attendant, il vise la gente masculine dans son dernier roman cerné d’un bandeau où l’on lit : « Les hommes ne savent pas aimer ». Le livre, Une simple lettre d’amour, paraît le 29 avril chez Grasset.

L’auteur aborde la question de la perception amoureuse du point de vue masculin et décrypte ainsi leur psychologie. Cette lettre d’un jeune homme de 27 ans, adressée à une femme « qu’il crut aimer, quand bien sûr il n’aimait que lui-même » sonne comme une mise en garde contre l’amour trompeur des hommes.

« Pourquoi ne pas avouer une bonne fois pour toutes, que les hommes sont des tricheurs, des hypocrites, des manipulateurs, des cyniques, des lâches et des faux-monnayeurs, bref : des salauds ? Dès lors qu’ils sont aimés, cela leur donne des ailes pour faire valoir cet amour dans d’autres bras, contre d’autres poitrines, entre d’autres cuisses », peut-on lire sur le communiqué de l’éditeur. Voilà les femmes prévenues : « Aimer un homme, c’est fabriquer un infidèle », assène l’auteur.

L’écrivain qui a reçu le prix Renaudot en 2013 pour Naissance, recueil autobiographique, n’en a donc pas fini avec les affres de la vie amoureuse qu’il explore périodiquement. Il avait ainsi évoqué l’amour d’un homme de 12 à 80 ans pour une même femme dans son premier ouvrage, Jubilations vers le ciel (prix Goncourt du premier roman en 1996) et écrit un hommage à « la femme inaccessible » dans Anissa Corto (en 2000).

Crédit : Le Figaro/Livres

ET AU CINEMA

Maux de passe

Horizontalité. Le psy et la putain vus par la cinéaste Jeanne Labrune.


Rezo Films
Sans queue ni tête
Un film avec Isabelle Huppert


Crédit : baryla.

L’avis du Monde  : « On peut éviter » (Isabelle Regnier).
Pour Libération : « Bien que ce ne soit sans doute pas son meilleur film [Jeanne Labrune], on s’en voudrait de le déconseiller » (Gilles Renault).

Mais, dirons nous, c’est Isabelle Huppert ! Filmographie prestigieuse : La dentellière (Claude Goretta), César et Rosalie (Claude Sautet), Les valseuses (Bertrand Blier), Violette Nozière (Claude Chabrol) où elle pratiquait déjà la prostitution, Passion (Jean-Luc Godard), Une affaire de femmes (Claude Chabrol), Madame Bovary (Claude Chabrol), La pianiste (Haneke), Un barrage contre le Pacifique (Rithy Panh), etc. Intelligence et beauté. Beauté discrète et trouble. Un regard amoureux voit toujours l’adolescente dans la femme pourtant vieillissante. Intemporelle et muse de Claude Chabrol qui vient de mourir ; sortie du cadre. Reste Isabelle Huppert ; plein cadre. Dans sa dernière métamorphose.

La critique de Gilles Renault, ici (pdf)

Les amours imaginaires

Le regard d’un jeune cinéaste Xavier Dolan, 21 ans, tchache et talent. Etonnant : fréquente Roland Barthes et Racine.


De g. à d. : Xavier Dolan, Mona Chokri, et Niels Scneider
ZOOM : cliquer l’image.

Plus sur le cinéaste et le film

*

Quand c’est fini ça recommence

« L’amour est la seule déception programmée, le seul malheur prévisible dont on redemande. », c’est ce que constate le même Beigbeder dans L’amour dure trois ans et qui poursuit : « Au premier mariage, on cherche la perfection, au second on cherche la vérité. »

*

Au fond rien d’autre que cela à attendre de la vie

C’est aussi le constat de Philippe Forest, à sa façon, dans [ [4]->1053#section4] « Il me semble que j’ai toujours pensé que l’amour m’attendait, que j’allais à sa rencontre, et que si par malheur je le manquais, j’aurais tout manqué avec lui. Qu’il n’y avait au fond rien d’autre que cela à attendre de la vie. Rien d’autre, oui, si ce n’est l’amour. »

*

La vie est brève et le désir sans fin

Une sorte de remake contemporain de Manon Lescault déclare son auteur, Patrick Lapeyre [5]. D’autres évoquent Jules et Jim. Deux hommes, Blériot, Murphy et une femme Nora Neuville, énigmatique, déjantée : « En réalité, Nora n’a jamais été une fille très facile à comprendre », dit d’elle une de ses amies. Elle donne à ses deux hommes des moments de bonheur intense et de désespoir total. Nora que Louis Blériot attend sans compter. « Nora arrive avec deux ans de retard, à cinq heures précises »... Patrick Lapeyre a une voix. Ecriture « limpide, vive et précise » [6], distance et ironie.

Interview suivie d’une lecture d’un passage par l’auteur (c’est le meilleur de la séquence, rien que le texte de l’auteur et sa voix) :


Le livre sur amazon.fr

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Laissons le mot de la fin à William Faulkner, :

« C’est ce qu’on entend par l’amour qui passe la compréhension :
cet orgueil, ce désir furieux de cacher l’abjecte nudité
que nous apportons au monde avec nous,
que nous transportons avec nous dans les salles d’opération et que,
avec un entêtement furieux, nous emportons avec nous dans la terre. »
William Faulkner
Tandis que j’agonise
*

Dans l’histoire de la peinture, les hommes ont plus peint que les femmes, ce qui fait que la vision masculine - voire machiste - est devenue la référence la plus commune. Voici, en contrepoint, un regard féminin contemporain :

JPEG - 107.7 ko
Dominique Cozette, A quoi tu penses ?, 2010
Exposition Journées du patrimoine 2010, Château des Mesnuls.
techniques diverses sur carton
130 x 80

Le site de l’artiste : http://www.dominiquecozette.com/

Portfolio

  • Picasso, couple, 1946
  • Dominique Cozette, A quoi tu penses ?, 2010

[1Gallimard, janvier 2011

[2Ma beauté, promesse d’un caractère utile à mon âme, est
au-dessus de l’attraction des sens cette attraction n’est
qu’une espèce particulière. 1815.

[3Romain Gary

[4Le nouvel amour

[5La vie est brève et le désir sans fin, éd. POL, 2010

[6Nathalie Crom, Telerama,21 août 2010

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4 Messages

  • V. Kirtov | 27 avril 2015 - 10:47 1

    Ajout de la section : « De l’amour en 2015 par Yann Moix » à l’occasion de la publication de son nouveau roman Une simple lettre d’amour, Grasset, 29 avril 2015. C’est ICI...


  • V.K. | 9 février 2012 - 11:32 2


    ZOOM, cliquer l’image

    L’écrivain hédoniste et l’académicien réunis pour confronter leur conception de l’amour, interviewés par Valérie Trierweiler, Paris Match, le 14 janvier 2011.


  • Beigbeder | - 0:0 3

    Humour

    « Moi, je fais beaucoup plus fort que Lire : voici en exclusivité
    la liste des dix meilleurs livres de l’an prochain.

    1) Le nouveau Sollers chez Gallimard. Sans trop se tromper,


  • Brulard | - 0:0 4

    Les Nouveaux chemins de la connaissance.

    Le 16 décembre, Raphaël Enthoven dialogue avec Gérald Rannaud, professeur au centre Stendhal de Grenoble et spécialiste de Stendhal.

    Le thème : [De l’amour : St