vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE SOLLERS » Bonus - Une Vie divine
  • > SUR DES OEUVRES DE SOLLERS

Une Vie divine

Bonus - Une Vie divine

D 29 janvier 2006     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’industrie du DVD nous a habitué aux bonus : Le film, et ses bonus : film du tournage du tournage, interviews inédites, etc.
Eh bien, voici le bonus du livre « Une vie divine ». Dans le JDD, le Journal du Dimanche, où Sollers y tient son journal du mois. Sous le titre « Promo », ce mois-ci, les coulisses de la promotion d’« Une vie divine » par l’auteur. L’occasion, aussi, de river son clou, avec humour et autodérision, à Patrick Besson, pour sa critique perfide du livre. Et, la botte de Sollers en matière de perfidie sait faire mouche. Pointe vrillée délicatement dans la plaie de son adversaire, avant que magnanime, le sourire narquois, le bretteur ne rengaine son épée.

Promo

ECRIRE est, du moins pour moi, une joie constante, publier est une autre affaire. On va sur le terrain, on s’agite, on est réduit à quelques phrases, presque toujours les mêmes, on passe d’un plateau à l’autre, d’un studio à l’autre, d’un journal à l’autre, d’une indifférence plus ou moins bien dissimulée à l’autre, beaucoup de taxis, d’embouteillages. de courses dans les couloirs, c’est amusant, crevant, consternant. Pas de quoi se plaindre, c’est le jeu, il a ses bons moments de rire intérieur. Pour équilibrer la déperdition d’énergie qui s’ensuit. j’ai ma méthode. Avant de plonger dans le spectacle, lecture de livres les plus difficiles possible, par exemple un peu de Hegel La phénoménologie de l’esprit : « La mort est ce qu’il y a de plus terrible et maintenir l’ ?uvre de la mort est ce qui demande la plus grande force. » Voilà de quoi tenir le coup, lorsque à une heure très tardive il faut expliquer en une minute, devant les caméras, ce que Nietzsche entendait par « Eternel Retour ».

L’animateur s’en fout éperdument, il a fait donner, juste avant, une pseudo-critique littéraire débraillée pour stigmatiser, de façon confuse, ma « misogynie » , la seule chose qui compte est de savoir si la couverture du livre est bien passée à l’antenne. Oui ? Alors tout va bien. A part quelques injures rituelles, les articles sont plutôt très bons, avec, parfois. une couleur un peu paternaliste qui me plaît et me rajeunit. Quand j’étais au lycée, mon professeur de français, un bon vieux gros communiste qui me reprochait de préférer La Fontaine à Paul Eluard, me donnait une bonne note en dissertation, non sans me dire chaque fois : « Ne soyez pas trop content de vous. » Je retrouve avec délice cette tonalité de dérision et de tendresse jalouse sous la plume de Patrick Besson : « Sollers explose de contentement de soi. Chacune de ses pensées le ravit et tous ses raisonnements l’enchantent. Quant à ses phrases. il est tellement content de les avoir écrites qu’il doit se faire, la nuit, plein de bisous sur les mains. »

Ici, question : comment Patrick Besson a-t-il eu connaissance de ce détail intime ? Ai-je été trahi par une de mes anciennes amies, surprise de me voir soudain, à trois heures du matin, m’embrasser les mains avec effusion ? Non, Besson est seulement un bon écrivain, donc il a un don de voyance. C’est vrai, je l’avoue, je me fais souvent des bisous sur les mains la nuit. Elles le méritent. ces pauvres mains de forçat de la littérature. C’est ma petite prière dans les ténèbres, ma pilule de philosophie.


Mais pourquoi donc, Sollers prend t-il la peine de répondre à cette critique là, parmi les "injures habituelles", plutôt qu’une autre, ou de l’ignorer superbement ? Peut-être bien que Besson a visé juste ? Et Sollers sait le reconnaître ...à sa façon. L’homme est capable d’autodérision. Mais si. Mais aussi conscient de son aristocratie littéraire, au dessus de la plèbe, mot au hit-parade de son dernier roman, Nietzsche oblige.. . Ce pauvre Besson à "la tendresse jalouse" est "seulement un bon écrivain". Et vlan ! Passe-moi l’éponge ! Pourtant Besson qui est un bon lecteur aurait dû se méfier d’un Sollers remonté par Nietzsche.

Dans ce même numéro du JDD, on trouve aussi les entrées :

« Mozart », 250ème anniversaire oblige pour ce mozartien, qu’est Sollers,

« Stardurst », la sonde américaine qui, après un voyage de 7 ans aux confins de notre univers, nous revient avec une récolte de « 2000 à 3000 grains [de poussière...]. La plupart de l’ordre du micron, on attend un gros grain de 50 microns. »
Sollers s’intéresse aux sciences, la biologie et le clônage en particulier, ici l’exploration de l’univers et sa physique-chimie. Bien, mais que va-t-il faire de cette information ? Là, dans son papier. La chute ?
La voici : Face à notre destin de poussières, j’aime bien cette déclaration de Charlotte Rampling : "J’ai un visage qui prend bien la vieillesse, comme d’autres prennent bien la lumière."
Pirouette, cacahouète, le tour est joué. Les chasseurs de l’espace qui attrapent dans leur épuisette des grains de lumière... Vision poétique ou anticipation scientifique ? Fleur de mot comme on dit, aujourd’hui, « fleur de sel ». Mécanique céleste sollersienne.

« Jarnac » Le message post mortem de Mitterand, revisité par Sollers, pour la commémoration des dix ans de sa mort. Regard décalé de l’observateur de la société et acuité visuelle : Coup de vieux pour tout le monde, soudain. Bal des fantômes. Le jeune Mitterand, là, se réincarnait sous nos yeux dans sa fille... Le joueur(1) qu’est Sollers est habitué à se projeter plusieurs coups en avant.
[...]

« Lectures » pour finir. Sollers est un grand lecteur, par goût, et par sa fonction chez Gallimard, mais chez lui, la fonction, aussi, ne s’exerce que par goût. Son credo et sa Guerre.(2) Et que nous dit-il dans ce numéro : Vous n’avez pas encore assez découvert un écrivain majeur de notre temps, Valère Novarina, dont voici Lumières du corps (POL) .

C’est dans le Journal du dimanche, chaque dernier dimanche du mois. Hélas, je le manque souvent. Avec une plume, légère, très, qui aborde l’actualité du mois par le petit bout de la lorgnette, il en profite pour glisser les quelques mots qui lui tiennent à coeur. En fait le vrai mobile derrière la futilité apparente du reste. Sollers mène sa guerre sur tous les fronts des médias. Edition, presse écrite, radio, télévision. Exception : les blogs où excelle par contre Pierre Assouline et quelques autres quand même.

(1) Portrait du Joueur, Gallimard, 1984. Voir article
(2) La Guerre du goût, Gallimard, 1994. Voir article

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document