![]() Un autre soir aux Bernardins, Sollers conteur
Le XVIIIème et la révolution catholique
Le Lundi 18 janvier 2010, Philippe Sollers donnait une conférence sur le "XVIIIème et la Révolution catholique" LE CADRE : Le Collège des Bernardins Magnifique hall gothique, joyau cistercien aux multiples colonnes avant d’accéder au grand amphithéâtre moderne au 2ème étage (les colonnes ont cédé la place à un ascenseur)
LA FORME Introduction de l’orateur par Jérôme Alexandre, professeur de théologie. Puis le corps et la voix de l’officiant entrent en action : « Merci Jérôme Alexandre ; merci d’avoir mis l’accent sur le mot liberté. » Et Sollers, anticipant sur le décalage qui pourrait être perçu entre son discours et l’actualité tragique, nous livre un préambule qui n’est pas que de forme, et devient un contrepoint de fond au corps de sa conférence, vous pourrez en juger.
La forme, c’est aussi le genre, le ton de l’exposé. Rien d’un exposé académique très structuré, et un peu froid, Sollers se fait plutôt conteur, autour d’un fil conducteur, s’en écartant pour un commentaire, une digression, jouant des effets de la voix pour capter et retenir l’attention, marmonnant, comme en lui-même, à d’autres.
_
Introductionpar Jérome Alexandre, professeur de théologie Quelques fragments saisis au vol : Catholicisme et XVIIIe siècle - pas au XVIIIème siècle La catholicité s’adresse à nous de façon remarquable. Angle de vue identique à celui adopté pour Dante (cf. Conférence : « Le catholicisme de Dante » tenue dans ces mêmes lieux par Philippe Sollers, le 1er juillet 2009. Pas une connaissance érudite, une connaissance salutaire, qui sauve. Ainsi le temps présent a une épaisseur. Il ne cesse d’éclairer Et cette liberté se traduit dans l’art [Ph. Sollers] Il est lui-même une création Condition première de la vérité Le moins idéologue des penseurs de ce temps Catholicisme, XVIIIe Il les aime ensemble Affaire de goût Pas un caprice subjectif Possède ce goût accompli et sûr de
Chair et esprit Là où l’esthétique... Merci de nous faire partager vos lumières Le préambule sur l’actualité1rer événement Haïti et le poème de Voltaire (Dieu et le mal) Merci Jérôme Alexandre ; Merci d’avoir mis l’accent sur le mot liberté
Car la journée ou ces jours derniers ont été extrêmement riches en événements et je veux les signaler d’un mot Ce que vous aurez entendre et à voir ce soir porte surtout sur une apologie que je dirais effervescente de la beauté Maintenant nous devons savoir que sous nos yeux, il y a une catastrophe planétaire en Haïti que tous les témoignages, notamment un article du Monde parle de cette population en errance complètement débordée par le malheur et par la mort Et ces Haïtiens, comme vous le savez sont presque tous de fervents catholiques C’est donc à eux que je pense, notamment ceux qui suivent la messe dans leur cathédrale détruite Archevêque mort dans les décombres qui parla dans son portable jusqu’à la fin. Je vais y revenir dans un instant car ça été un des grands problèmes du XVIIIe ...Le désastre de Lisbonne... et le poème de Voltaire. La polémique qui a eu lieu entre Voltaire et Maistre, Voltaire était mort mais Maistre a repris ses propositions pour les contester. Voyez-vous, il s’agit tout simplement du problème du Mal. Est-ce que Dieu justifie le mal ou bien s’agit-il d’une incompréhension de notre part lorsque nous avons affaire à ce genre de catastrophe ? Quelques vers de Voltaire, célèbres, le désastre de Lisbonne, après tout le désastre de Port-au- Prince ou le désastre du Sichuan il n’y a pas si longtemps ou d’autres désastres
O malheureux mortels ! ô terre déplorable ! Vous savez, ce texte de Voltaire est très important parce que il conteste complètement la vision optimiste du monde. Vous retrouvez ça dans Candide par la suite, c’est-à-dire des gens qui vous expliquent que tout est beau - et que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles et qui en profitent évidemment pour ne pas voir ce qui se passe sous leurs yeux, c’est-à-dire les massacres, les morts, les injustices, voire même, les catastrophes naturelles Donc vous avez ces vers de Voltaire qui ont réveillé un petit peu la conscience européenne du temps. Nous sommes en 1756, le tremblement de terre est de 1755
Ça a fait sensation.
