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Le Chagrin et la Pitié

D 13 juillet 2012     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Chronique d’une ville française sous l’occupation

de Marcel Ophuls, 1969, 251mn.

A l’aide d’images d’archives jusque-là inédites et en donnant la parole à des habitants de Clermont-Ferrand et à des personnages — anonymes ou célèbres, français ou étrangers — qui vécurent diversement l’Occupation, Marcel Ophüls et André Harris ont levé le tabou qui pesait sur le comportement de la France et des Français durant ces années noires. Et brisé à jamais l’imagerie d’Epinal — et la mythologie néogaulliste — d’une nation fière et digne, unie contre l’Occupant. La réalité du régime de Vichy, la bassesse, la lâcheté, les petites compromissions qui, dans la population, souvent prévalurent, quand ce ne furent pas de plus nettes trahisons, sont impitoyablement mises en lumière. Le courage et le rôle des Résistants ne sont pas tus pour autant, mais rendus à leurs vraisemblables proportions, et à leur chronologie...

Chronique en deux parties — "L’effondrement" et "Le choix" — de l’Occupation à Clermont-Ferrand, le film de Marcel Ophuls est un document exceptionnel qui, comme toutes les grandes oeuvres, est inaccessible au vieillissement, même s’il suscite probablement à chaque époque un choc d’une nature différente. Ce documentaire fleuve (près de quatre heures et demie) entremêle des témoignages d’anonymes et de personnalités de premier plan (Emmanuel d’Astier de la Vigerie, Georges Bidault, Pierre Mendès-France, Anthony Eden, Jacques Duclos, l’ancien Waffen SS Christian de la Mazière...) ayant appartenu durant la Seconde Guerre mondiale à l’un et l’autre camp.

Recueillis en Auvergne, mais aussi à travers toute l’Europe, mêlés aux images des actualités vichystes et des archives internationales, leurs propos offrent une vision de la collaboration et de la résistance qui, au moment où ils furent enregistrés, restaient du domaine du tabou. D’une part parce que, si les vrais résistants étaient bien présents, des collaborateurs et des miliciens s’exprimaient publiquement aussi pour la première fois ; et d’autre part, surtout, parce que cette fresque documentaire d’une exceptionnelle densité humaine évoquait sans fard les lâchetés et les compromissions ordinaires de la majeure partie de la population française. Aussi le film provoqua-t-il à sa sortie en salles, le 5 avril 1971, un véritable séisme dans la conscience nationale. Pour certains, il s’agissait d’un "choc salutaire", pour d’autres d’une ignoble traîtrise. Conçu pour la télévision, il n’y sera finalement diffusé qu’en 1981, douze ans après sa réalisation.

"Ce n’est pas un film politique"

Alors que le film est entré depuis longtemps au panthéon du cinéma, et que la vérité historique qu’il a révélée est depuis longtemps admise, il frappe aussi, plus de quarante ans après sa sortie, par la liberté et la franchise des propos qui s’y déploient, par la complexité humaine qui s’en dégage. À l’opposé du moralisme facile qui s’exprime si volontiers aujourd’hui quand il s’agit de la période, il ne s’agit pas prioritairement de juger, mais de comprendre ce qui s’est joué, intimement et collectivement, pour les dizaines d’individus de tous horizons qui y témoignent. "Les histoires politiques pourraient donc passionner, divertir, faire rire ou pleurer un public au même titre que les histoires d’amour ou d’aventures ? Je le pense. Le chagrin et la pitié est un film essentiellement fondé sur cette obsession... Le plus paradoxal, c’est que ce n’est pas, en premier lieu, un film politique", a résumé Marcel Ophuls (cité dans l’Encyclopédie du cinéma en 1989).

L’autre enseignement contemporain de son film a également valeur historique : on mesure grâce à lui combien la perception de cette guerre a radicalement changé. L’ancien officier de la Wehrmacht en poste à Clermont-Ferrand, interrogé pendant le mariage de sa fille, peut ainsi naïvement se féliciter de ses états de service en vitupérant les résistants français, ces "terroristes" qui ne respectaient pas les règles.

Deuxième partie : Le choix


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Réalisation : Marcel Ophüls
Scénario : André Harris et Marcel Ophüls
Production : André Harris, Alain de Sedouy, Wolfgang Theile
Image : André Gazut, Jürgen Thieme
Montage : Claude Vajda
Format : Noir et blanc, mono
Durée : 4h 11 minutes (251 minutes) coupée en deux parties
Date de sortie : 18 septembre 1969 (RFA), 5 avril 1971 (France).

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