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Nabe et le buzz

"L’homme qui arrêta d’écrire"

D 12 avril 2010     A par Viktor Kirtov - C 12 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Avec la parution de "L’Homme qui arrêta d’écrire,
et la courte phrase sur Nabe qu’on peut trouver dans "Un vrai roman"
il y aurait largement de quoi faire un nouveau chapitre
pour le cycle Sollers/Nabe vous ne croyez pas ?
<font size=’1’ face=’verdana’ Forum, 11 avril 2010.

Mis à jour le 13/04/2010.

Nabe et le buzz (ou suite du « Cycle Nabe-Sollers »)

Le nouveau livre de Nabe « L’homme qui arrêta d’écrire » mérite-t-il un nouveau chapitre du cycle Nabe-Sollers ? En tout cas, du cycle Nabe, oui certainement. Cela viendra. Même si le temps du buzz nabien autour de son retour ne coïncide pas nécessairement avec le mien. Je lis lentement - et autres sujets en cours. Buzz bien orchestré, ce nouveau message en est un nouvel indice. Rien à redire à l’orchestration - surtout autour d’un écrivain-musicien. Et nous relayons ce buzz tant qu’il ne manipule pas des idées auxquelles nous n’adhérons pas : antisémitisme, attaques au faciès etc...

Que Nabe en couverture de magazine brûle un livre, la fumée me fait tousser. Et ne suis pas le seul autour de pileface. Pas que le livre soit « Discours parfait » de Sollers. Sollers n’est pas une vache sacrée intouchable, mais ce genre de brûlot - même sous couvert d’humour, de canular, d’autocaricature ou provoc - a des relents qui rappellent de mauvais souvenirs.
Au fait, c’était quand, la dernière fois que l’on a brûlé des livres ?

Dommage que les media qui ont tellement sursaturé nos sens en soient conduits à toujours pousser le curseur pour faire lever un sourcil, jusque dans le glauque trash ou l’allusif douteux. Dommage que Nabe se soit prêté au jeu ! J’aurais préféré un Nabe nouveau look, en caban Corto Maltese frambroise écrasée, dockers et chemise vieil or en compagnie de son guide Jean-Phi/Virgile voyageant dans le Paris underground comme Dante en Enfer. Dommage, car le contenu du dossier Nabe auquel renvoie la photo, lui, est de bonne facture, encore que le fil dantesque n’ait pas été tiré... Le projet de Nabe est pourtant cousu de fil blanc - ou vieil or - dès les premières pages (mais je n’ai pas encore tout lu... attendons la fin !).


Et puisque Sollers n’est pas une vache sacrée, pas plus que la parole de Nabe soit sacrée ou parole d’évangile (bien que celui-ci ait célébré sa première communion à 33 ans, à Jérusalem devant le Saint Sépulcre), voici ce qu’il en dit dans cet entretien (c’est d’ailleurs le seul paragraphe où Sollers est évoqué) :

[...] il y a toujours eu une sorte de réseau nabien, des personnes qui vous soutiennent.

Parmi les gens connus vous voulez dire ? Il y en a très peu. Je suis soutenu par des gens que j’estime Des gens qui ont fait un travail par ailleurs. Ce sont des gens de qualité. Il y en a d’autres que j’estimais beaucoup mais qui m’ont déçu, à l’instar de Sollers. Je ne renie rien, je lui dois beaucoup, mais il est devenu tellement menteur et infréquentable qu’il est devenu impossible de l’estimer et de le fréquenter. D’autres évoluent, prennent conscience des choses, mais pas lui. Frédéric Taddéï, par exemple, a pris conscience des choses en passant de Paris dernière à Ce soir où jamais. Ou il continuait dans la voie de la collaboration, par cynisme, ou bien il se servait de son talent pour faire passer de la vérité, de la justice, quelque chose qui vaut la peine d’être mis à jour pour le public.

