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SOLLERS PERSONNAGE DE ROMAN



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  • Tel Quel - éd. Seuil, 1960-1982.
  • L'INFINI - éd. Denoël, 1982-1983 - ed. Gallimard 1983-.



FILMOGRAPHIE, AUDIO-VIDEO
> Le cigare de Freud
7 septembre 2008, par Benoît Monneret
Cycle Nabe-Sollers-Zagdanski ?
7 septembre 2008, par V.K.
Chiche cher Thelonious ! A votre clavier !
> Nouveau cycle Nabe-Sollers
6 septembre 2008, par Thelonious
Nabe-Sollers et Zagdanski... Dans son roman "Pauvre de Gaulle !", on peut lire de très belles pages sur Nabe et Sollers ; si elles ne sont pas toujours flatteuses pour Sollers (alias Hubble), Nabe, par contre est littérairement assassiné. Nabe-Zagdanski, on les retrouve aussi dans "Un vrai roman". Qui se risquerait à un nouveau cycle Nabe-Sollers-Zagdanski ?
> Nouveau cycle Nabe-Sollers
6 septembre 2008, par Christie
Ne partageant que trop (trop pour une admiratrice du Sollers des années 80) le point de vue de Nabe sur le "Philippe" d’aujourd’hui et sur l’attitude qu’il a eu avec le Marc-Edouard des années 80, je trouve pourtant d’une grande élégance le fait d’accueillir ces textes corrosifs sur son propre site.
> gammes (Watteau)
2 septembre 2008, par Benoît Monneret

j’ai un peu raté le regard de la "boudeuse" mais bon...

>Andy & Antoine sur pileface
2 septembre 2008, par V.K.
> Andy Antoine (en réponse à D.)
2 septembre 2008, par Benoît Monneret

> Deux artistes du panthéon sollersien
2 septembre 2008, par D.
Encore que la chaise électrique serait plutôt un thème wharolien... Sur Andy Warhol : La guerre du goût, La fête à Venise (où Sollers note qu’il a les mêmes initiales qu’Antoine Watteau).
> Cycle Nabe-Sollers, Debord, Rimbaud
26 août 2008, par V.K.

Cher JSP,

Votre assiduité me va droit au coeur comme une flèche ...salvatrice : correction et note (7) associée ici

Votre contribution au cycle Nabe-Sollers : c’est là !

Au plaisir de vous lire à nouveau pour une nouvelle contribution. Vous suggère alors de me l’adresser par courriel (fichier Word ou autre) plutôt que dans la boîte message du Forum (pas la forme la plus aisée pour une longue contribution). En profiterai aussi pour vous communiquer vos codes d’accès à l’espace rédacteur

Réponse à V.K. : Cycle Nabe-Sollers
26 août 2008, par JSP

Cher V.K.,

À tort, je ne m’attendais pas à ce que les corrections réclamées fussent faites... Quelle claque de joliesse votre enthousiasme a-t-il lâché sur ma gueule ! De nouveaux articles et de nouveaux extraits de Nabe sur Sollers ? Bravo ! Décochées par vos soins, ces dernières flèches refont tourner la roue du cycle nabo-sollersien !

Trêve de lyrisme. Je crains qu’il gâte la précision artistique qu’étalait mon premier mail. Enragé d’exactitude littéraire (et pas seulement), je me risque à pointer du doigt une nouvelle erreur qu’a laissé filtrer la revue de presse de France inter sur Je suis mort... Qu’a donc perçu mon envahissante maniaquerie ? Le surnom donné à Sollers n’est pas « Fugor » mais « Fulgor » ! La coquille qui masque le « l » a des allures d’ombre pas vraiment chinoise. Pourtant, « Fulgor » (avec un « l ») fait tellement sens ! Ce nom correspond à fond à l’amoureux du siècle des Lumières... Fulgor, Sollers ! Sollers le fulgurant, fils de fulgur, la foudre ! Rallumez le nom de Sollers en transperçant son surnom coquillé d’une flèche en forme de « L » ! Déployez l’aile pour que la lumière soit !

Mon lyrisme n’est jamais en paix. Si votre lecture en fait les frais, c’est que j’accepte à chaud votre aimable proposition : contribuer au cycle ! Plutôt qu’ « un texte complémentaire » qui serait de mon cru, je vous propose d’autres extraits d’Alain Zannini (qui, au cas où vous l’ignoreriez, fut refusé en avril 2002 par Philippe Sollers lui-même alors que sa collection l’Infini abritera plus tard le fameux Cercle de Yannick Haenel, ce « chef-d’œuvre » dixit Fulgor...) :

> Tremblement de Bataille.
25 août 2008, par Jérôme Bourgon

Félicitations pour votre intéressant dossier, tout particulièrement les documents audiovisuels rares et émouvants. Merci d’avoir cité mes travaux, objectivement, en dépit de quelques désaccords manifestes sur l’auteur véritable des Larmes d’Eros. Notez que la communication du dossier des Larmes d’Eros, qui a été vendu par Christies (par Lo Duca, très certainement) il y a quelques années, permettrait de prouver une bonne fois ce qu’il en est de l’authenticité de ce texte. Attention toutefois : les photos que vous publiez en toute fin de votre page montrent "le supplice de Fu-zhu-li" en effet, pour la première ; mais la seconde n’est évidemment pas le même condamné. C’est un certain Wang Weiqin, sur le cas duquel je travaille en ce moment, et qui est résumé dans le premier chapitre d’un iivre que j’ai publié chez Harvard Univ. Press avec deux collègues canadiens ( (voir http://www.hup.harvard.edu/catalog/BRODEA.html)

Bien sincèrement,

Jérôme Bourgon

> Francis Bacon, radiographie
21 août 2008, par Ukhbar

Nu couché avec une seringue hypodermique, 1963

>> "Goldie, elle dit qu’elle s’appelle Goldie." (Frank Miller, Sin City).

Faux-Rimbaud : rebondissement !

Il y a quelques semaines, nous évoquions sous le titre Inédit de Rimbaud, vrai ou faux ? la polémique née de la découverte chez un bouquiniste de Charleville-Mézières d’un texte en prose du poète, Le rêve de Bismarck, signé du pseudonyme Jean Baudry. L’un des spécialiste français d’Arthur Rimbaud, Jean-Jacques Lefrère, attestait l’authenticité de ce texte, authenticité aussitôt démentie par le trublion littéraire Raphaël Zacharie de Izarra qui assurait être l’auteur de ce canular. Mise en veilleuse pendant la trêve estivale, la controverse pourrait bien rebondir aujourdhui à la suite d’un article du très sérieux quotidien Le Monde. L’un de ses journalistes a rencontré Raphaël Zacharie de Izarra, et le moins que l’on puisse dire est qu’il est sorti troublé de cet entretien. Extraits :

Raphaël Zacharie de Izarra nous demande du temps, encore du temps pour prouver qu’il est l’auteur de cette farce. Mais où est la vraie farce ? Dans le document lui-même qui serait un « authentique faux » ou dans le formidable pouvoir de persuasion d’un mythomane de premier ordre ?

Sa démarche, se justifie-t-il, est une oeuvre « de long terme, dense, complexe, nécessairement lente ».

A la lumière de ses propos pour le moins convaincants, irritants, intrigants, presque fascinants, on lui laissera le bénéfice du doute.

http://rayonsud.free.fr/ ?p=26

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L’article du "Monde"

Paris est venu au Mans. Ce qui équivaut, en terme professionnel, à un scoop. Du moins dans le cercle restreint des journalistes littéraires, appelés aussi dans notre jargon « mondains du livre ». Depuis là-haut, c’est un événement, une prouesse. Rappel d’une épopée locale qui avait fait deux ou trois vagues dans nos salons : quelques heures à peine après la révélation au grand public d’un inédit de Rimbaud (Le rêve de Bismarck) retrouvé chez un bouquiniste de Charleville-Mézières, un énergumène manceau revendiqua non sans fracas la paternité du document qui serait donc... Un faux ! Info ou intox ?