(l’intégrale du poème, en version texte, ici) 2ème événement la libération aujourd’hui de Ali Agça [Ce Turc qui , qui avait tenté d’assassiner Jean Paul II le 13 mai 1981] Après 30 ans de prison il sort aujourd’hui. Se serait converti au catholicisme, l’année dernière. Pourquoi pas ! Déclare vouloir aller se recueillir sur la tombe de Jean-Paul II. Pourquoi pas ! Voudrait obtenir la nationalité polonaise. Pourquoi pas ! ... Demande deux millions de dollars pour un entretien télévisé et 5 millions $ pour ses mémoires : le business continue... Deux balles dans le ventre... Il faut qu’il y ait dramaturgie du mal. Réponse : la beauté. 3ème événement : Pie XII Ah Pie XII ! souflle l’ironie sollersienne
Benoît XVI très obstiné... Moins hiératique et brouillon qu’on veut le dire Benoit XVI, selon Libération se serait fait « tancer » ... morigéner... Ce n’est pas mon sujet d’aujourd’hui. (c’était celui de Bernard Henri Lévy — proche de Sollers sur ce point — dans son Bloc-notes du Point du 21/01/2010) Rectification des nomsEn Chine, lors d’une nouvelle nouvelle époque on procède à la rectification des noms. Eh bien, il faut aussi le faire pour quelques mots : 1er mot : Contre-réforme On le sait : mouvement issu de la Renaissance qui l’aurait continué Mais nous n’avons pas en l’affaire à une action contre... il faut l’ appeler la révolution catholique. La contre-réforme est une formidable suite de la Renaissance 2ème mot : Baroque (Voir aussi ici.) En musique, architecture On pense que le corps humain a été maltraité - Ca s’est beaucoup aggravé par la suite - N’entend pas, on ne veut pas entendre le Concile de Trente Une énorme Révolution Poussée physique qui se traduit dans l’art de la musique De quels préjugés le corps est le centre ? Ca s’appellera la Révolution catholique Il faut être sensible au corps qui surgit là Titien, révolution sacrée Sous titre documentaire vidéo « amour sacré, amour profane » La France a résisté comme un seul homme au Concile de Trente Le Concile de Trente qui l’a propulsée, promue [la révolution catholique] L’opposition au Concile de Trente vient de la magistrature qui s’oppose pour des raisons de pouvoir et d’întérêt. Aveuglement, surdité. Comment se fait-il que cette surdité ai pu épargner les artistes ? Qu’est ce qui s’est passé ? Eh bien justement Ce sont des peintres des musiciens qui en France témoignent de cette effervescence et de cette renaissance. Ce sont des gens qui avaient des corps qui ont entendu de quoi il s’agissait. On va aller toujours plus loin dans l’affirmation d’une foi si vous voulez de la beauté plus forte que la mort la chair et l’ esprit Si vous avez l’Incarnation, vous avez la Résurrection ... Vous n’êtes pas obligés de prendre ces coordonnées Vous avez donc une loi de séparation de ce qui se pense, de ce qui se sent Vous avez par exemple un problème qui est celui - vous y croyez ou pas - de ce qu’on appelle le Corps glorieux Vous allez ressusciter. Ce sont des corps, impassibles, agiles, subtiles et glorieux Impassible ça a l’air en opposition avec agile mais vous allez voir dans la vidéo des corps de musiciens qui regroupent ces adjectifs Dans quelle misère, déliquescence... Saint Just s’adresse à la tribune de la Convention dit cette phrase fameuse « Je méprise cette poussière qui me constitue et qui vous parle » eh bien « Je respecte cette poussière qui me constitue et qui vous parle » Ces corps en quoi, c’est fait ?