(Propos recueillis par Cyril de Graeve Roman Sangars
Chronic’Art, avril 2010 )

Pas de quoi alimenter un nouveau chapitre du cycle Nabe-Sollers avec cet extrait. C’est déjà ce que disait Nabe avant d’arrêter d’écrire !

Par contre son nouveau livre me semble, lui, marquer un nouveau cycle pour Nabe, un document sur l’époque avec sa place dans la bibliothèque, au moins pour la partie que j’ai lue. Nabe en voyageur des temps nouveaux : la Commedia et la Vita Nova d’aujourd’hui selon Nabe. « C’est nabesque » dira t-on peut-être un jour..? Je le lui souhaite. A suivre.


Nabe, Zoé et Jean-Phi/Virgile au Palais de Tokyo


Extrait de « L’homme qui arrêta d’écrire »

Le palais de Tokyo ressemble aussi à une forteresse avec ses grands murs bruns. Le taxi nous dépose et nous entrons. Des escaliers, la grande porte. Jean-Phi fonce directement vers l’entrée des salles d’exposition. Zoé et moi sommes d’abord attirés par une boutique, une librairie, un magasin ? Un peu de tout ça. Ça me rappelle chez Colette. C’est normal, je reconnais des objets signés de cet André dont m’a parlé Jean-Phi. Son lapin est là. Et aussi sa souris... Un Mickey Mouse violet avec une érection de bouc. Et si c’était un gag. Je me demande s’il existe vraiment, cet André, ou alors c’est un gosse de cinq-six ans, car j’ai rarement vu un « art » aussi régressif. Peluches, pantoufles, trousses, rouleaux de scotch, stylos en forme de cornet de glace. Le tout très coloré maternelle. Les mangas à côté, ça a le sérieux des toiles de Rembrandt... Et rien à moins de 200 euros.

[...]
— C’est assez drôle, dit Zoé. Regardez ce test « Êtes-vous gay ? » et ces gélules « Pour croire en Dieu » !

Mais la pochette qui la fait craquer, d’ailleurs elle l’achète, c’est « Devenez écrivain » : on trouve dedans une piqûre, une seringue et de la poudre.
— Vous êtes sûr que vous ne voulez pas vous faire un petit shoot, histoire de vous y remettre ? me propose Zoé en payant la vendeuse qui vient d’ouvrir un ?il et bave un peu en lui rendant sa monnaie...
— Hé ! nous appelle-t-on.

Jean-Phi nous fait signe d’avancer vers l’entrée du musée...


Delacroix, "Virgile et Dante aux Enfers" (détail), 1822, Musée du Louvre
Cliquez pour ZOOMER

Deux vigiles gardent la porte, noirs bien sûr, on dirait que c’est la condition aujourd’hui pour être vigile. Partout des Africains, c’est tout ce qu’on leur offre comme boulot ? Garder patibulairement les lieux des festivités blanches. Ça a l’air immense. Zoé et moi débouchons dans un premier espace, une sorte de garage au plafond dénudé fléché comme un jeu de pistes. Un vestibule très dépouillé, où il n’y a rien, à moins que cette pièce vide ne soit déjà une ?uvre en soi... J’ai un doute car des visiteurs sont déjà là autour de nous à multiplier les commentaires... Jean-Phi au fond nous fait toujours signe d’avancer vers lui...

— Bonjour, vous !

Je me retourne, c’est Hermine... Une mondaine d’une vulgarité sans nom, ou plutôt avec, et d’une grande famille. Je l’ai connue jadis, temps où je cocktailisais pour mon journal intime. Une belle chevelure, toujours bronzée, un vrai cheval. Je lui dis que j’ai arrêté d’écrire.
— Je me sens léger comme une plume !
— Ah, bon ? On va voir... me dit Hermine qui soudain m’attrape les hanches et m’emporte...
— Houf... pouffe Hermine. Il est lourd comme un écrivain mort !
Comme je sens tous les regards des visiteurs qui nous criblent comme des flèches, je me laisse faire. C’est grotesque, j’en suis conscient, heureusement, ça ne dure pas.