A la rédaction les collègues ont bien ri. Il y avait de quoi, avec ma mission d’« envoyé spécial en province »... La décision résonnait désagréablement comme le coup de « sifflet de Jéricho » de l’officier de police plein d’avenir du Quai des Orfèvres rétrogradé du jour au lendemain à la circulation de la Place Clichy. Et j’ai effectivement été envoyé au Mans afin de tenter d’éclaircir ce mystère d’arrière pays. Merci le TGV. Bref, de retour avec mon papier, ils ne riaient plus du tout à la rédaction. Enquête.

AUTEUR PROLIFIQUE

Raphaël Zacharie de Izarra est un farceur.

Un auteur prolifique aussi. Avec plein d’imagination.

Un simple hurluberlu en mal de notoriété comme l’affirmait, un peu énervé, le plus grand spécialiste de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère dans les pages du « Figaro Littéraire » ? Pas si sûr... Dès qu’on approche le phénomène, les certitudes toutes faites s’éloignent. Il y a fort à parier qu’au contact de ce fou follet, plus d’un routard de la presse reverrait son jugement. Un poids-plume de l’auto édition (il se répand sur Internet) capable d’ébranler des maisons : Izarra a du souffle, il faut lui reconnaître ce précieux avantage.

FRISSONS

Personnage machiavélique diraient certains... Angelot d’une désarmante naïveté pour d’autres. Prince cynique ou entité ailée, peu importe : le plaisantin ne manque pas d’atouts. S’il est vrai que le diable a plus d’un tour dans son sac, les anges n’en ont pas moins de la plume. Celui qui veut défier les exégètes de la littérature, pardon de la Littérature comme il le précise, est bien outillé. Ce maître du verbe joue de son art oratoire jusqu’à l’énième degré, là où commencent les premiers frissons. Déstabilisant.

Le « clown à particule » s’avère être un morceau de choix pour tigres de rédactions, un cas d’école comme on en rencontre rarement dans une carrière de reporter. Un pigiste averti y regarderait à deux fois.

Izarra, ça à l’apparence de l’ersatz, de loin ça n’a l’air de rien, de Paris on croit que c’est du toc... Et quand on vient chez lui au Mans pour une interview de près, pour de vrai, alors l’Izarra c’est de l’or en barre ! Foi de journaliste.

L’animal est prêt. De mon côté, je fourbis mes armes. Ambiance règlement de compte à l’oral. L’interview commence mais c’est lui qui tient la baguette.

Quand je l’interroge au sujet de cette affaire grotesque du « vrai-faux-Rimbaud » il ne se démonte pas. Ses yeux s’éclairent. Le masque de la sincérité l’habille tout de blanc. Et il a des arguments le renard ! Répondant point par point aux objections émanant de ses détracteurs, il se défend. Avec foi, panache, consistance. De telle façon qu’à mi-parcours de l’interview il est déjà permis de douter de la version officielle. Question de choix. En l’écoutant, intarissable, virtuose, charmeur, parfois excessif, toujours percutant, on se sent plus léger, libre de balancer entre vérité médiatique et doute « izarrien », qualificatif dont il abuse avec jubilation. C’est le cadeau qu’il nous fait : penser par soi-même. Raphaël Zacharie de Izarra est persuasif, il a l’art de soulever des questions que nul n’oserait effleurer.

POLEMIQUE

Ses arguments ? Contestables, soyons honnêtes. Contestables et pourtant... Pas tant que cela. Et c’est étrange, et c’est puissant, et c’est passionnant. C’est oui ou c’est non, c’est vrai ou c’est faux. Entre les deux, une infinité de nuances. Toutes déroutantes.

Izarra a sa place dans la polémique et il tient tête. Il a pris le rôle du bouffon, qui n’est pas le plus facile. Rappelons que le pitre officiel du royaume assénait des vérités cinglantes au roi. Izarra se paye la tête du roi et c’est bien le seul : il n’y a qu’un bouffon dans tout le royaume pour user de ce droit. Les autres se taisent. Lui, il la ramène. Il fabrique du faux pour « mieux dénoncer une autre imposture : celle d’une certaine littérature » dit-il.

Dans le détail son discours ressemble un peu à cette histoire de fous où l’un soutient que la bouteille est à moitié pleine pendant que l’autre s’évertue à démontrer qu’elle est à demi vide. L’un a tort, les deux ont raison et personne ne peut trancher. Ensuite c’est une question de crédibilité vestimentaire. La « vérité » du porteur de cravate sera toujours un peu plus « vraie » que celle de l’adepte de la chemise à carreaux. Izarra ne porte ni cravate ni chemise à carreaux, il arbore un front vaillant dénué d’artifice, affrontant nu les « cohortes de Bêtise parées de flatteurs, mensongers atours ».

Même pour un reporter qui a de la bouteille, il serait trop facile de prendre à la légère l’édifice de papier de monsieur Izarra. Pour l’heure tout est théorie, démonstration intellectuelle, preuve par la dialectique et conviction intime. Le sieur Izarra est redoutable quand il s’agit de semer le doute. Et ça prend. A faire trembler les bases du plus orthodoxe des convaincus. Ca prend tellement bien que, séduit par le brillant discours, déjà convaincu mais pas tout à fait prêt à mettre la main au feu tout de même, on ne demande plus qu’à voir.

ROCAMBOLESQUE

Voir, c’est ce qu’il nous promet depuis le début de cette affaire décidément rocambolesque... Mais il n’est pas pressé d’apporter de la matière à son moulin à paroles. Izarra brille tant qu’il reste dans ses « hauteurs » abstraites, position stratégique bien commode dans laquelle il a tendance à s’éterniser... Sur la terre ferme son pied est plus glissant.

Il a le temps pour lui, répète-t-il. « Je n’agis pas dans la précipitation, mon dessein est de plus grande envergure que de nourrir ces poussins de journalistes. Patience ! Au lieu de petit grain sans lendemain vous aurez la grosse pâtée pour l’hiver » confie-t-il, un brin malicieux.

C’est vrai qu’il cause bien le contradicteur et qu’on serait prêt à se convertir à sa « vérité », à deux doigts du gouffre séparant « l’hérésie médiatique du ciel izarrien »... A condition de donner corps au discours. Bluffant pour ceux qui l’approchent, l’écoutent, le « sentent », simple zozo pour les autres qui n’ont pas eu le privilège d’un tête-à-tête, le personnage a de quoi faire peur.

La première fois il avait même fait très peur : l’AFP lui reproche un séisme d’ampleur nationale provoqué par ses simples assertions. Pas si zozo qu’il en a l’air le « Zaza » !

DU TEMPS

Raphaël Zacharie de Izarra nous demande du temps, encore du temps pour prouver qu’il est l’auteur de cette farce. Mais où est la vraie farce ? Dans le document lui-même qui serait un « authentique faux » ou dans le formidable pouvoir de persuasion d’un mythomane de premier ordre ?

Sa démarche, se justifie-t-il, est une oeuvre « de long terme, dense, complexe, nécessairement lente ».

A la lumière de ses propos pour le moins convaincants, irritants, intrigants, presque fascinants, on lui laissera le bénéfice du doute. Mais pas trop longtemps. Pas trop longtemps monsieur Izarra : à la rédaction ils ne rient plus, mais alors plus du tout.

Les dieux de Renoir
8 août 2008, par A.G.

IRONIE numéro 131, juin/juillet/août 2008.

Après "Le rire de Renoir" (Ironie n°60, janvier 2001), Ironie se repenche sur les peintures de Renoir grâce à la conférence d’Augustin de Butler au Musée d’Orsay, en mai 2008. De nombreuses reproductions mettent en évidence comment Renoir inspira d’autres peintres, comme Matisse et Picasso.

Ce Renoir que l’on ne saurait voir

Cercle et Ulysse.
8 août 2008, par A.G.
Yannick Haenel parle d’Ulysse, d’Homère, de Dante, de Joyce et de son dernier roman sur France-Culture
Soljenitsyne (suite)
6 août 2008, par A.G.

George Nivat, professeur à l’université de Genève et spécialiste de Alexandre Soljenitsyne parle de la vie et de l’œuvre de l’auteur russe.

*

Le célèbre dissident soviétique dans certains médias français, le lendemain de sa mort.

Soljenitsyne est mort
4 août 2008, par A.G.