Picasso, Feuille de musique et guitare, 1912
Nous sommes devant ce papier collé de Picasso 1912 Claudel disait « L’ ?il écoute, L’oreille peut voir ! »
PICASSO, 1912
En 1912, Picasso réalise diverses ?uvres sur ce même thème. Dans Picasso le héros, Ph. Sollers a choisi Violon, Jolie Eva dont il dit : « Là est le paradis, là la jouissance, comme le montre Violon, Jolie Eva, du printemps 1912. Mais oui, c’est un autoportrait, et en même temps un portrait d’Eva. De « machine à souffrir », une femme devient à cet instant, une muse amusante, une musique pour qui sait la dessiner vivement. Marcelle Humbert de son vrai nom Eva Gouel, est cette femme du bonheur de Picasso (c’est sans doute pourquoi on n’a pratiquement aucune représentation figurative d’elle, sauf une photo lointaine, en kimono). Eva, c’est Ma jolie, titre d’une chanson populaire de l’époque. En juin 1912, Picasso érit à Kahnweiler : « Marcelle est très gentille et je l’aime beaucoup et je l’érirai sur mes tableaux. » Il vient de partir avec elle. Voir aussi : Picasso by night by Sollers où le tableau Feuille de musique et guitare est évoqué Les dieux sont nécessaires à notre imagination (Renoir)Eh bien, Renoir en 1910, juste avant la première catastrophe mondiale dit la chose suivante (en préface d’un Traité de peinture) :
S’il faut en effet se garder de demeurer figé dans les formes dont nous avons hérité Il ne faut pas non plus par amour du prophète Se détacher complètement Des siècles qui nous ont précédé la société céleste à l’image de la société terrestre a exercé une influence considérable la cause de l’essor général de l’art et de son unité Partout ou règne une haute conception religieuse En Egypte, en Grèce, en Europe occidentale Si bien que l’on pourrait presque dire Qu’en dehors des principes qu’elle contient, il ne saurait y avoir d’art Le sentiment religieux s’est peu à peu affaibli au cours des siècles Mais les règles établies sous son influence avaient des fondements si solides Que jusqu’à la période révolutionnaire Ce qu’il en demeura suffit pour maintenir l’art à un niveau supérieur Chez les peuples de culture catholique C’est à dessein que j ?emploie l’expression « culture catholique » Parce qu’elle marque à mes yeux la différence essentielle Entre les idées ... Abandonné de la masse, le catholicisme semble à beaucoup agonisant Et rien ne pointe à l’horizon pour le remplacer 1910 (aparté de Sollers ... en France. On ne veut plus de Dieu et les dieux sont nécessaires à notre imagination Je répète dit Sollers dans un nouvel aparté les dieux sont nécessaires à notre imagination Sollers répète les dieux sont nécessaires à notre imagination Il faut bien l’avouer, le rationalisme moderne s’il veut satisfaire les savants Est incompatible avec une conception d’art ...bien... A l’époque de sa toute puissance, l’Eglise Qui fut en d’autres temps tyrannique Laissait aux artistes une indépendance presque illimitée ...merci... La foi était le régulateur de la fantaisie Qui pouvait, dès lors, s’alimenter, sans crainte, aux sources profanes Sous l’influence hellénique ... réveillée Et bien accueillie en Italie et en France Le culte de la beauté reparut dans le monde ... Renoir ajoute Je me demande, à ce propos, 1910 (souligne encore Sollers) Si des rationalistes fervents Auraient pour les artistes, le cas échéant, la même indulgence, ou pas Qui n’était pas offusquée Lorsque Raphaël peignait l’histoire de Psyché sur les murs [du Farnésine]. ![]() Philippe Sollers et Laurène L’Allinec, réalisatrice de "La Porte de l’Enfer" VidéoUn montage de photos et d’extraits vidéo en forme d’apologie de la beauté à travers la peinture (Le Titien, Fragonard, Watteau, Manet, Velasquez...), la sculpture (Le Bernin...), la musique (Mozart, Bach, Vivaldi, Joseph Haydn...), quelques photos de Sollers en situation, le corps et la voix de Cécilia Bartoli, Gould au piano accédant au rang de « corps glorieux ... impassibles, agiles, subtiles » selon la définition sollersienne. Voyage dans les lieux de Sollers et au sein de son panthéon artistique. (Une version DVD en existera sans doute bientôt, comme c’est le cas de la précédente conférence de Sollers aux Bernardins sur Dante)
Georgi Galabov, vidéaste attitré de Ph. Sollers et Julia Kristeva
en action pendant la conférence, et riant à l’occasion d’une boutade de Sollers.