La Clermontonnerre me fait « descendre » quelques mètres plus loin dans la première salle. « Ça ira, ça ira... » lui dis-je en rejoignant Jean-Phi au centre de la grande pièce aux murs peints en rouge sang. Des murs si on veut, des parois plutôt, avec des choses accrochées, beaucoup, car le gros des ?uvres est plutôt sous forme d’écrans de télé allumés, posés sur des socles ou bien par terre carrément, c’est mieux.

Je passe devant une série d’arrestations musclées, puis de viols ; tabassages terribles, de tortures, d’une tristesse terrible, un deuil tous azimuts. Ici, le plus noir des Soulage ferait figure d’un Raoul Dufy. Ouais... Il y a aussi un artiste qui diffuse les actualités concernant les guerres, du jour de sa naissance à aujourd’hui, année par année. Elles sont montées dans un programme court de quinze minutes qui tourne en boucle. Message : « Les conflits internationaux qui ont eu lieu durant ma vie en diront toujours plus que de raconter ma propre existence. » Zoé regarde un peu perplexe cette multitude d’images qui remontent le temps en accéléré, de la guerre d’Indochine jusqu’ à la guerre en Irak. Où est l’art ? Surtout nulle part.

[...]

— Où est Jean-Phi ? demande Zoé.
— Hello ! dit-il en passant la tête à travers une corde de pendu accrochée au plafond, signée par un « grand artiste du mal et de la violence » comme c’est écrit sur l’étiquette...
— C’est chouette, non ? demande-t-il plutôt à Zoé qu’à moi.
— Je préfère la littérature, dit-elle, mais c’est original.
— Je ne vois pas ce qu’il y a d’original, dis-je, dans cette brocante d’agressivités...

C’est le vide-grenier de toutes les fausses bonnes idées du début du xxe siècle. C’est ça qui m’a toujours gêné dans l’art contemporain, c’est que ça fait vieux, aucune fraîcheur.
— Mais qui c’est celui-là ? demande Zoé en levant la tête, devant le portrait d’un gros vieux monsieur.
— C’est d’un Chinois, dit Jean-Phi qui a regardé l’étiquette. Il a peint Émile Louys, le tueur en série. Tu ne le reconnais pas ?

L’idée n’est pas mauvaise en soi, les peintres de la Renaissance, puis plus tard Vélasquez, ne se sont pas privés de portraiturer les célébrités les plus ambiguës de leur époque. Le problème n’est pas que ce soit mal peint, mais que ce soit « bien peint », dans le genre élève de deuxième année à l’École des beaux-arts. C’est ça surtout qui est à remettre en cause dans l’art contemporain. Non pas l’intention mais l’exécution. Quand Piero della Francesca peignait un condottiere, c’était avant tout pour en faire un grand tableau.

La foule commence à gonfler. Pas du tout le public des vernissages que j’ai connu : vieilles femmes en fourrure, types en costard, bourgeois affichés qui donnent leur avis... Là, ce sont de jeunes trentenaires, quadragénaires au plus, cheveux à moitié rasés, boucles d’oreille, plus ou moins barbus, plus ou moins mal habillés, plus ou moins voûtés, tristes et errants dans les salles les uns derrière les autres en regardant leurs souliers plutôt que les ?uvres. Ça vaut d’ailleurs mieux. Ils sont comme des prisonniers tournant en rond dans une cour de prison. Je pense instantanément au tableau de Van Gogh inspiré de Gustave Doré. Vincent, lui aussi, faisait dans le détournement des autres artistes, mais en aspirant dans son style le modèle qui l’avait inspiré. Ici, quand les nouveaux rendent hommage aux anciens, c’est pour se foutre de leurs gueules, mais c’est de la leur qu’ils se foutent. Ils se font du mal et n’ont pas l’air d’en être conscients. Voici le temps des assassins d’eux-mêmes, un autre genre d’artiste suicidaire, pas à la Van Gogh se tirant une balle dans l’aine... Dans la haine, tout au plus. La haine du véritable artiste bien sûr. Un Japonais a entassé dans un coin un certain nombre de futons disposés soi-disant comme La Montagne Sainte-Victoire de Cézanne. C’est con, mais ça montre surtout qu’il n’a rien compris à la construction des plans de roches coupés par la lumière à différentes heures du jour, et brossés par le vieux Paul d’Aix.