" Il faut enregistrer ici le choc qu’a été, pour ma génération et la suivante, la figure de Soljenitsyne, avec son Archipel du goulag. Témoignage décisif (avec Chalamov), qui, à quelques exceptions fanatiques près, a tiré l’échelle de l’énorme mensonge communiste. L’effet, en France, a produit ce qu’on a appelé les "nouveaux philosophes. J’ai aussitôt pris leur parti. " (Ph. Sollers, Un vrai roman, Plon, p.130.)

Voir le dossier dans Le Nouvel Observateur<.

Pour juger de l’importance de l’écrivain et notamment du "choc" produit par la publication de L’archipel du goulag en 1974, se reporter ci-dessus au début de notre article.

Vous pouvez y écouter un témoignage récent de l’éditeur Claude Durand.

Voir également L’Homme et ses Droits 5 - Alexandre Soljenitsyne extrait de Les Géants du Siècle. Une série de Jean-Paul Thomas. Réalisée par Krzysztof Talcsweski (1996) :

et aussi l’extrait suivant (avec le témoignage de Bernard-Henri Lévy) :

Dionysos et le Ressuscité
28 juillet 2008, par A.G.

Pour en savoir plus sur la " révolution catholique " , écoutez ce qui Philippe Sollers nous dit, en direct de Rome, sur les papes, le Bernin, Paradis, etc...

C’était le samedi 26 sur France-Culture. L’intervention de Sollers se situe vers la fin de l’émission (après 42mn)

Site Internet: Rome, ville sainte
Ulysse et Dionysos
25 juillet 2008, par A.G.

Pour ceux qui veulent prolonger la lecture de Guerres secrètes, sur France-Culture jusqu’au 22 août :

Sur le bateau d’Ulysse

Hölderlin, déjà en 1802, interrogeait le devenir des Anciens Grecs. Ne sont-ils pas menacés ? Ne risquent-il pas, un jour, de disparaître ? Cette inquiétude est largement confirmée aujourd’hui : nous sommes en train d’oublier les Grecs, et le nouvel ordre mondial renforce chaque jour cette ignorance, cet illettrisme. Les Européens se sont détournés de la source grecque, acceptent un monde sans mémoire, et ne savent plus qui ils sont !

La question de Hölderlin : « que devient le Grec ? », les hellénistes ne sont plus seuls à la poser. Des écrivains, des artistes, des intellectuels ont compris l’intérêt qu’il y a à redécouvrir les Grecs. Car revenir aux anciens Grecs, c’est revenir à nous-mêmes, c’est nous redécouvrir autrement.

Le titre de cette série s’inspire d’un vers d’Euripide : « Et nous, devenus matelots sur le bateau d’Ulysse, toujours nous servirons Dyonisos [sic] ». Ces 25 émissions donneront l’occasion à des « professionnels de l’Antiquité grecque » : épigraphistes, archéologues, historiens, anthropologues, philosophes, mais aussi à des spécialistes d’autres disciplines : astrophysiciens, juristes, sinologues, passionnés d’éthologie, de remonter vers les anciens grecs en portant à la connaissance du public les découvertes, les perspectives, les nouveaux chantiers. Mais c’est d’abord par la littérature et l’art, - que l’on songe à l’Odyssée, à l’Orestie, aux nouvelles traductions de la métaphysique d’Aristote -, que l’Antiquité grecque monte aujourd’hui vers nous. Les témoignages sont là qui constatent l’étonnante fraîcheur de ces vieux textes, que nous sommes peut-être prêts, en ces temps de profonds bouleversements, à entendre vraiment.

Le 7 août : Yannick Haenel ; le 22, pour conclure la série : François Jullien (La Grèce au risque de la Chine).

Site Internet: Sur le bateau d'Ulysse
Littérature et politique (suite)
22 juillet 2008, par A.G.

Lors de la dernière d’Esprits libres (4 juillet 2008).

1. Sur Nicolas Sarkozy, la stratégie d’"étouffement" de la gauche, la "culture"... (10’26) :

*

2. A propos de "Un vrai roman". Sur Modiano, Robbe-Grillet, Claude Simon, le "nouveau roman"... et le numéro 101-102 de L’Infini (10’05) :

*

3. Sur Claude Lévi-Strauss (extraits de Campus du 28-10-2004) : "un régime d’empoisonnement interne" (2’48) :

*

Roland Barthes, tel quel -
12 juillet 2008, par A.G.

Deux compléments au dossier :

- un commentaire de Sollers sur le livre que Barthes lui a consacré en 1979, Sollers écrivain.

- Barthes et Julia Kristeva parlent des Fragments du discours amoureux.

> La vérité, en un sens, est violette.
10 juillet 2008, par D.B.
Que l’amante, nous dit-on, soit Julia... pourquoi pas. Ceci dit, rien ne nous empêche de penser qu’il pourrait tout aussi bien ou autant s’agir de Dominique... Qu’entendons-nous à prononcer "Maud" à l’envers... ?
La vérité, en un sens, est violette.
9 juillet 2008, par A.G.

Un an après...
Dans mon commentaire du 9 juillet 2007, je citais ce passage de Nombres :

« 3... et la voix disait cela, maintenant, et c’était bien ma voix s’élevant de la vision colorée ou plutôt du fond brûlant des couleurs, ma voix que j’entendais moduler une conjuration fluide, pressante, où les voyelles se suivaient, s’échangeaient et paraissait s’appliquer au texte à travers mon souffle. [...] et je revois les sons pénétrer le ciel violet jusqu’au fond des yeux. La formule pourrait s’énoncer ainsi : I-O-U-I-A-I- à condition de lui imprimer une ondulation constante, quelque chose d’ivre... ».

Le hasard fait que, ce 9 juillet 2008, relisant L’engendrement de la formule, l’essai que Julia Kristeva a consacré au roman de Sollers et qui est repris dans Sémiotikè, Recherches pour une sémanalyse (1969), je (re)découvre que J.K. y analyse longuement cette séquence.
S’appuyant sur les Vedas, citant Rimbaud, elle écrit :

« Le vocable "voix ouvre la séquence, et, si on veut y lire une différentielle signifiante au lieu de l’immobiliser dans un signe, on sera amené à déchiffrer d’abord ce que la terminologie analytique appelle aujourd’hui le Signifiant, et que les Hymnes sacrés (tels les Vedas célébraient comme un pouvoir magique sous le nom de "son", "parole", "voix". Plusieurs fois répété dans la séquence, "voix", insiste dans : "fluide", "voyelle", "vocal", "vol", "ondulation", "note" etc. Le " v " est souvent redoublé par d’autres " v " ou " f " à proximité. Ainsi, rien que dans la première phrase : Voix, s’éleVant, Vision, Fond, Fluide, Voyelle, suiVaient, traVers, soufFle. Plus loin, "voix" se dissout encore plus et les différentielles signifiantes donnent "vol", "vois", "pouVOIR, "le ciel violet". Mais aussi violé, viol, (3.55... " et c’était, après ce retournement et ce viol, l’étendue elle-même qui semblait se vivre dans sa lenteur ") ; de même que (absent du texte) voile, "voilé — voile déchiré par un viol violet qui retrouve la voix au-delà de la surface voilé ; ainsi que viole — instrument de musique évoquant la voix... Le géno-texte différencié s’engouffre dans la formule du phéno-texte. Le sonnet des voyelles peut être mis à la place du filtre entre l’engendrement infini et la formule. — Remarquez que toute la phrase est tenue sur la note O / U : atome, opération, objet, émission, projection, retourné, vol, pouvoir, tout, ouvrait, lointain, dehors, revois, son, violet, jusqu’au fond des yeux. Evoquez Rimbaud : " O, oméga rayon violet de ses yeux. " Et vous approchez de la lecture de « je revois les sons pénétrer le ciel violet jusqu’au fond des yeux » . La phrase de Nombres, si elle est "filtrée" par le vers de Rimbaud, n’est ni sa copie ni son renversement. Elle est, dans la même langue, autre. Car elle marque une constatation froide, soustraite au temps et à la combinaison subjective où plonge l’acte prophétique et locutoire d’un poème, pour retrouver cette surface non-informative du texte qui "ne veut rien dire" parce qu’elle dit tout ce qui a pu être dit au-delà du filtre (dans le cas précis rimbaldien) de la littérature subjective. » (p. 305-309).

