![]() Mozart avec Sade (III)
Sollers lit des extraits de :
Lettre de Mozart à sa soeur « L’amour le plus grand, le plus sûr, pourrait s’accorder avec la moquerie infinie. Un tel amour ressemblerait à la plus folle musique, au ravissement d’être lucide. » Georges Bataille, Sur Nietzsche [1] « Entendre, c’est voir. » Martin Heidegger [2]
Article précédent : Mozart avec Sade II
Textes :
Extraits de Mozart :
1. (47’12 et 10’03)
« avec le faux soleil revenant chaque jour pressant son nouveau soleil faux soleil sa faux décapitant l’hors-soleil pour reprendre en main le soleil et la monde se sent bien comme ça tournant dans sa monde incarmanation ras-du-monde loi disque fléau cornes rondes et tout ça se ressent très bien plomb soleil avec un grand plaisir de souffrir comme ça d’alourdir de pouvoir grossir abrutir fixer solidifier fasciner boursoufler faire baver sans fin le néchet le crouper dans son modelé le reprendre en baffe agonique le trouer le refaire biber le pétrir d’effroi le bercer l’allumer puis le pétrifier l’assourdir puis le calciner lui ouvrir des yeux des orelles puis les effacer gommés du glaisé elle aime ça la monde à l’ammonde que ça vienne se tasser en elle se multiplier se refaire petit tout pitié que ça mouille de besoin crié de peur de sueur d’aigreur d’épouvante idiote amassée elle aime bien ça la mammonde le filin cardé à la chaîne le coulage en tresse à la traîne c’est rimmémorial ça c’est royal c’est infiniment surfatal » Paradis II, coll. blanche, p. 10-11
Lettre de Sade in Théorie des exceptions, Folio, p. 50-51.
Il est grand temps que j’écrive, si je veux que ma lettre te trouve encore vestale ! [...] Accepte, tiré du compartiment poétique de ma cervelle, le petit avertissement que voici : Tu vas apprendre, dans le mariage, bien des choses,
Ton frère bien sincère, W.A. Mozart. Cette lettre, Sollers la cite, dix-huit ans plus tard, dans Mystérieux Mozart, et la commente ainsi (dans des termes très proches de ceux de 1983) : « L’acte de reproduction (sexuel ou pas, mais il est toujours sexuel) est une action des ténèbres. Voilà comment Mme Mozart mère s’y est prise elle-même pour enfanter ses sept enfants. Elle a eu raison d’insister puisque Wolfang est le septième. Mais tout de même, quel travail ! Avec l’approbation de Dieu, bien sûr, et ce n’est pas Léopold qui dira le contraire. Est-ce pour cela que sa création musicale, malgré ses mérites, reste à un niveau si moyen ? Mozart ne le dit pas mais il le pense. » (p. 27-28)
O voi che travagliate, ecco il commiso,
Bonsoir, ma chère amie, je t’aime et t’embrasse de tout mon coeur. Aie donc un peu plus de pitié de moi, je t’en conjure, car je t’assure que je suis plus malheureux que tu ne penses. Juge tout ce que je souffre, et l’état de mon âme a tout le sombre de mon imagination. J’embrasse même les gens qui me boudent, parce que je ne hais en eux que leurs torts.
cité par Gilbert Lely dans Vie du marquis de Sade, Jean-Jacques Pauvert, 1982 (Mercure de France, 2004).
Mlle de Rousset. Portrait de Lefèvre, lacéré et taché de sang par le marquis, avec des légendes injurieuses de sa main
Gilbert Lely. Vie du marquis de Sade
Sade, Lettre à Mlle de Rousset, 1782
« L’aigle, Mademoiselle [3], est quelquefois obligé de quitter la septième région de l’air pour venir s’abaisser sur la cime de l’Olympe, sur les antiques pins du Caucase, sur le froid mélèze du Jura, sur la croupe blanche du Taurus, et quelquefois même près des carrières de Montmartre. Nous savons par l’histoire (car l’histoire est une belle chose) que Caton, le grand Caton, cultivait son champ de ses mains, Cicéron alignait lui-même des arbres dans ses belles allées de Formies (je ne sais pas si on les lui coupait), Diogène couchait dans un tonneau, Abraham faisait des statues d’argile, l’illustre auteur de Télémaque faisait de petits vers pour Mme Guyon, Piron quittait quelquefois les sublimes pinceaux de la Métromanie pour boire du vin de champagne et faire l’Ode à Priape (peut-être connaissez-vous ce léger morceau de poésie, si fort à l’usage des demoiselles et si réeelement fait pour entrer dans tout plan d’éducation propre à former l’esprit et le coeur de celles qui se destinent au grand monde ?). N’avons nous pas vu le grand Voltaire bâtir à Notre-Seigneur une église, de la même main dont il écrivait en parlant de la Sainte Naissance de ce rédempteur [...] Et de nos jours, Mademoiselle, de nos augustes jours, ne voyons-nous pas la célèbre présidente de Montreuil quitter Euclide [et Barême] pour venir huile et salade avec son cuisinier ? [...] » . Lettres choisies du Marquis de Sade, J.J. Pauvert, 1963, puis chez UGE (lettre XI, pp. 101-102).
[1] O.C., tome VI, p.76. [2] Cité dans Mystérieux Mozart, folio, p.63. [3] Formule qui fut reprise par Gilbert Lély comme titre d’un volume de manuscrits et lettres inédits publiés en 1949, rendant hommage à la fois au divin marquis et à la touchante personnalité de cette correspondante qui mourut jeune, à quarante ans, ayant veillé jusqu’au bout sur le domaine de La Coste, les papiers et la bibliothèque de son cher de Sade auquel elle avait écrit un jour en plaisantant " mouoré de te pas veïré ". Sur Mlle de Rousset : SADE Donatien Alphonse François, marquis de (1740-1814). Lettre autographe à Melle de Rousset. |
|||