![]() De Gaston à Antoine et les autres
La saga Gallimard
Des Echos aux Inrocks, en passant par Le Figaro et bien d’autres, Gallimard est à la une en ce début de février 2009, et les cent ans de la NRF, La Nouvelle Revue Française dont le numéro 1 officiel fut publié en février 1909. Revue symbole de Littérature, Antoine Gallimard petit fils de Gaston Gallimard veille à la continuité de sa parution, ce bijou de famille acquis par Gaston. Antoine que la presse financière jugeait un rien « dilettante » lors de son accession à la présidence en 1988, a su maintenir la barque à flot et garder le cap.
Les Gallimard : Gaston, Claude et Antoine, Antoine jeune président L’Historique Gallimard par GallimardQui sont ceux qui ont fait la réussite des Editions Gallimard, au niveau littéraire et entreprise ? Les Editions Gallimard ont édité une plaquette sur l’historique dont la version pdf est jointe à cette introduction. De Gide à Modiano et Le Clézio, le catalogue Gallimard est riche en figures illustres et les grandes périodes en sont présentées ainsi (caractères gras) : 1908-1914 : La NRF d’André Gide.
1980-2000 Les années Antoine
1958-1970 : Les bibliothèques universelles. Gallimard intensifie la diversification de son catalogue vers les ouvrages de connaissance et de référence. Entrent au catalogue Merleau-Ponty, Wittgenstein, Foucault, Arendt, Baudrillard, Baktine...
« Les années 1980 ont notamment été marquées par l’influence de Françoise Verny (1982-1986) et de Philippe Sollers, qui crée en 1983 la revue et la collection « L’Infini ». Les équipes éditoriales sont placées sous la direction de Teresa Cremisi de 1989 à 2005. »
1970-1980 : La nouvelle donne . Rupture Gallimard-Hachette. Gallimard crée en 1971 sa propre filiale de distribution, la SODIS.
Philippe Sollers apparaît dans la liste des auteurs entrés au catalogue avec Quéffélec, Michon, Sagan, Guibert, M. Nimier, Daeninckx, Pennac, Djian, Dantec, Delerm, Rufin... Suite (voir encart). Le 5, rue Sébastien Bottin![]() NRF, Editions Gallimard indique sobrement la plaque sur la porte. Le siège des Editions Gallimard. De dos, Philippe Sollers. La NRF
La parole à Michel Braudeau
Rédacteur en chef de la NRF. Michel Braudeau : [...] Si j’avais à tout recommencer maintenant... ? Je ferais peut-être une NRF papier prolongée par une NRF sur le net. Avec l’idée qu’un internaute, abonné ou non à la revue, puisse aller sur le site et voir, par exemple, combien de fois est cité Octavio Paz et consulter les textes à l’écran, les imprimer si nécessaire. William IRIGOYEN : Il s’agirait en quelque sorte d’INA de la NRF où l’internaute, abonné ou non à la revue pourrait trouver une mine de renseignements en quelques clics. MB : Tout à fait. Je déplore que la NRF soit trop volumineuse pour être présente dans les kiosques. Un travail de numérisation du fonds de la maison, y compris celui de La NRF, est en cours. C’est long. Quand il sera achevé, des décisions seront prises au plus haut niveau. Pour l’instant, je suis heureux dans la ligne que j’ai adoptée : une revue s’intéressant à la littérature la plus vivante, aux jeunes écrivains, et ne dédaignant jamais un inédit d’autrefois quand il nous parle encore aujourd’hui. Entretien du 22 janvier 2009 (extrait).