Oublions la "littérature subjective" et tenons-nous en à la " constatation froide, soustraite au temps " : si les vacances ne vous occupent pas trop, je vous invite à relire Julia Kristeva.

Je m’égare ? Peut-être.
Mais n’a-t-on pas dit que le "personnage" central, "l’amante de ce beau livre ", L’étoile des amants, ce serait elle ", J.K. (J.A. Miller, Sollers en ronds de ficelle.) ? Et quand, dans ce roman-là, Sollers écrit : " Maud passe. ", il me plaît à penser que le mot de passe, d’une formule à l’autre, d’un roman à l’autre, du roman à l’essai et de l’essai au roman, pourrait bien être, " littéralement et dans tous les sens " : " la vérité est violette ".

> Le livre à l’heure numérique
8 juillet 2008, par Jean l’Aveugle

Cher Monsieur, Excusez-moi si je m’y suis mal pris, selon une expression trop rapide et elliptique de sorte à ce qu’elle puisse-être sujète à maints malentendus, certains d’ailleurs ne manquant pas de se produire. Commençons par une citation :  et, dans le miroir glacé de l’écran, les spectateurs ne voient présentement rien qui évoque les citoyens respectables d’une démocratie. » Certes ici il s’agit de l’écran du cinéma, pas de l’ebook. Mais, ce que je visais était en premier lieu l’écran en général, l’écran glacé qui fait obstacle, celui du cinéma et de l’informatique, du multimédia, qui voile (sans perspective d’un horizon de dévoilement quelconque pour un supposé en-deçà magique en attente...derrière la tête du spectateur ?). Rien à voir, donc, dans cet écran glacé qui puisse être mis en rapport avec la profondeur du bleu du ciel. Je ne parlai pas de l’écran au sens de l’écran de fumée ou même de celui qui put et peut servir dans la peinture.

L’usage que je fais de la citation d’Aristote est détourné : je ne vise plus la vue au sens naturel, immédiat (au sens où sans elle on devient aveugle au sens strict), mais selon un usage métaphorique : la perte de la vue se réduit à l’écran comme miroir glacé où le spectateur ne voit etc. (l’idolâtrie rend littéralement aveugle).

Le texte que vous citez commence ainsi : «  L’histoire de l’écriture montre comment, à chaque étape, la modification des supports d’écriture a influencé la nature des textes eux-mêmes » Je vous pose donc la question : quoi ou qui veut l’ebook et dans quel but, qui fabrique cela ; qui ou quoi, présentement, décide de la modification des supports de l’écriture, de la « lecture » ? Le fait de favoriser désormais objectivement les catégories du voir dans la lecture même (je veux dire de façon total, ce n’est plus la BD), en la faisant passer et défiler sur un écran, ne fait-il pas écho au mot de l’électrique Voltaire que Sollers d’ailleurs aime à citer : « La plupart des gens ne lisent que des yeux. » ? Du coup, ce qui est premier dans la lecture, en lien au temps de la lecture - lequel n’est pas celui du défilement des lignes sur un écran - à savoir la mémoire du texte, est ce qui est substantiellement visé (volontairement, involontairement, cyniquement ?) par la réduction du Livre à un outil informatique. Vous semblez dire que l’informatique est un gain de temps (et je suis en partie d’accord évidemment) pour la recherche d’occurrences d’un mot ou d’une expression dans un texte donné. Mais, ce qui est présenté comme un gain est aussi une perte. Car, l’apparente perte de temps à chercher où se trouve tel mot, telle expression, est en même temps un gain dans l’entretien (pas au sens des managères) de la mémoire nécessaire au temps de la lecture. Je veux juste dire qu’il faut être conscient de cela lorsqu’on se sert de l’outil informatique pour, paraît-il, aller plus vite (plus vite à perdre l’intégralité vivante de sa mémoire ?). Croyez-vous que les gens qui lisaient des codex/codices exploitaient la dimension tabulaire de la page ? N’y a-t-il pas là un anachronisme révélateur ? Est-ce qu’inconsciemment (ou pas tant que cela) la volonté de réduire la bibliothèque à un outil informatique, intégré et falsifiable à loisir n’est pas une continuation de l’objectif d’extermination nazie, par d’autres moyens ? J’aime beaucoup dans votre tableau l’adjectif « numérique » appliqué au lecteur. Charmant. Le lecteur au lieu de lire numérisera donc le texte, quelle Merveille, Wunderbar ! Je veux dire que cet article manque sans doute d’une réelle critique des sipposés bienfaits de cette invention néotechnologique. La question reste ouverte : est-ce qu’on peut écrire vraiment sur un ordinateur sans passer par le papier ? Est-ce que vous sauriez-dire si en ce moment je recopie quelque chose d’écrit sur papier ou si j’improvise sur clavier ? Ces remarques (comme ma remarque, si on la lit bien) n’implique pas qu’on ne puisse pas avoir un libre usage du ebook, bien au contraire, mais on ne pourra pas l’avoir sans s’être posé ce type de questions, et sans y avoir réfléchi. Ou alors on ne lira que des yeux, c’est-à-dire dans l’obscurité. Mais après tout, n’est-ce pas ainsi que le monde croit tourner ? Je me répète : «  L’écran sème la mort dans l’oeil. L’accès à la lecture (mémoire, temps, histoire) vivifie la vue, et réciproquement. L’e-book n’est qu’un gadget au service du renouvellement technologique incessant visant à annihiler la vue, et par elle la perception, la lecture, le temps de la lecture, et donc la mémoire vivante de l’histoire »

Mais je conluai : «  Mais une fois qu’on le sait, on peut aussi en jouer librement et par exemple se servir d’un ordinateur pour écrire ceci.

Sachant à quoi peut servir, en tant qu’instrument cybernétique visant à la réduction de la mémoire et du temps de la lecture (sans temps mort n’est-ce pas ?) l’ebook - ou quelque autre instrument qui sera usiné -, rien, si on sait exactement de quoi il retourne, n’empêche de s’en servir de façon libre à moins que l’instrument en question n’entrave la liberté humaine de telle façon que cela devienne « impossible ». Mais de quel impossible s’agit-il, s’agira-t-il ? Relativement à quel corps, dans quel contexte ? Affaire de devenir sans doute. Bien cordialement. Jean L’Aveugle

> Liseuses
7 juillet 2008, par ourties hélène
Bien sympa cette mosaïque de liseuses...Très agréable...Belle idée dont je vous remercie de nous la partager. Hélène O. http://heleneourties.hautetfort.com/
Site Internet:
Le Journal du mois d’avril 2008. Debord (suite).
7 juillet 2008, par A.G.

Dans le dernier numéro d’ art press , le feuillleton de Jacques Henric avec ce passage sur Guy Debord :

« [...] Si Guy Debord, dans une lettre datée du 13 mars 1993, exprimait sa crainte que «  tout finisse par quelque abominable "meilleur des mondes" », il n’en souhaitait pas pour autant, comme son adepte Manchette, la « conservation du capitalisme ». Faut-il rappeler que la Société du spectacle, outre une critique du communisme soviétique, des démocraties, développait une analyse irréfutable du capitalisme, ce qui le prémunissait contre le « véhément tourbillon de conneries suraccélérées » débitées par la « stupéfiante bande d’extrémistes » qu’il voyait composée de maoïstes, nazis, intégristes, anarchistes, ra cistes, situationnistes, et même, ajoutait-il, debordistes.
Debord jugeait qu’à l’origine de ce déconnage généralisé, il y avait « l’effondrement vraiment spectaculaire du langage », avec, entre autres conséquences, l’incompréhension de ce que fut Mai 68, et le succès croissant d’un « néo-moralisme indigné » se manifestant chez les « moutons de l’intelligentsia » et autres « fonctionnaires médiatiques ».
Le septième et dernier volume de la Correspondance qui va de janvier 1988 à novembre 1994 est consacré pour l’essentiel à la très agitée « dissolution et liquidation » des Éditions Gérard Lebovici et aux non moins difficiles tractations avec Gallimard. Fidèle à sa précoce conviction selon laquelle la liberté d’un écrivain dépendait de l’absolue maîtrise de son lieu d’édition, on suit, notamment dans les lettres à Jean-Jacques Pauvert, avec quelle extrême vigilance, pour la réédition de ses œuvres, Debord suivait les négociations avec l’éditeur, dont il jugeait, sans état d’âme, qu’il était « le seul à être capable de payer ». Un fois ces problèmes réglés, son film Guy Debord, son art et son temps terminé, le constat avéré de l’incurabilité de sa maladie, une polynévrite alcoolique, il dicte à Alice Becker-Ho un texte d’une sobriété exemplaire puis se tire une balle en plein cœur. Si n’était le risque d’une poisseuse familiarité, devant une telle sortie de scène, à celui qui citait cette forme rajeunie d’une ancienne boutade des voyous de Paris : « Salut les artistes ! Tant pis si je me trompe », on aurait envie de lancer : « Chapeau l’artiste ! ». »

Jacques Henric

Site Internet: art press 347
> Le livre à l’heure numérique
6 juillet 2008, par V.K.