Une sorte d’hôtesse propose aux visiteurs des éponges flottant dans une bassine d’eau. Chacun peut en prendre une et effacer les ?uvres à la craie composées par des artistes sur de grands tableaux noirs. C’est le concept : le spectateur est chargé de réduire à néant ce travail, heureusement ce ne sont pas des dessins de Matisse, de Paul Klee ou de Picasso, mais des sous-gribouillis, deux trois traits à la Twombli, ou bien des bonshommes comme en tracent les enfants quand ils jouent au pendu. Il y a aussi des phrases à la Ben, pontifiantes et creuses, déjà Ben c’est débile alors des sous-Ben. Sans hésiter, j’efface un premier tableau noir, il s’agissait de quelques mots, mais je les ai effacés si vite que personne n’a eu le temps de les lire. Zoé hésite :
— Ça me rappelle trop l’école.

Elle donne son éponge humide à Jean-Phi qui pose la bonne question à l’hôtesse :
— Une fois que tous les tableaux sont effacés, il n’y a plus d’ ?uvres ?
— Si, les artistes sont là, au milieu de la foule des visiteurs, incognito.

Et ils passent derrière vous pour recommencer leurs ?uvres afin que d’autres visiteurs les leur effacent. Vous comprenez ce que ça veut dire sur notre société ?
— Non, je ne comprends pas, dis-je.

J’entends Zoé, déjà dans la salle suivante, elle hurle. — Quelle horreur !!

J’accours avec Jean-Phi. On la voit se boucher le nez. Sur une table qui sert de piédestal à l’ ?uvre, plusieurs plats débordant de victuailles sont exposés. Le hic c’est qu’elles sont toutes pourries. La force de l’arnaque des artistes contemporains, c’est qu’ils adaptent leurs visions du monde à leurs lacunes personnelles. Ils remplacent l’acte qu’ils ne savent pas faire par le parti pris de ne plus avoir à le faire. Il y a des morceaux de fromage, de viande, de légumes disposés en vrac. L’artiste a attendu qu’ils soient dans un état de pourriture avancée pour les présenter au public, avide de nouveauté. L’événement est toujours jugé supérieur à la chose. Les réflexions sur le statut de l’ ?uvre permettent d’éviter de se poser trop de questions sur sa qualité. Il y a de la purée qui dégouline de la table. Le geste d’exposer une ?uvre dispense d’en faire une. Ils se trouvent tous de bonnes raisons pour ne pas savoir comment créer une véritable beauté éternelle. En effet, ça sent fort, surtout les champignons qui grimpent sur le morceau de maroilles épouvantablement fermenté. C’est la métaphore du type qui montre la lune avec son doigt. Avant, l’imbécile, c’était celui qui regardait le doigt au lieu de la lune, aujourd’hui, c’est celui qui regarde la lune. C’est ringard, la lune, ce qui est moderne, c’est de regarder le doigt. C’est d’exposer le doigt. C’est de faire un doigt d’honneur à la lune.

Et encore. Exhiber le doigt serait bien trop charnel. Le dessinateur Chaval, lui, montrait un type qui, pour mieux voir la fameuse lune, était monté sur un tabouret. Eh bien, c’est ce tabouret-là qu’on expose aujourd’hui. C’est ça qu’on appelle une installation. Un morceau pris dans le réel qui se fait passer pour l’ ?uvre que l’artiste aimerait atteindre.

Jean-Phi cherche sur l’étiquette le titre de cette ?uvre « interactive et rnultisensorielle » : Installation d’asticots ? À table ? Un café, l’addition ?