Encore aujourd’hui, la revue fait figure d’exception culturelle dans son propre pays. Sobre, sans image sur sa couverture, démentant toute mort prématurée et évidente du papier, la NRF sort en février son 588e numéro- c’est qu’elle est devenue trimestrielle, par souci économique, on ne va pas s’en cacher, depuis 1999. Plus livre que magazine, la revue du 5 rue Sébastien-Bottin continue à se vendre. Bien sûr, elle a un peu perdu dans les années 70 en ratant le coche du renouveau des sciences humaines et encore aujourd’hui elle reste un brin anachronique. Son directeur, Antoine Gallimard, a même confié sur Bibliobs.fr qu’« un exemple de la revue moderne aujourd’hui, ce serait plutôt XXI ». Et quant à savoir si la revue se porte bien, on retiendra ces propos tenus par son actuel rédacteur en chef Michel Braudeau dans Le Magazine Littéraire de ce mois-ci : « Peut-être en reparlons-nous dans cent ans. »
Gladys Marivat
Françoise Verny éditrice de génie et démoniaqueNormalienne, comme Françoise Verny, Catherine Clément, dans son livre Mémoire, démonte « la fabrique » normalienne des années 1960, et dresse un portrait de Françoise Verny, à la fois sans concession et plein d’empathie. « je fais partie de ceux qui lui doivent des livres. A cause de mon père, j’ai horreur de l’alcool ; pourtant j’aimais Françoise ou plutôt son démon. » ou encore : « C’était un personnage digne de Bernanos. Elle condensait en elle deux figures normaliennes : la couventine et la dévergondée, la nonne et la clocharde. » « Elle sortit de la fabrique à toute allure. Passé l’agrégation, elle devint journaliste dans la presse féminine avant d’entrer dans l’édition. Quand se mit-elle à boire ? Je ne l’ai jamais su. Le jour, elle était sobre ; pas une goutte d’alcool avant sept heures du soir. Ensuite, le whisky. Très vite, elle devenait folle. Elle injuriait beaucoup ; elle beuglait des horreurs souvent divinatoires ; elle touchait les points faibles, elle mettait à bas. Elle s’y mettait aussi, à rouler sous la table, mangeant avec les mains, lâchant tout de son corps.
Catherine Clément
Voir aussi : « Françoise Verny alias Olga Maillard » par Philippe Sollers dans Portrait du Joueur. Littérature & Entreprise !
A l’heure où elle fête les cent ans de la « NRF », la revue littéraire qui fut le socle des Editions Gallimard, la vieille dame de la rue Sébastien-Bottin affiche une belle santé. Aux commandes depuis 1988, Antoine Gallimard, petit-fils du fondateur, s’est révélé un habile manager et a su préserver, envers et contre tout, l’indépendance de la maison familiale. C’est au grand bal de l’édition, la foire internationale de Francfort, que Charlotte, timide et souriante, a fait ses premiers pas. Entrée il y a quelques mois dans une filiale du groupe Gallimard, la jeune femme, âgée de vingt-huit ans, y accompagnait son père, Antoine. Beau symbole à l’heure où « la Nouvelle Revue française » (« NRF »), la prestigieuse revue littéraire, socle des Editions Gallimard, fête ses cent ans. Et où la maison fondée par son arrière-grand-père, Gaston, affiche une prospérité discrète. Depuis quelques années, tout semble en effet réussir à la maison de la rue Sébastien-Bottin. Le contrat d’Harry Potter pour la France ; « Les Bienveillantes », de Jonathan Littell, un pavé de 900 pages sur l’extermination des juifs porté par une presse dithyrambique ; « L’Elégance du hérisson », le roman de Muriel Barbery, transformé en best-seller (plus de 1 million d’exemplaires) par le bouche-à-oreille et les libraires. Enfin, le prix Nobel de littérature, remporté par Jean-Marie Le Clézio en 2008. Offre sur Editis Pourtant, en 1988, ils étaient peu nombreux à miser sur Antoine Gallimard lorsque son père, Claude, lui a confié les rênes du groupe. Précédé d’une réputation de dilettante, le dauphin n’inspirait pas confiance. En 2001, après le rachat par l’italien Rizzoli (devenu RCS Media Group) de Flammarion, autre grande maison d’édition familiale française, on ne donnait pas cher non plus de l’indépendance de l’entreprise. Mais Antoine va rapidement montrer qu’il est prêt à tout pour