« L’écran est à la lettre la perte de la vue, » ...
ce qui est bien vu, bravo Jeannot !
Mais les écrans de fumée ne laissent-ils pas voir
jaillissant des fumeroles tous ces mots
qui livrent Bataille pour atteindre notre œil ?
« Mon œil ! » dîtes-vous en jetant de l’essence sur le feu,
tel le pompier pyromane. Pour voir.
Cet objet animé aurait-il une âme ?
Diable, nous allons bientôt le savoir,
mais, même dans les temps obscurs
Il n’a jamais été interdit de consommer dans le noir.
...

On pourrait ajouter que dans le noir, on peut aussi percevoir, non ?
De là à crever l’écran... il n’y a qu’une percée. Encore pour voir...

Afin de poursuivre cette profonde réflexion, soumets à votre sagacité
le texte suivant qui, comme vous, est allé fouiller loin en arrière pour regarder notre présent de plus près :

Les métamorphoses du texte

L’histoire de l’écriture montre comment, à chaque étape, la modification des supports d’écriture a influencé la nature des textes eux-mêmes. Dans notre culture occidentale, la naissance de l’alphabet a eu pour effet de linéariser l’écriture en la calquant sur la chaîne parlée. Avec l’invention du codex, l’écriture rompt avec la linéarité et exploite la dimension tabulaire de la page. L’oeil circule plus librement et s’affranchit de la lecture à haute voix. La naissance progressive du livre, avec ses nouveaux outils de lecture (pagination, division en chapitres, table des matières, index, etc.), introduit une troisième dimension : le volume. Le livre ne se donne plus désormais seulement à lire, il peut aussi se consulter. L’encyclopédie en est l’expression la plus achevée. Ces diverses transformations ont eu une profonde influence sur notre rapport au savoir, elles ont façonné notre culture du livre.

L’apparition de l’informatique pourrait bien constituer dans cette évolution des supports du livre une coupure épistémologique qui se manifeste de deux façons. D’une part la lecture d’un livre sur écran d’ordinateur prive le lecteur de l’appréhension physique de son volume. Le texte est réduit à une surface lisse sans profondeur. Le livre n’est plus un objet que l’on tient dans la main. Il forme un dispositif mouvant au sein duquel le lecteur doit inventer de nouveaux repères. La rassurante ordonnance du livre classique fait place à un labyrinthe dans lequel il risque de se perdre sans instruments d’orientation.

D’autre part le texte lui-même, privé d’un support solide, se trouve dématérialisé, virtualisé.. Seul l’ordinateur [ou n’importe quel boîtier substitut] peut lui redonner une forme déchiffrable et intelligible au lecteur. Cette particularité lui confère certaines caractéristiques originales :

- il peut prendre forme dans diverses typographies et/ou mises en page à l’aide d’une simple commande.
- il peut faire l’objet d’un programme de lecture informatique (recherche d’occurrences et de contextes par exemple).
- il peut être soumis à un affichage dynamique qui lui confère une dimension temporelle.

...

Du livre papier au livre numérique

Comme le montre le tableau ci-contre, l’introduction de l’électronique modifie profondément chacun des trois pôles de la chaîne de production/réception du livre. La première combinaison définit le livre traditionnel.

La deuxième est celle d’un lecteur numérisant pour lui-même un texte édité sur papier.

La troisième représente la situation d’un éditeur utilisant l’informatique pour saisir un texte et/ou le mettre en photocomposition.

Dans la quatrième, un lecteur lit sur écran un texte écrit sur papier, mais édité sur un support numérique.

Dans la cinquième un écrivain écrit sur son ordinateur un texte qu’il imprime pour envoyer à son éditeur qui l’éditera sur papier.

La sixième situation diffère de la précédente par la numérisation par le lecteur du texte imprimé.

La septième est celle d’un édition papier avec de moyens électroniques d’un texte écrit sur ordinateur.

La dernière correspond à une utilisation de l’informatique à toutes les étapes du processus.

Le livre électronique proprement dit suppose un texte édité sur un support numérique et lisible sur un écran.

[...]

Du texte au multimédia

En passant de la page à l’écran, le livre électronique se donne moins à lire qu’à regarder ou à écouter. [...] L’écriture multimédia est encore balbutiante. Il est normal qu’elle cherche ses références dans des genres éditoriaux qui ont fait leurs preuves sur le papier. Un exemple réussi de synthèse des apports du texte, de l’image de synthèse, de la vidéo et du son est fourni par Le livre de Lulu (*) .
un bel album électronique pour enfants. [...] Le livre électronique doit être un spectacle mis en scène, un nouvel opéra s’adressant à tous les sens.

La conclusion de l’article

Le livre électronique [...], a un bel avenir devant lui. Mais l’examen de ses caractéristiques et des effets qu’il produit dans le champ de la lecture/écriture conduit à penser que l’expression qui le désigne encore ici n’est peut-être plus tout à fait adéquate à sa vrai nature. En passant du papier au support numérique, le livre est en proie à une véritable mue. Ce qui en sortira au terme du processus engagé n’aura que peu de rapports avec ce que l’on appelle aujourd’hui un livre. L’interactivité, le multimédia et les réseaux excèdent de toutes parts les frontières qui le définissaient jusqu’à présent.[...] Le livre électronique n’est donc plus ici qu’un syntagme provisoire et éphémère, une étiquette commode posée sur un objet virtuel aux caractéristiques mal définies. Seul l’avenir lui donnera un nom.

.

Cherchez l’erreur !
Ces extraits sont tirés d’un livre écrit en 1997 (sous la direction Jacques Crinon et Christian Gautellier )
11 ans déjà ! Mais qu’est-ce que onze ans à l’échelle de l’histoire des mutations des supports de l’écriture et de ses interactions intimes avec la pensée ?

(*) Le livre de Lulu, un CD-Rom édité par Flammarion, 1995. _

> Le livre à l’heure numérique
6 juillet 2008, par Jean
L’écran est à la lettre la perte de la vue, sa réduction formelle i.e. sa mise à mort. Ecoutons Aristote : "Si par exemple l’oeil était un vivant indépendant, la vue serait son âme, car la vue est l’essence (ousia) de l’oeil selon son concept. Mais l’oeil comme tel est seulement la matière de la vue ; si la vue est perdue, il n’est plus oeil que de nom, comme un oeil de pierre ou un oeil peint." (Aristote, De l’âme) L’écran sème la mort dans l’oeil. L’accès à la lecture (mémoire, temps, histoire) vivifie la vue, et réciproquement. L’e-book n’est qu’un gadget au service du renouvellement technologique incessant visant à annihiler la vue, et par elle la perception, la lecture, le temps de la lecture, et donc la mémoire vivante de l’histoire. Mais une fois qu’on le sait, on peut aussi en jouer librement et par exemple se servir d’un ordinateur pour écrire ceci. Bonne journée
Exposition de Photographies été 2008 en Dordogne : le déregard - texte écrit il y a quelques années...
3 juillet 2008, par Yvane Boissarie

Texte écrit lors d’une précédente exposition et qui accompagne encore fort bien ma recherche Photographique et l’Exposition de l’année 2008 :