Non : Autoportrait.

[...ici, interlude ludique pour ne pas être top pesant, puis...]

Les artistes contemporains produisent des ?uvres d’art qu’on ne peut pas juger puisqu’ils se sont positionnés exprès en dehors de tous les critères qui ont prévalu, disons des icônes de Byzance jusqu’aux graffitis de Jean-Michel Basquiat. C’est-à-dire, en gros : le sens de la composition, la grâce du dessin, la puissance de la touche, l’innovation du cadrage, la maîtrise de la lumière, sans oublier une vision originale et unique de l’homme et de la nature, une profondeur métaphysique, un sens flagrant de l’infini, bref l’évidence de la beauté universellement reconnaissable sous toutes ses formes, y compris les plus inattendues à son époque. Tout ça est rejeté en bloc au nom de l’innovation. On contourne la difficulté de créer quelque chose en décrétant que la chose a déjà été créée. C’est comme si on ne devait plus jamais faire l’amour sous prétexte que ça a été déjà fait. Ah, la belle affaire, et lucrative avec ça.

Plus c’est niais plus c’est cher. Ce qui donne de la valeur aux ?uvres d’aujourd’hui, c’est ce qu’elles coûtent. Leur prix élevé est là pour compenser la nullité de leur qualité [...] L’ ?uvre est devenue le prix que vaut l’ ?uvre. Et c’est parce qu’on sait qu’elle va atteindre ce prix qu’on la crée. Il y a une mise en abyme de ce que vaut l’ ?uvre d’art en fonction de la demande actuelle, mais le jour où il sera démontré artistiquement que les ?uvres d’art contemporain ne passeront pas la rampe de la postérité, tout le marché s’effondrera. C’est comme une crise de confiance dans le monde de l’argent. Un seul doute inséré et tout s’écroule. Peut-être qu’un jour, il y aura un Marcel Duchamp de l’art contemporain. C’est-à-dire quelqu’un qui mettra le doute sur ces ?uvres d’art que prétendent être celles de l’art contemporain, comme Duchamp l’a fait avec les ?uvres d’art classiques.

— Tu es là, mon salaud !

C’est un type qui connaît Jean-Phi et lui saute au cou. Il a de grands favoris, plein de colliers autour du cou, et une dégaine de pirate bourgeois. Tim, il s’appelle. Jean-Phi me présente comme « ancien écrivain ».
— Excellent comme concept, vous n’avez jamais pensé à transformer votre nouveau statut en positionnement d’artiste contemporain ?
— Comment ? lui demandé-je.
— Eh bien, en brûlant les livres que vous avez publiés, en public, avec un discours. Ça aurait une forte charge ludique qui appellerait à la méditation sur l’ ?uvre.
— Ah non, pitié, ne faites pas ça, me dit Zoé.
— On plaisante, lui dit Jean-Phi.

Ça n’a pourtant pas l’air d’une plaisanterie.

— Des livres calcinés, ça n’a pas déjà été fait ? demande Jean-Phi à Tim.
— Oui, un hommage à Stendhal a été organisé, un jour, je crois, avec l’autodafé de tous ses livres, Le Bleu et le vert, Le jambon de Parme, Lucien Léger, je sais pas quoi, tous brûlés au chalumeau, puis coulés dans du bronze. Superbe ?uvre. [...]

Marc-Edouard Nabe
« L’Homme qui arrrêta d’écrire », 2010
p. 154-160.

Sacré Marc-Edouard Nabe : écrivain, jazzman et daltonien ! Ou le nouveau Nabe dans le texte.

*

Le problème avec l’art contemporain, dis-je à Jean Phi, c’est qu’il faut un mode d’emploi pour que l’oeuvre tienne, sinon elle tombe
p. 168.