maintenir le fleuron familial entre les mains des Gallimard. Pour grossir, il investit dans de petites maisons indépendantes (P.O.L, Verticales, etc.). Une stratégie peu gourmande en fonds propres, qui lui permet de rester en phase avec les valeurs traditionnelles de l’édition : la défense du prix unique du livre, de la librairie indépendante, etc. Ce qui ne l’empêche pas de monter en 2004 une offre pour racheter Editis, un groupe trois fois plus gros que Gallimard... « Pour son image, il ne pouvait rester à l’écart de la bataille pour le numéro deux français de l’édition », persifle a posteriori un observateur. Même s’il savait par avance qu’il ne l’emporterait pas... « Depuis vingt ans, Antoine est... celui qu’on n’attendait pas », résume un concurrent qui préfère garder l’anonymat. Au fil des années, le troisième du nom à gérer la prestigieuse maison Gallimard s’est révélé sinon un éditeur, du moins un authentique manager à la tête d’une entreprise aux rouages bien huilés. Son secret ? « La maison est structurée comme un nid d’abeille. Chacun y cultive son pré carré. Et moi, je suis la tour de contrôle », répond l’intéressé dans un sourire amusé. La valse des numéros deux au cours de la dernière décennie n’a pas déstabilisé la maison. Même le départ de la charismatique Teresa Cremisi, son bras droit pendant seize ans, appelée à la tête de Flammarion, n’a rien changé. Un catalogue « en or massif » Rien n’échappe à Antoine. Réputé intuitif, malin, il règne en seul maître à bord, tout en s’appuyant sur l’expertise de ses troupes. « Sa grande force est de s’inscrire dans la durée. Le Clézio, c’est l’histoire de quarante ans de fidélité ! », insiste l’écrivain journaliste Pierre Assouline, qui publie chez Gallimard. Les éditeurs (Philippe Sollers, Richard Millet, Pierre Nora, Eric Vigne, etc.) choisissent les textes à publier. Mais, à la moindre hésitation, c’est lui qui tranche. Et si la couverture d’un ouvrage Folio, la collection en format de poche du groupe, ne lui convient pas, il la fait changer illico.
Antoine Gallimard, Josyane Savigneau, S.K. Kamanda, Philippe Sollers (Salon du Livre 2008) Antoine Gallimard gère sa maison en bon père de famille, jusqu’à parfois regarder les notes de frais. Chaque mois, ce chef d’entreprise avisé et « pingre » - dixit ses salariés - vérifie que l’entreprise est dans les clous pour respecter ses objectifs de l’année. Grâce aux profits tirés des millions d’exemplaires d’« Harry Potter » et aux succès réguliers de la maison, le groupe a pu rembourser plus tôt que prévu, en 2006, les 100 millions d’euros empruntés à BNP Paribas, à Natexis et à l’américain Scholastic. Aujourd’hui, Madrigall, le holding familial, contrôle 99 % du capital de l’entreprise, à 60 % entre les mains d’Antoine et de ses quatre filles. « Je suis bien armé pour affronter la crise », estime-t-il. Et pour cause... Gallimard, l’un des derniers gardiens du temple indépendants des lettres françaises avec Albin Michel, s’est incontestablement constitué le plus beau fonds de la littérature hexagonale (Proust, Céline, Morand, Camus, Modiano, Le Clézio...) et détient les droits sur les plus grands romanciers étrangers (Hemingway, Thomas Bernhard, Philip Roth, Orhan Pamuk...). Au total, ce catalogue « en or massif » représente 60 % du chiffre d’affaires des Editions Gallimard. « C’est l’équivalent de la quille pour un bateau. Il nous évite de chavirer », estime Antoine. Le mythe Gallimard agit toujours. Ce qui permet à l’entreprise d’attirer les meilleures plumes de chaque génération. Pour un auteur, être publié dans la « Blanche » reste une consécration et l’un des plus beaux atouts pour décrocher un Goncourt ou un Renaudot. L’éditeur entretient soigneusement un incomparable réseau d’influence qui va des critiques littéraires aux « écrivains journalistes » en passant par les membres des jurys des prix. Rares sont les écrivains qui, une fois admis dans le cénacle, quittent la maison. On pourrait néanmoins citer Dai Sijie (« La Petite Tailleuse chinoise »), qui, suivant les conseils de son agent littéraire, a quitté la rue Sébastien-Bottin