Le déregard

Je ne fais pas de prises de vues - je fais des pertes de vues - quand je regarde longtemps parfois les flux viennent vers moi - de ce qui est devant - je déregarde - ça a été très bien dit : "tu vois cette boîte ? Eh bien elle, elle te voit pas ! (...) Si ça a un sens que Petit Jean me dise que la boîte ne me voit pas, c’est parce que, en un certain sens, tout de même, elle me regarde." lacan sem. XI - si ça me regarde quel soulagement - on n’est plus obligé de voir pour être sûr - on peut et paradoxalement par le biais moyen de la photographie déregarder oublier le spectacle et être dans le tableau - le monde vous regarde et vous libère du poids écrasant de le dominer - copernic toujours - mais peut-être tout ne convient pas à ce décentrement - tout ce qui fascine parce qu’on peut s’identifier s’apitoyer se projeter s’idéaliser se fuir ne le permettrait pas -d’où je n’en suis pas sûre cet attrait ou cette nécessité d’être regardé par l’inaperçu du très connu champs mers bateaux arbres - si un peu d’être est pris là une sensible possibilité d’en soutenir la légèreté un peu plus loin à côté - j’ai souvent l’impression que cette hypertrophie de l’oeil fait du mal à l’oeil organe l’oblige à renforcer ses défenses physiologiques - quand j’ai pu me mettre dans la position d’abandonner les pulsions multiples du regard mes yeux non tenus à ce rôle fatiguant pleuraient - pleurs d’amours peut-être sans la nécessité de l’amour

Yvane Boissarie

Exposition au sujet de quatre églises de Dordogne en Périgord. Même thème abordé avec la Peintre Naïma Bergâme. Eté 2008. Ferme Auberge des Vergnes à Gabillou. Art actuel en milieu rural.

Heidegger : le danger en l’Etre
2 juillet 2008, par A.G.

La huitième et dernière séance de l’année du séminaire de Gérard Guest est en ligne : Gérard Guest

Huitième séance, 28 juin 2008
Au souffle de l’Evénement II
(dans l’économie de l’Ereignis)

Rappel des structures mouvementées de l’Ereignis (10’ 51)

Le gegenschwung, le contre-battement de l’Estre et de l’homme (18’ 11)

Asymétrie du gegenschwung (10’ 51)

L’"aîtrée" comme déploiement et aventure (2’ 31)

Affleurement de l’expression "dernier dieu" en 1937-1938 (7’ 47)

Le "dernier dieu" contre la théologie ecclésiale (13’ 43)

La question du "dieu" et la vérité de l’Estre (5’ 51)

Lecture du § 7 des Beiträge où apparaît l’expression "le dernier dieu" (17’ 50)

Fondateurs et créateurs (3’ 51)

Venue ou fuite des dieux (2’ 16)

"La passée du dernier dieu" (7’ 34)

Passée du dieu et parousie (6’ 41)

Dernier dieu et onto-théo-logie (14’ 58)

"Dieu divin" et Dieu de la théologie (6’ 19)

Qu’appelle-t-on "dernier" dieu ? (12’ 51)

L’inadmissible et son poème
29 juin 2008, par A.G.
De l’extermination considérée comme un des beaux arts
29 juin 2008, par A.G.

Le 8 octobre 2007, François Meyronnis et Philippe Sollers intervenaient à la Maison de l’Amérique latine à l’occasion de la publication de leurs livres. Ces interventions ont été filmées par Laurène L’Allinec. Elles sont sur le site de paroles des jours ainsi que le texte de François Meyronnis :

Guerres secrètes

> Vous voyez bien que le corps gêne...
28 juin 2008, par Raymond Alcovère
Très intéressante contribution, merci Viktor, j’en ai cité un extrait, bien amicalement, Raymond
Plongée dans l’univers d’André S. Labarthe, poète des lumières
26 juin 2008, par A.G.
> Génie
25 juin 2008,
Je ne reconnais pas le judaïsme dans cet essai, intéressant en soi, tout au plus une image du judaïsme antique a travers le prisme déformant d’un christianisme polémique qu’on espérait dépassé.
Baltasar Gracián, héros ou saint ?
20 juin 2008, par A.G.
Sur France Culture : Le fantasque Baltasar Graciàn
La Divine Comédie
20 juin 2008, par A.G.
1965 : Sollers parle de Dante avec François Wahl (voir ci-dessus : Dante et Sollers de Tel Quel à L’Infini).
> Le grand dérèglement
16 juin 2008, par D.B.
Et encore Ph Sollers dans Les surprises de Fragonard : " Voici Mademoiselle Guimard, mi coq, mi poule, avec son jabot blanc plumeux et son lacet d’Olympia autour du cou, son chapeau-bouquet sur la tête, son air absent malicieux. Le visage est incliné, conciliant, le nez un peu rouge. L’unique oreille est en alerte gracieuse, les mots manquent pour la décrire, tant pis, ils viendront quand même, les mots, appelés par sa main froissant une esquisse d’elle. Elle est sur ses mains comme sur des pattes, ses jambes sont devenues ses bras, une danseuse ce sont des bras. Rouge et verte, la taille fine et pressée comme un tube de couleur, c’est la carte qu’il fallait abattre." Gallimard, 1987, p 89-90.
> Plongée dans l’univers d’André S. Labarthe, poète des lumières
13 juin 2008, par V.K.

A défaut de disposer du DVD de la trilogie Bataille à perte de vue (1997), Sollers, l’isolé absolu (1998), Artaud cité, atrocités (2001), vous recommande le livre de Valérie Cadet :

Bataille Sollers Artaud / Une trilogie d’André S.Labarthe

· avec des photographies de Patrick Messina et une préface de Philippe Sollers.

· remarquablement illustré en couleurs de photos des tournages. Paru en mars 2002.

· André S. Labarthe y évoque la trilogie qu’il a tournée pour l’émission « Un siècle d’écrivains »

Trois extraits du volet Sollers sur pileface :
« Sollers l’isolé absolu (I) »
« Sollers l’isolé absolu (II) »
« American Vertigo »

Le livre sur amazon.fr

PS : vous n’aviez pas déjà posé la question ?

> Plongée dans l’univers d’André S. Labarthe, poète des lumières
13 juin 2008, par Laurent Husser
Est-ce que ces fameux 3 films sont prévus en DVD ? Je pense à celui sur Artaud, sur Bataille et sur Sollers ?
Plongée dans l’univers d’André S. Labarthe, poète des lumières
12 juin 2008, par A.G.
Long entretien de Labarthe avec Jacques Henric dans le dernier numéro d’art press
> Deprimoprincipio et le "docteur subtil" (suite)
12 juin 2008, par V.K.

En exergue de la fiche d’identité de « Deprimoprincipio » on peut aussi noter ceci :

"Primum rerum Principium mihi ea credere, sapere ac proferre concedat, quae ipsius placeant maiestati et ad eius contemplationem elevent mentes nostras." Duns Scotus

Il s’agit du début du Tractatus de primo principio.

Des extraits (en français) du livre sur Google/Books ici

Sollers et/ou le docteur subtil
12 juin 2008, par Dupin

Mon cher Holmes,

Vous avez vu juste : « deprimoprincipio » n’est pas un pseudo anodin ! Mais on peut aller plus loin !

Il pourrait être celui de Sollers qui, comme Dionysos, aime les masques.

Armine Kotin Mortimer qui vient de vous faire l’amitié de vous écrire, rappelle dans son étude de Paradis, Une métaphysique de l’Infini (L’Infini 89) :

« La présence de plusieurs théologiens de l’Eglise chrétienne démontre l’importance de la pensée catholique dans Paradis en servant aussi les objectifs de Sollers. Duns Scot, « docteur subtil pour temps difficile », a une importance particulière pour Sollers, comme celui-ci l’a expliqué en 1981 dans Comment aller au Paradis ? Duns Scot affirmait que l’individuation ne vient ni de la matière ni de la forme ; aucune existence essentielle ne détermine l’individu : « Détermination complète du singulier sans faire appel à l’existence... admirable ! Le principe d’individuation est ce qu’il y a de plus intrinsèque à l’être qu’il achève de déterminer. » En outre, ce n’est pas l’être qui compte, c’est l’infini. Là encore, la façon dont Sollers comprend cette théologie la modernise :

Il se trouve que nous avons besoin de Duns Scot, très sérieusement parlant, pour penser ce qui est arrivé au langage il y a à peu près un siècle... si on regarde ce qui est arrivé au langage à la fin du XIXe, lumineusement, on voit que la théologie ne s’évacue pas comme ça. Ca revient de façon extraordinaire par un effet de fermentation qui s’empare rythmiquement,plurisémantiquement, du langage. Un individu saute dans le langage dans le sens où je l’ai entendu, pas membre d’un groupe, d’une espèce..., donc certainement pas homo... c’est là même que la question de l’homo ne marche plus » (AKM, L’Infini 89, p.61-62).