Et le Nabe débridé d’antan ne manque pas de refaire surface ça et là :

[...] Et Billy mes couilles, c’est pas demain qu’on le verra disparaître. Les oeuvres de Bob l’Anus sont là pour mille ans, c’est évident...
Je n’écoute déjà plus. Pat et moi nous nous éloignons... Dans un petit coin, il y a exposé ce que je prends pour une énième resucée de la Merda de Manzoni... L’artiste exposant son excrément [...]
p. 171.

[...] Il se précipite sur la Fontaine de Duchamp et, avec un gros marteau sorti d’on ne sait où, frappe dessus en hurlant :
— Je suis le vrai R. Mutt, R. Mutt, c’est moi !
Des femmes hurlent. Le gros type rougeaud casse l’icône de l’art moderne. Nicolas Bouriaut, le directeur du Palais de Tokyo, se ferait sodomiser sur-le-champ par Titien, le chien de Perrotin, qu’il n’aurait pas une expression différente. Surtout que le vandale lui fait un doigt entre deux coups de marteau. Je le vois bien : ce doigt est coupé. Une phalange en moins. Un demi-doigt d’honneur, c’est la première fois que je vois ça. C’est ce qui enlève les derniers doutes de ceux qui l’ont reconnu dans la salle.
— Pinoncelli, Pinoncelli !!!
— C’est Pinoncelli !!!
— C’est Pinoncelli me confirme Perrotin.
Qui c’est encore celui-là ?
Un artiste comportemental, précise Pierre Dhaix avec sa voix de communiste grave. Son doigt, il se l’est coupé à la hache sur un billot pour protester contre l’enfermement d’Ingrid Bettencourt...
p. 181.

*

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12 Messages

  • Jean Petit | 28 juillet 2010 - 17:12 1

    Bonjour,

    Je vous fais part d’une petite étude sur la transposition des rêves de La Divine Comédie dans L’Homme qui arrêta d’écrire, parue sur le site alainzannini.com .


    Il y est question de Dante, Céline, Joyce, tous auteurs très familiers aux sollersiens, qui peuvent quand même y trouver de l’intérêt.

    Bonne lecture.

    Voir en ligne : NABE’S DREAMS


  • anonyme | 28 mai 2010 - 00:25 2

    Bonjour,

    Le site alainzannini.com organise une Table Ronde autour de l’Homme qui arrêta d’écrire.

    Samedi 29 mai à 14h30 au Théatre Le Paname, 14 rue de la fontaine au roi , Paris 11ème.

    http://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&view=frontpage&Itemid=1

    Les sollersiens qui ont lu le livre sont évidemment les bienvenus.

    Voir en ligne : Table Ronde


  • Jean Petit | 6 mai 2010 - 13:57 3

    Bonjour,

    Une pièce inattendue sur divers dossiers et thèmes traités en ces lieux.

    La dédicace et main tendue de Claude Lanzmann à Marc-Édouard Nabe sur l’affiche du Sollers en flammes au Salon du Livre ...
    Quelle extraordinaire conjonction de symboles, non ?

    http://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1920:salon-du-livre-suite-et-fin&catid=41:breves&Itemid=56

    Voir en ligne : Dédicace de Lanzmann pour Nabe au Salon du Livre


  • thelonious | 26 avril 2010 - 10:23 4

    Mais vous rêvez Petit. On peut faire de Nabe le nouveau Dante ou le nouveau Rimbaud, (Sollers dans le dernier JDD parle de l’ancien Rimbaud...), on peut le comparer à Mozart pourquoi pas ! Mais c’est Sollers qui a écrit sur ceux-là le mieux.
    Je n’ai rien contre Nabe, tant mieux s’il vous permet de mieux vivre, de voir la vie en plus Grand, cher Petit, mais je ne peux que remarquer la puérilité de ses interventions, c’est tout. Quant au sérieux de ce site, comparé à celui dédié à votre idole, vous ne me le faites pas dire.


  • anonyme | 24 avril 2010 - 21:34 5

    Mac Enroe,Ça c’est sûr, ce n’est pas moi qui vais vous suivre dans la puérile polémique dont vous êtes déjà fait la spécialité sur alainzannini.com .
    Et encore moins ici.