Réalisation : Georgi Galabov, photos de Sophie Zhang, sous la direction « constante » de Philippe Sollers qui s’est beaucoup impliqué dans la réalisation de ce florilège. Qu’en aurait fait un Fargier se demandait Albert Gauvin ? QuestionsEtre déicide comme Sade l’a été en son siècle... Qu’est-ce que serait être déicide de nos jours ?
... Ah Sade, ...Oh oui ! Comme vous le savez, Sade a été éduqué dans un très grand collège des Jésuites [2]... Sade, il faut s’y faire... Lucifer. Et Sollers de faire l’apologie de Sade dans ces lieux cisterciens... en présence de ses hôtes qui prolongent à leur façon cet esprit de liberté du XVIIIème. Sollers rappelle qu’il a écrit un pastiche d’une lettre de Sade « Sade contre l’Etre Suprême » annoncée comme une lettre retrouvée et jamais publiée. Le moment de la publication, à l’occasion du 200ème anniversaire de la Révolution avait été choisi pour en renforcer l’écho. Il révéla la mystification un an après. Où sont les esprits libres, les révolutionnaires catholiques d’aujourd’hui questionnaient mes amis et comparses sur ce site, Albert Gauvin et Dominique Brouttelande, en suggérant la réponse : Peut-être bien au Collège des Bernardins...
Philippe Sollers
Depuis plusieurs décennies, l’ ?uvre de Dante , « La divine comédie » croise et hante celle de Philippe Sollers. L’écrivain l’avoue lui-même, « ce livre m’accompagne donc depuis fort longtemps, et toujours, parce que chaque fois que je le relis, il se passe toujours quelque chose de nouveau. La lecture et la vie qu’on peut mener, par ailleurs, si elles se rejoignent, sont un événement considérable. L’expérience est une expérience intérieure, qui doit révéler le chemin que nous menons en somme, de l’enfer qui n’est que trop évident, jusqu’au paradis que personne ne veut savoir. » Mais à travers la rencontre avec Dante, c’est également toute une réflexion sur notre relation au temps, au monde, cette tension vers le Paradis qui se déploie. C’est aussi une belle manière de mesurer la richesse du catholicisme dans sa relation à l’art, son expression de la beauté, de Giotto à Monteverdi, de Michel Ange au Bernin. Ce DVD-LIVRE a été réalisé à partir d’une conférence donnée par Philippe Sollers dans le cadre du Collège des Bernardins à Paris. Il s’enrichit d’un film DVD de Georgi Galabov et Sophie Zhang. Il comporte en annexes le chant XXXIII du Paradis de Dante et Gloria (journal de Paradis) de Sollers. EXTRAITS> INTERVIEW VIDEO EN MARGE DE LA CONFERENCE Les Bernardins,...c’est tendance Que se passe-t-il de nouveau au 18ème siècle ?
Pour Philippe Sollers : un renouvellement, mieux une révolution catholique.
[1] respectivement vidéaste et photoraphe attitrés de Ph. Sollers (ainsi que de Julia Kristeva) [2] au collège de la cavalerie royale (note pileface) |
|
Commentaires
|