Dans Paradis II, le « docteur subtil » est à nouveau longuement évoqué (Gallimard, 1986, p.41 et suivantes de l’édition blanche), très précisément en ce qu’il permet de penser l’infini :

« nous sommes avec le docteur subtil à présent qui ne comprend pas vraiment comme il a raison comment on peut distinguer l’essence de l’existence jean duns scot 1266 passage à paris 1305 expulsé par philippe le bel mort à cologne 1308 respirant donc le même air que dante je répète l’être infini tout est dans cette pointe de l’infini vraiment infini nous retiendrons ici les propositions de l’alphabetum scoti » .

Au début des années 80, Jean-Louis Houdebine avait déjà consacré une Note radiophonique sur Duns Scot et Cantor lors d’une émission de France-Culture. Elle est reprise dans Excès de langages, publié dans la collection L’Infini en 1984, juste avant son étude sur « Le souffle hyperbolique de Philippe Sollers ».

Et puisqu’ « il faut parler toutes les langues » voici, en italien, grâce à un autre videophile, une présentation de Duns Scot :

> Jim
6 juin 2008, par A.G.

Sur la rencontre entre Philippe Sollers et Dominique Rolin, voir :

Frans de Haes, Dominique Rolin et le nouveau roman

> L’Infini n° 103, printemps 2008
1er juin 2008, par A.G.

Dans ce numéro de L’Infini, juste avant « L’indélisable », le texte de Thierry Sudour sur Paradis, il y a une photographie de Sophie Zhang, prise à Rome le 11 décembre 2007. Sur la photo, un détail de la sculpture du Bernin « La vérité dévoilée par le Temps », de profil, le visage — indélisable ? — de Sollers.

Ci-dessous la sculpture du Bernin (terre cuite) :

La Vérité dévoilée par le Temps, Le Bernin.

A noter que Sophie Zhang a également photographié Julia Kristeva regardant « La transverbération de sainte Thérèse » également du Bernin.

Voir aussi « La révolution catholique » dans notre article Dionysos et le Ressuscité.

Dans L’indélisable, Thierry Sudour se réfère plusieurs fois à un texte de Sollers et à un entretien entre Sollers et Pleynet, datant de 1976, « Vers la notion de Paradis », vous trouverez dans leur intégralité ici, la partie 1 et là, la partie 2.

Flaubert, L’Egyptien de la famille
31 mai 2008, par A.G.

« Sartre a eu tort d’inventer pour lui le rôle d’« idiot de la famille », alors qu’il aura été le premier à sonder ce continent infini, la Bêtise. » écrit Sollers dans « La rage de Flaubert ». Flaubert, en effet, « en septembre 1851, [...] entame son attaque frontale contre la machine à censure et l’idiotie des familles : ce sera Madame Bovary. »

Dans «  Femmes  », en 1983, Sollers imagine «  Emma Bovary de retour parmi nous. Elle a cent vingt-cinq ans. Elle aura toujours trente ans. Elle est toujours aussi belle, voluptueuse, mystérieuse. Sa poursuite de l’idéal s’est peut-être assombrie, mais elle reste inébranlable. La province tout entière est montée à Paris. » Charles, M. Homais, la "famille", en apparence, ont changé. Rodolphe et Emma aussi : « Emma a une vive admiration pour Flaubert, qu’elle préfère nettement aux Diderot ou aux Stendhal d’Homais, cependant ils trouvent tous deux que Sartre, dans L’Idiot de la famille (qu’ils n’ont lu ni l’un ni l’autre), a remarquablement éclairé la maladie de ce pauvre Gustave... Ce que Rodolphe pense également. Le cas Flaubert est typique. Transparent. Un peu pitoyable. Quand ils pensent au procès contre le roman, ils s’esclaffent comme d’un souvenir du Moyen Age. Comme ces gens étaient ridicules et conventionnels, une telle méprise aujourd’hui est tout simplement impossible. D’ailleurs il n’y a plus de censure. C’est évident. » (Femmes, Gallimard, éd. blanche, p. 119-123)

Il n’y a plus de censure. C’est évident.

En 1991, à l’occasion de la publication du manuscrit de Flaubert, Le Voyage en Orient , Sollers le rappelle : la famille a son Egyptien. Cet Egyptien n’est pas bête, il a son système nerveux.
« Sa grande affaire est de savoir pourquoi et comme il jouit » :

« Rimbaud et Nietzsche ont eu leurs soeurs abusives, expertes dans les mises en scène posthumes. Flaubert, lui, a eu sa nièce, Caroline, qui trouvait que son oncle, autrefois, avant de partir pour l’Orient en désespérant sa mère, aurait pu éviter ce genre de phrase : " Le même soir, j’allai chez la mère Guérin et y fis passablement d’ordures avec deux garces nommées Antonia et Victorine. " Caroline supprime donc ce fragment inconvenant. Elle barre aussi toutes les allusions que son parent glorieux, mais spécial, fait à ses " crises nerveuses ". Elle coupe, elle ratisse, elle aménage. Le Voyage en Orient ne doit pas apparaître comme un texte brut, saccadé, direct ; le corps de Flaubert y serait trop présent. Elle habille, elle gomme, elle recoud, elle enchaîne.

Voici donc un manuscrit de collectionneur qui va attendre cent quarante ans pour être publié aujourd’hui, par Pierre Marc de Biasi, dans sa forme réelle. Nous sommes en juin 1851. Gustave (comme dirait Sartre) vient de rentrer d’Egypte. Il a trente ans, on n’insistera jamais assez sur le fait qu’il est très beau et grand (1,83 mètre, taille rare à l’époque). En cinq semaines, il écrit cent quatre-vingt-sept pages pour que ses souvenirs restent devant lui, frais, nets, dressés. Il fait lire sa copie à Louise Colet, sa maîtresse, qui est très choquée. Après la Tentation de saint Antoine à laquelle ses amis les plus proches n’ont rien compris, il faut décidément trouver autre chose, quitte à y revenir plus tard (Salammbô). En septembre 1851, donc, après avoir rangé son travail, Flaubert entame son attaque frontale contre la machine à censure et l’idiotie des familles : ce sera Madame Bovary.

L’Orient ? Flaubert n’a jamais oublié son impression, à l’âge de douze ans, en voyant passer sous ses yeux, à Rouen, le Louxor qui ramenait à Paris l’obélisque de la Concorde. Tout se passe comme s’il avait pris, alors, la décision d’aller se mettre à sa place là-bas. Son expérience en Egypte est le contraire d’un mirage exotique ou poétique. Il n’est ni voyageur au sens classique, ni archéologue, ni photographe (comme Maxime Du Camp), encore moins touriste.

Comme d’autres écrivains français, après lui, iront, sous des prétextes divers, en Afrique ou en Chine, il est d’abord à l’intérieur de son système nerveux, chez lui. Il note ce qui lui arrive au ras de la sensation, bateaux, chameaux, animaux, désert, indigènes, couleurs changeantes, profondeur des plans, silences, nappes de visions, reliefs. Il est peintre, il est musicien, il marche, il tire au fusil, il respire. Sa phrase se fait dure, carrée, rythmée comme un hiéroglyphe. " Tout est gris et noyé dans un grand ton rose " — " Le vent chaud vient du midi, le soleil a l’air d’un plat d’argent bruni " — " Les nuages marbrent le Nil de grandes plaques bleu pâle. " La recherche de la verticalité et de la certitude des mots se marque par un emploi constant du tiret, on est devant une sculpture.