    Si je passe par ce site c’est justement parce que je trouve que ceux qui y écrivent sont justement, et contrairement à vous, des gens sérieux. Je ne doute pas un instant d’ailleurs qu’eux les premiers se passeraient volontiers de "défenseurs" de Philippe Sollers dans votre genre. ( Parfois je me demande même si vous en avez lu la moindre ligne ...)

    J’attends avec beaucoup plus d’intérêt et de curiosité la suite de l’avis de lecture de V.K.

    Cher Victor avez-vous terminé la lecture de l’Homme qui arrêta d’écrire ?

    Vous soulignez, et avec raison, la place de Dante dans le livre. Auteur réquisitionné depuis des années à mon avis de façon exagérée et indue par Philippe Sollers. Ne pensez-vous pas que Nabe à travers ce livre fait preuve d’une intelligence bien plus profonde de la potentialité romanesque de la Divine Comédie que ce qu’a pu en faire Sollers par exemple dans le Coeur Absolu, ou même dans Paradis ? ... Dante chez Sollers est censé être omniprésent, mais il l’est en fait de manière très superficielle non ?

    Mais laissons de côté le fil blanc des références dantesques chez l’un et l’autre. Trop vaste sujet pour ce petit espace de commentaires... Vous en avez relevé l’essentiel dans le roman de Nabe et nous pouvons nous comprendre dans cette discussion, c’est suffisant. (En plus Mc Enroe à ce stade a complétement décroché ) Le sujet Dante mériterait à lui seul un long article. Peut-être un jour...

    On pourrait d’ailleurs tout aussi bien comparer ce que fait Nabe de Lautréamont ou de Rimbaud (Sans même parler de Céline !) par rapport à Sollers. Sollers, après tout, contrairement à Dante est l’auteur de La Divine Comédie (Gallimard Folio N°3747) mais aussi contrairement à Rimbaud il a écrit Illuminations (Folio N°4189). Bref ...

    Non le coeur du sujet, c’est que Nabe à travers ce livre et la couverture de Chronicart met, lui, réellement en pratique la maxime de Sun Tse que Sollers place en exergue de Portrait du joueur : "Attaquez à découvert mais soyez vainqueur en secret." Il donne en ce moment la véritable leçon de stratégie en action dont Sollers qui n’a que ces mots à la bouche n’a jamais été capable ! C’est de celà dont il est question !

    Sollers SAIT que Nabe a définitivement gagné. De même que Salieri SAIT la valeur de Mozart (en référence à la mère de Nabe qui le mettait en garde contre Sollers : "C’est ton Salieri !" ).
    Et je pense que les sollersiens intelligents, vu la manière dont ils esquivent le débat (Comme Sollers qui a refusé d’être face à Nabe sur le plateau de Giesbert !) , sont peu à peu en train d’en prendre conscience eux aussi.


  • thelonious | 23 avril 2010 - 13:43 6

    Jean Petit,
    Vous n’avez pas compris, ce qui fait sens au contraire c’est que Nabe ait choisi de brûler le livre de Sollers comme si celui-ci était le Best-seller de la littérature française ; or s’il a des lecteurs fidèles et enthousiastes, à part pour "Femmes" Sollers n’est jamais dans la liste des meilleures ventes.
    Ce geste (non maîtrisé) de Nabe veut en fait dire, "c’est toujours best-sollers..."
    Vous aurez aussi remarqué, Jean Petit, que nous ne sommes pas ici sur un site puerilement polémique... Thelonious, grand musicien ! et Mcenroe, grand joueur, n’est-ce pas ? Dites-moi, votre pseudo "petit", c’est pour être à la hauteur de votre idole ?


  • Jean Petit | 23 avril 2010 - 10:10 7

    Ciel ! Thelonious bien connu sous le nom de McEnroe chez les nabiens !

