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Nouveau cycle Nabe-Sollers
par un Nabien
JSP qui a commencé par tirer ses traits de sang sur les plaies de ce genre d’exercice : les fautes de compilation... les vraies vraies, les vraies fausses, les toutes fausses etc... (cf. ici) a décidé pour se faire pardonner d’ajouter ses propres morceaux dans le chaudron des relations chaudes, brûlantes, refroidies, déférentes, amicales, chiasseuses, cordiales, tendues, passionnées, dépassionnées, apaisées, désabusées... entre Nabe et son éditeur Sollers. Qu’il en soit remercié. VK Nota : titrage article et notes de pileface Alain Zannini, chapitre 24 « ...DÉÇU. »pp.289-293 « [...] du Seigneur pleurant des larmes d’or. Du mien (qui avait ses épines de couronne comme des cornes de diable), j’avais fait la couverture de mon livre 33 ans [L’Âge du Christ]. Un livre de moi passé inaperçu (pléonasme) sauf de quelques-uns. Philippe, par exemple... Alors, là ! je ne l’avais jamais vu comme ça... Sous le choc, il venait de le lire, sur-le-champ, il a voulu me voir. Rendez-vous dans sa brasserie préférée, La Clausewitzerie des Popas. On s’y retrouvait irrégulièrement (la régularité, ça fait trop « amitié », j’aime pas) pour nos omelettes théologiques (déjeuners où nous papotions catholicisme) [...] C’est un chef-d’ ?uvre..., me dit Philippe, en arrivant et en posant, pas très délicatement (exprès par respect), mon livre dans son assiette, encore vide. - Ah ? fis-je. - Eh oui, cher monsieur... C’est comme ça. Vous n’y pouvez rien ! Je regrette de ne pas l’avoir édité, vraiment. Là, très bon ! Très bon. Et là, très très bon. Très bon, ici, ça : très bon, vous m’entendez bien ? Très bon... Il faut que vous l’envoyiez au pape. [...] J’attaquais mon omelette, et même un peu la salade de tomates. Tant mieux si ce livre, où je m’expressionnistais sur ce que c’était que d’avoir trente-trois ans, avait tant plu à Philippe... Comme à la même saison j’en sortais un deuxième dans sa collection (meilleur à mon avis), il ne s’était pas trop occupé de celui-ci avant de le découvrir. Il me raconta que des imbéciles disaient déjà en parlant du premier : « Nabe a encore écrit un bouquin terrible ! » Alors, Philippe s’énervait : « Mais c’est un livre splendide, magnifique ! Vous l’avez lu ? » Non, personne ne l’avait lu. Et malgré sa couverture iconique de Jésus faisant dégouliner son rimmel d’or, on n’était pas près de le remarquer. Philippe, sur ce point, était aussi net qu’il l’était pour en faire l’éloge en privé : — Rien que le nom du Christ dans le titre vous coupe du reste du monde, sauf de moi ! Vous l’avez écrit pour moi seul, merci ! C’est un livre très important aujourd’hui mais qui peut qu’être perçu invisiblement. C’est le livre invisible... Laissez-le pourrir pour qu’il ressuscite. Tout ce que je peux faire, c’est en parler partout. Non, ce n’était pas tout ce qu’il pouvait faire, bien sûr, et j’entendais dans ma tête les Hélène, les Diane, les Patrick, les Jeannot, les ma mère... penser que Philippe, une fois de plus, malgré son enthousiasme sincère, s’arrangerait pour ne pas écrire dans un grand quotidien du soir l’article à ma gloire qu’ils attendaient tous, sauf moi ! (Je vois d’ici le titre : TRES BON ! par Philippe. Très bon, très bon et très bon, très bon bon...). Mes proches se demandaient quand j’allais enfin comprendre que Philippe se foutait de ma gueule ! D’après eux, il me surveillait plus qu’il ne me soutenait ; tant qu’il serait là, je ne pourrais pas être officiellement reconnu à ma juste valeur ; il ne me protégeait pas de ceux qui m’en voulaient, mais me cachait à ceux que je pourrais séduire ; s’il ne me citait jamais dans ses articles, ce n’était pas un hasard ; il prenait un malin plaisir à mettre en avant le moindre de mes imitateurs ; il gagnait quelques années sur ma reconnaissance et c’était une triste politique ; rien que pour tout cela il irait en enfer ; bref depuis quinze ans, comme disait Patrick qui croyait s’y connaître), Philippe m’« enculait ». À l’époque, je souffrais encore de la prudence de mon plus fervent supporter, mais je continuais mordicus, de défendre mon « père » « spirituel » (les ironiques n’ont jamais su placer les guillemets aux bons endroits) contre les nombreuses philippiques dont il était l’objet. Car je me plaignais parfois (et même souvent) d’être le plus détesté de la littérature française, mais le vrai haï, c’était Philippe. Même Jeannot, qui rassemblait pas mal de répulsions, gardait une certaine auréole de « fou », de « courageux », de « marrant ». Philippe, c’était terrible... Béatifié par un cercle restreint qu’il méprisait trop pour s’en satisfaire, Philippe ne pouvait pas imaginer à quel point d’année en année s’était formé autour de sa personne et de son ?uvre un sentiment de saturation. Et pas seulement à l’encontre de son personnage surmédiatisé... Ses cheveux gris et son dos rond le faisaient plutôt ressembler à un chat qui a tout connu et qui est un peu las de ronronner encore. Ébloui (à juste titre) par sa gloire présente, Philippe ne se doutait pas que sa postérité s’annonçait comme un sévère purgatoire ! Quelle injustice ! Ses prises multiples de positions à contre-courant n’électrisaient jamais personne. Sa subversion de l’institution était jugée tout simplement comme de l’arrivisme, et son travail d’essayiste sur les artistes morts comme de la vulgarisation haut de gamme... Décrédibilisé en tant que romancier, Philippe finissait par apparaître aux yeux de tous (et de toutes !) comme un homme de lettres parisien dans toute sa splendeur, cynique et confortable, multipliant les bourdes alors que toute sa vie ce grand esprit avait travaillé à se fignoler une stratégie des plus chinoises !... » Crédit : Editions du Rocher, 2002 (livre actuellement indisponible)
Si le fond d’Alain Zannini va bien plus loin que le simple recueil d’anecdotes sur le milieu éditorial, force est de reconnaître que ce qui intéresse votre site, ce sont ces anecdotes... Heureusement qu’elles fourmillent, et que vous comme moi pouvons à loisir y piocher ! Recopier plusieurs pages d’un livre n’est pas la tâche la plus ardue qui soit, mais elle est à tout coup fastidieuse, c’est pour cela que je tiens encore à vous féliciter pour votre livresque prospection... Dommage que vous n’ayez pas lu Je suis mort, source qui abonde en passages sur Sollers et ses masques. Bien que le Vingt-septième livre se présente comme une lettre ouverte à Houellebecq, ce texte est tout aussi fourni que les autres sus-cités en commentaires sur Sollers. La preuve :
Le Vingt-septième livrepp. XXXIII-XXXV
Ah ! Philippe ! On l’aime tous beaucoup, mais qu’est-ce qu’il se trompe... Je laisse aux journalistes le soin de lui reprocher d’avoir misé toujours sur le mauvais cheval : Balladur, Jospin, Messier, Kenza, Battisti, Fleisher, Pamuk... Et en plus, il n’en pense pas un mot ! Si encore il était sincère... Il va tout droit là où il pense récupérer des morceaux du gâteau, mais quand il arrive, c’est trop tard : le gâteau est déjà bouffé par d’autres, ou bien il est empoisonné... Ah ! Sollers ! Tu l’as bien démodé, lui aussi. Jamais, il n’a eu l’air de faire autant partie d’un ancien monde que depuis ton triomphe. Il a l’air malin avec sa « stratégie », ses pieds de nez, sa virevoltance culturelle, son Venise, son « Casa », son « Frago », ses confetti chinois... Son Sun Tsu est dans les choux... Quelle souffrance ! Tout ce qu’il exècre, tu l’incarnes. Et pourtant il te soutient. Sans arrêt prendre le parti de ce qu’on déteste le plus au monde, et uniquement parce que ça a du succès sur le moment : triste politique ! Il y a vingt ans, Sollers me disait qu’il se permettait 25% de compromission et 75% d’intégrité. Aujourd’hui, il a inversé les proportions. Quel gâchis ! Le cocktail est imbuvable... « Pourquoi on se voit plus ? » m’a-t-il lancé l’autre fois en me croisant. Qu’il se relise ! Il comprendra pourquoi on ne se voit plus ! J’ai besoin d’admirer pour fréquenter. Que Sollers se soit gouré sur la politique et l’art de son époque (voilà pourquoi il excelle à analyser ceux des siècles passés), passe ! Mais qu’il fasse d’aussi grosses gaffes contre lui-même, c’est difficile à accepter... Je lui en veux d’avoir fini par se laisser dominer davantage par le mépris qu’il a de lui-même que par celui qu’il éprouve pour les autres... Ce n’est pas derrière les choses qu’il faut aller, c’est au fond. Sollers ! Quelle chute dans la puissance ! Quel sabordage ! Quel abîme, au fond, que cette superficialité ! Quelle haine de soi finalement sous cette joie de vivre ! Quelle désespérance froufroutante ! Quel gâtisme enfin ! Toujours les mêmes réflexes comme quand on tape sur un genou avec un petit marteau : « Artaud ? Van Gogh ! » « Picasso ? Les femmes ! » « La France ? Moi ! » ou « Moisie (variante) ! » En ce moment, il croit que le summum de la subversion, c’est que Georges Bataille soit en papier bible !... JSP. Crédit : Editions Le Dilettante, 2005 (en préface de la réédition de Au régal des Vermines)
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