De temps en temps, il s’ennuie, les temples l’embêtent, sa grande affaire est de savoir pourquoi et comme il jouit. Et voici : une tempête de sable brun-rouge tourbillonne, une caravane flotte à côté de lui comme une ligne fantôme. " Je sens quelque chose comme un sentiment de terreur et d’admiration furieuse me couler le long des vertèbres — je ricane nerveusement — je devais être pâle et je jouissais d’une façon inouïe. " La crise se fait conscience de soi, OEdipe peut enfin répondre au Sphinx devant Thèbes : " Au moment où je regardais trois plis de vagues qui se courbaient derrière nous sous le vent, j’ai senti monter du fond de moi un sentiment de bonheur solennel qui allait à la rencontre de ce spectacle, et j’ai remercié Dieu dans mon coeur de m’avoir fait apte à jouir de cette manière. " Flaubert souligne : il ne pense à rien mais il est soudain " fortuné par la pensée " dans une volupté intime de tout son être. Il est en pleine révélation, en soi et pour soi.

Voilà qui demande une vérification concrète. La voici. Elle s’appelle Kuchiouk-Hânem. C’est une danseuse célèbre, une prostituée professionnelle. Quand Flaubert la rencontre, il est ébloui. " Elle venait de sortir du bain — sa gorge sentait frais, quelque chose comme une odeur de térébenthine sucrée. " La grande Egypte pierreuse s’incarne ici à son intention (ses amis de voyage ne se rendent compte de rien). C’est une déesse envoyée exprès pour lui : " Elle a sur le bras droit, tatouées, une ligne d’écritures bleues. " Tout le passé vertigineux vivant s’adresse à Flaubert dans cet instant, il est mystérieusement choisi pour en rendre compte : " J’ai vu cette danse sur de vieux vases grecs. "

Les nuits avec Kuchiouk et Saphia Zougairah (" très corrompue, remuant, jouissant, petite tigresse, je macule le divan ") sont une naissance définitive : " Second coup avec Kuchiouk — je sentais, en l’embrassant à l’épaule, son collier rond sous mes dents — son con me polluait comme avec des bourrelets de velours — je me suis senti féroce. " Il la regarde dormir en pensant à toutes les autres femmes qu’il a contemplées pendant leur sommeil, à toutes ses nuits blanches. " A 2 heures trois quarts, elle est réveillée — recoup plein de tendresse — nous nous serrions les mains — nous nous sommes aimés, je le crois du moins — tout en dormant elle avait des pressions de mains ou de cuisses machinales comme des frissons involontaires. "

Mais voici le plus grave : " Je m’amusais à tuer sur les murs les punaises qui marchaient et ça faisait sur ce mur blanchi de longues arabesques rouge-noir. " Devant cette notation, Louise Colet s’indigne : décidément, Flaubert " dégrade " tout. Il lui répond : " Cela me rappelle Jaffa où, en entrant, je humais à la fois l’odeur des citronniers et celle des cadavres ; le cimetière défoncé laissait voir les squelettes à demi pourris, tandis que les arbustes verts balançaient au-dessus de nos têtes leurs fruits dorés. Ne sens-tu pas comme cette poésie est complète, et que c’est la grande synthèse ? " Non, Louise Colet ne sent pas. Personne ne pense à la " grande synthèse ".

Il faudra donc écrire froid, hiératique, implacable, taillé. Ce sera long, terrible mais triomphal. Voilà pourquoi on peut s’étonner que la République n’ait pas encore célébré, par une plaque ou un petit obélisque, la mémoire de Kuchiouk-Hânem. Ce serait pourtant la moindre des choses : " A Kuchiouk-Hânem, la littérature universelle reconnaissante. " Allons, un bon mouvement, place de la Concorde, dans un coin. »

Philippe Sollers, L’Egyptien de la famille , Le Monde du 29.11.91 (repris dans « La guerre du goût », 1994)

> Liseuses
30 mai 2008, par M-G.M

Bonjour VB, votre question m’intéresse - au plus...

Je dirais pour ma part, qu’à une femme reviendrait seul de décider si traverser le cercle des feux ou de s’en préférer courir le tesson de bien dix bouteilles.

> Dans la collection L’Infini
29 mai 2008, par A.G.
A propos du livre de Patrick Wald Lasowski « Le grand dérèglement », un article de Cécile Guilbert, « Vive la chienlit ! » dans
> Le Journal du mois d’avril 2008
28 mai 2008, par A.G.

Marc’O sait tout, a tout lu. N’est-ce pas lui (mais c’est peut-être son frère) qui, un jour, dans ce forum, s’est pris pour le Pic de la Mirandole ? Reconnaissons-le : pseudo pour pseudo, Marc’O lui va mieux.

Il nous parle du volume VII de la Correspondance de Debord (qui, lui, n’a « jamais rien publié sous un pseudonyme »), on lui répond sur le volume VII.
Voilà qu’il nous parle du volume V. Pourquoi pas ?

En attendant de relire les quatre premiers volumes, que trouve-t-on dans ce fameux volume V ?
Ceci (lettre à Gérard Lebovici du 19 août 76, p.362) :

« Les dernières nouvelles que j’ai du véritable auteur du Véridique Rapport sont datées du 26 juillet. Il est donc bien peu probable que la Contrescarpe ait été si vite renseignée sur un éventuel accident. Selon La Repubblica de Rome, du 1er avril, dans un congrès en Italie, Sollers s’est déclaré « très frappé » par le livre de Sanguinetti-Censor, qui lui apparaît comme « une impeccable démonstration ». Mais ceci est un accident d’un tout autre genre. »
Dont acte.

Je ne ferai donc qu’une observation, mais qui va loin.

Accident pour accident, un lecteur attentif aura bien entendu remarqué que la revue L’Infini, dans son numéro 88 (automne 2004), a publié --- ne vous demandez surtout pas pourquoi — sous le titre VERITES, juste après un texte de Sartre « Nizan, 1960 », des extraits du Véridique Rapport, 1975.

On y lit : « On sait que la vérité est d’autant plus dure à entendre qu’elle a été plus longuement tue. »

> Le Journal du mois d’avril 2008
28 mai 2008, par Marc, O

Comme j’ai aussi autre chose à faire, je prends à l’instant connaissance des réactions suscitées par mes très légitimes remarques.

Vraiment, le courage manque devant tant de si fières sottises !

Confucius, pourtant patient, dit à propos des choses qu’on ne peut rectifier : "il est aussi impossible de sculpter du bois pourri que de passer la truelle sur un mur de gadoue", mais il admet - héroïque - qu’on doit essayer quand même "tout en sachant que c’est peine perdue".

Je n’ai pas la longanimité de Confucius.

Je ne ferai donc qu’une observation, mais qui va loin. Ce sera en tout cas bien assez pour donner une idée des intelligences du temps.

Gauvin, sur un ton doctement pédagogique, avec force caractères gras et paragraphes, écrit : "c’est dans sa correspondance PRIVEE que Debord parle pour la première fois de Sollers. Très précisément dans une lettre à René Basse (...)"

Le problème des sollerserfs, c’est qu’ils se contentent de lire ce que leur maïtre à penser leur met sous les yeux. On parle du volume 7 de la correspondance de Debord ; ils le lisent et reconstruisent aussitôt l’Histoire à partir de là. Drôle de logique...Le 7 ne suit-il pas le 6 ? Et le 6 le 5 ?

Je vous aide un peu. Volume 5, lettre à Lebovici, un 19 août...

Aux oreilles maintenant averties, la modestie de la phrase gauvinienne sonne différemment : "C’est dans sa correspondance privée que debord parle POUR LA PREMIERE FOIS de Sollers. TRES PRECISEMENT dans une lettre à René Basse (...)"

Pardonnez-lui ses fautes.

> Heidegger : le danger en l’Etre
26 mai 2008, par A.G.

SÉMINAIRE DE GÉRARD GUEST :
Investigations à la limite
(Une phénoménologie de l’extrême)

Septième séance, 24 mai 2008
Au souffle de l’Evénement II
(dans l’économie de l’Ereignis)

Dissipation d’un malentendu sur la parousie et l’Ereignis (9’ 45)

Structure ouverte des Beiträge, retour sur l’Assonnance (13’ 38)

Retour sur l’Enjeu (6’ 46)

L’autre Lichtung (9’ 40)

Le Saut et la Fondation (10’ 11)

L’aître de l’Être comme l&