    Des mois que vous essayez de vendre partout des abonnements au Journal du Dimanche. Bonne chance aux administrateurs ... Ils sont allés un peu plus loin dans la lecture vous ne croyez pas ?

    @AG.

    Bruler ’Discours Parfait’ serait selon vous un acte nihiliste ? Détruire ce livre ce serait alors détruire le monde ? Sollers est-il à ce point tout ?

    Ou bien est-ce le seul fait de bruler un livre que vous considérez comme un acte nihiliste ? Ce qui voudrait dire qu’il n’y a aucune différence entre bruler un Sollers et bruler un Amélie Nothomb ?

    On connait pourtant l’amour de Nabe pour les livres. Il n’irait jamais brulé Les Chants de Maldoror par exemple... Donc cet acte que l’on s’évertue à nier (tiens, ce serait pas par là qu’on pourrait chercher du nihilisme ? ), il va bien falloir qu’au contraire il prenne de plus en plus sens ...


  • thelonious | 21 avril 2010 - 13:48 8

    Gainsbourg brûlait un "Pascal" je crois, Nabe qui brûle l’oeuvre sollersienne... c’est un aveu ; ceci dit Nabe est intéressant, ses textes sur le jazz et sur le cinéma sont excellents, il veut se comparer au Grand Sollers, pourquoi pas, laissons le.


  • A.G. | 21 avril 2010 - 11:52 9

    « Le fond , eh bien le fond, le fond, le fond, que voulez-vous, le fond, le problème, c’est toujours le même, depuis que Nietzsche l’a nommé par son nom : le nihilisme. »

    « Le nihilisme est donc bien là, partout, et la profondeur de son action n’a rien d’"humain", on n’y remédiera pas par la bonne pensée morale ou le pathos anti-nihiliste. Oui, le nihilisme va aller encore plus loin, et plus bas. »

    « C’est donc à désespérer ? Mais non, le nihilisme suit sa logique, et il ne s’agit pas d’une péripétie historique, d’une "décadence", mais bien de l’histoire de la métaphysique elle-même. »


  • Jean Petit | 20 avril 2010 - 17:31 10

    Cher Sokol,

    Considérer Discours parfait comme "L’Oeuvre d’un imbécile", je vous en laisse la responsabilité...

    Vos références vous situent.

    Si vous voyez du Gainsbourg dans cette image c’est votre problème... Nabe déteste Gainsbourg et l’a très bien écrit.

    Il y a d’autres associations nettement plus intéressantes qui viennent à l’esprit (V.K. L’a senti d’ailleurs, en étant gêné par cette photo je ne pense pas qu’il y voyait du Gainsbourg ) :

    Erostrate, la bibliothèque d’Alexandrie, Savonarole, les autodafés, l’incendie dans les Possédés, Mohammed Atta, plein d’autres ...

    Voilà plutôt les images qui me viennent. Chacun les siennes ...


  • Sokol’ | 15 avril 2010 - 20:27 11

    Brûler Discours Parfait ? L’oeuvre d’un imbécile. Dommage, car j’avais envie de lire son bouquin, "L’Homme qui arrêta d’écrire". Mais jouer le Gainsbourg adolescent à son âge, y a de quoi se délégitimiser à vie.


  • Jean Petit | 12 avril 2010 - 22:48 12

    Bonjour,

    Bravo pour votre début de compte-rendu de lecture et merci pour la place que vous accordez à Nabe ces derniers temps. Je ne doute d’ailleurs pas que vous aurez envie de reprendre le fameux fil de cette conversation une fois que vous aurez terminé le livre .

    En attendant, Juste pour répondre à la question que vous soulevez : "Au fait, c’était quand la dernière fois qu’on a brûlé des livres ?"

    La dernière fois précise (à part en couverture de Chronic’art ) , je ne sais pas ...

    Mais comme événement présentant un sens historique fort, je crois bien en effet que c’était ici :

    http://www.journalchretien.net/16577-le-nouveau-testament-est-brule-en