pour Flammarion, ou Sylvie Germain, qui a rejoint Albin Michel. Gallimard est plutôt regardant sur le montant des à-valoir. « Et les écrivains plus exigeants qu’autrefois », relève son PDG. Un marché plus difficile Si l’idée de publier des auteurs très commerciaux, susceptibles de rapporter gros, tel un Marc Lévy, tente parfois Antoine, il n’a jamais franchi le pas, « par crainte que des auteurs plus exigeants ne lui envoient plus leurs manuscrits », note un observateur. En revanche, l’éditeur est prêt à perdre de l’argent sur des collections emblématiques, les Cahiers de la NRF par exemple. Pour autant, la vieille dame, qui aura cent ans en 2011, doit, comme la concurrence, s’adapter aux mutations du marché du livre : les ouvrages vendus à 15.000 exemplaires sont devenus plus rares. Et promotion et marketing sont désormais incontournables. Ainsi, l’été dernier, les opérations commerciales avec « un livre offert pour un acheté » se sont multipliées. Resté à l’écart de ce type de promotions, Folio, numéro trois des collections de poche, a été pénalisé par certains grands distributeurs. Dans ce marché plus difficile, la Collection blanche, moins sélective qu’autrefois, s’est banalisée. La mythique « Série noire », fondée par Marcel Duhamel, s’est laissé dépasser par Le Seuil, par exemple, qui publie les best-sellers actuels du polar (Mankell, Connelly...). Mais la Pléiade écoule toujours 300.000 exemplaires chaque année et Gallimard Jeunesse se porte bien. Une des préoccupations majeures du PDG de Gallimard est l’évolution de la distribution. En 1971, son père, Claude, avait créé une grosse plate-forme de distribution - la Sodis - pour mieux défendre la production de la maison. Mais les équilibres soigneusement mis en place résisteront-ils à l’intrusion inévitable d’Internet dans le monde du livre ? Numérisation du fonds Sans visibilité précise sur ce que sera l’édition à l’heure du numérique, la maison tente malgré tout de s’y préparer. Une dizaine de milliers d’ouvrages sur les 28.000 du fonds ont déjà été numérisés. « Mon objectif, confie Antoine, est qu’en 2011 tous les titres parus chez Gallimard puissent être disponibles en impression à la demande. » A l’aube d’un nouveau centenaire, une autre menace guette la maison. Au fil des années, ses grands romanciers du siècle dernier tombent les uns après les autres dans le domaine public. Or Saint-Exupéry, Camus ou Kessel représentent toujours de grosses ventes. Le jour où d’autres éditeurs pourront publier « Le Petit Prince » ou « L’Etranger », Gallimard ne risque-t-il pas d’être déstabilisé ? A l’étranger, les maisons incarnées par une famille sont passées aux mains de grands groupes : l’italien Einaudi a été repris par Mondadori et Alfred Knopf par Random House. Hamish Hamilton a été absorbé par Penguin. Un scénario qu’Antoine, aujourd’hui âgé de soixante-deux ans, n’envisage pas pour Gallimard. « On s’est donné trop de mal pendant trois générations pour vendre », dit-il. Charlotte ou l’une de ses trois soeurs cadettes reprendra-t-elle un jour les commandes de la société ? Il est bien trop tôt pour le dire. Et personne ne sait si, à l’image des majors du disque, Gallimard, comme les autres éditeurs français, ne sera pas balayé d’ici là par les avatars d’Internet, ou par la disparition des amateurs de littérature. Pour l’heure, l’ambition d’Antoine serait que la rue Sébastien-Bottin s’appelle désormais « rue Gaston-Gallimard... » NATHALIE SILBERT Les grandes dates... 1er février 1909 : deuxième « premier numéro » de la revue « NRF », à l’initiative d’un groupe de six écrivains, dont André Gide.
... et le profil du groupe Chiffre d’affaires : 290 millions d’euros les années avec Harry Potter, entre 240 et 250 millions les années sans, dont 160 millions pour les Editions Gallimard.
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l’éditeur, « Antoine Gallimard est le successeur désigné de son père depuis 1983 ». Le 18. mars 1988, il est nommé PDG de la maison par le conseil ...
A l’occasion du centenaire de la NRF
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