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Sollers en son harem

D 17 janvier 2013     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

PAR JEAN-PAUL ENTHOVEN - Le Point N° 2106, 17 janvier 2013


L’affaire est entendue : Sollers est, et a toujours été, l’ami des femmes. Il les aime, en est aimé, les fait rire, les comprend, les décrypte, les savoure - et, en retour, elles lui témoignent (dit-il) un attachement tacite et sans faille. Pas n’importe quelles femmes, bien sûr. Pas les créatures anti-mâles insensibles à son« suffrage à vue  », ni les hystériques standard, ni les hormonales vindicatives, ni les ennuyeuses trop peu musicales, ni les obsédées de la reproduction.

Du côté des femmes.
Philippe Sollers n’a
jamais caché son goût
pour les femmes. Elles
le lui rendent bien...

Ses affinités le poussent plutôt vers des partenaires accomplies, sans passions tristes, pas du tout coincées ni vulgairement libertines. Il exige, de plus, qu’elles aient une belle voix - ce qui élimine les prototypes fâcheux du genre Beauvoir-Duras. Et que, fréquentant l’intelligence (des corps) autant que la qualité (des âmes), elles se métamorphosent, pour le meilleur profit de l’écrivain, en exquis appels de fiction.

Par chance, il a été (dit-il) comblé. Depuis la gouvernante anarchiste espagnole jusqu’à la Bulgare aux yeux troublants en passant par la merveilleuse Belge de Venise, sans compter les innombrables amours contingentes ou tarifées. Ah, l’heureux homme ! Un chéri de naissance ... N’était-il pas temps, pour cet Elu, de rendre enfin avec des mots ce qu’il a reçu d’une autre façon ? D’où ces« Portraits » amusants, lucides, sans cesse étincelants, où les joies de l’esprit se combinent joliment à celles de la chair. Reconnaissance de dettes. Etat du champ de bataille. Coulisses de la société. Grande santé : Sollers veut laisser derrière lui des livres et des bons souvenirs. Magnifique programme ...

Don. Pour qui sait, comme ce Casanova de Bordeaux, le secret de son genre ( On ne naît pas homme, on le devient »), tout relève d’un don, voire d’un tempérament : celui de mettre, très jeune, les femmes (tantes, mère, sœurs, infirmières, « bonnes », etc.) « de [son] côté ». Lui y est (dit-il) parvenu. Du coup, les femmes lui ont appris sa propre physiologie (préalablement expérimentée par auto-érotisme) avant de lui révéler « le temps ». Oui, le temps ! « S’il te plaît, donne-moi une leçon de temps », semble-t-il leur demander à la manière d’un Petit Prince qui entend par là : une leçon de temps-qui-ne-passe-pas - le seul qui vaille. Et ces leçons, il les retranscrit, depuis « Femmes », en (d’excellents) romans. A Luz, il doit « La fête à Venise » ; à Dora et Clara « Passion fixe » ; à Ludivine et Nelly, « Une vie divine » ; à Viva, « Les voyageurs du temps » ; à Minna (sa préférée), « Trésor d’amour » ; à Lucie, « L’éclaircie ». Ce sont, toutes, des femmes-concepts. Un peu identiques. De simples écritoires, au fond. Ce qui explique qu’on s’en souvienne moins bien que d’Anna Karenine ou de Mrs Dalloway. Sur ce point, Sollers est chagrin : ses lecteurs, même bienveillants, ont tendance à confondre ces créatures dont le destin fut d’inspirer de belles pages à leur amant. Cela lui apprendra peut-être à les considérer pour elles-mêmes plus que pour leur ingrat statut de muses...

Reste que Sollers est incomparable dans son intelligence de la « guerre des sexes » - et, surtout, des jubilants moments de paix à l’intérieur de cette guerre. Sur le même sujet, il déplore que ses contemporains soient trop timorés : « Aucune femme chez Le Clézio. Modiano ? Elégant brouillard. Quignard ? Traumatisme de la naissance ... » Et, pour ce célibataire mental qui fait l’éloge du mariage (« le mien, pas celui des autres ») et qui n’a « jamais compris ce que signifiait la fidelité sexuelle », l’horreur, c’est l’attelage truqué Aragon-Elsa (hypocrisie de l’amour fou), voire Sartre-Beauvoir (hypocrisie de la « transparence  »). A lui, à son « don », il réserve des trafics clandestins, des « embardées physiques » n’offrant aucune prise au spectacle généralisé, des incognitos vénitien ou newyorkais qui, du coup, l’enchantent. Sollers : l’homme pour qui l’amour (ainsi entendu) ne dure pas trois ans, mais toujours. Le cher Philippe est donc comblé (dit-il). On est bien content pour lui.

« Portraits de femmes », de Philippe Sollers

(Flammarion, 16op., 15 €),

Plus de critiques, extraits, entretiens : voir Dossier « Portraits de femmes ».


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