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Heidegger : le danger en l’Etre
L’Infini N° 95
Martin Heidegger 1889-1976. Trente ans après sa mort, L’Infini lui consacre un numéro double. L’Infini N°95 - spécial HeideggerPour vous faire votre propre avis, plongez dans ce dossier. SOMMAIREL’INFINI N° 95 - été 2006 HEIDEGGER : LE DANGER EN L’ETRE Wang Wei, Épigraphe Gérard Guest, « Au point immobile où tournoie le monde ... » (Ouverture : À la chinoise) Avertissement : Voir le danger en l’Etre Martin Heidegger, Le péril (Présentation, traduction et notes par Hadrien France-Lanord) Peter Trawny, Avis aux Barbares ! Bernard Sichère, Danger, détresse, salut : La pensée de haute mer Henri Crétella, La politique de la pensée François Fédier, L’irréprochable Pascal David, Le Dieu en fin / Le Dieu enfin Gérard Guest, Le tournant - dans l’histoire de l’Etre Pierre ]acerme, Le silence d’Hiroshima Exergue![]()
AVERTISSEMENTMartin Heidegger : Voir le danger en l’Etre « Le mal n’est pas ce qui n’est que moralement mauvais, surtout pas un défaut et manquement au sein de l’étant —, mais c’est l’Être lui-même comme dégondement et méchanceté. » « Mais le danger s’annonce-t-il déjà par là comme le Danger ? Non, Périls et urgences pressent de toutes parts plus que de mesure les humains à toute heure. Mais le Danger : l’Etre se mettant lui-même en péril dans la vérité de son aître, y demeure voilé et dissimulé. Cette dissimulation est ce qui du danger y est le plus dangereux. » L’« ÊTRE » — dont s’enquiert Martin Heidegger — ne saurait être le lieu d’un séjour idyllique où l’existence humaine pût enfin espérer se reposer à loisir et en toute confiance des fatigues de cette « odyssée de la conscience » que lui fut l’histoire & aventure plus de deux fois millénaire de la « métaphysique occidentale ». L’on a montré, peut-être, un peu de complaisance à l’égard de la quiétude « champêtre », de la rustique « simplicité » du « chemin de campagne », ou de la tranquillité légendaire des « chemins forestiers » de la Forêt-Noire (dussent-ils, en français, « ne mener nulle part » ...), sentiers si propices, il est vrai, à la méditation de ce « promeneur solitaire » que fut aussi le penseur de Messkirch et de Todtnauberg. La sorte de « sérénité » (non point « crispée ») et d’« acquiescement » — la « Gelassenheit » — qu’est censé s’y être acquise le penseur n’y confine nullement à un quelconque quiétisme. Il y vibre au contraire toute une inquiétude essentielle... [...] » [2] DANGER, DETRESSE, SALUT : LA PENSEE DE HAUTE MER« Le mot danger, Gefahr, est un mot-clef de la pensée de Heidegger. Ce n’est du tout par hasard, évidemment, qu’il le convoque en 1949 dans le cadre des fameuses conférences de Brême. Ces conférences sont à leur manière décisives au sein de son itinéraire : elles représentent la reprise publique du cheminement philosophique de Heidegger au lendemain de la guerre (rappelons que ce retour ne sera officiel conformément à l’arrêté pris à son encontre par les autorités universitaires, Complément : LA POLITIQUE DE LA PENSÉE« La mise à l’écart dont je suis l’objet n’a au fond rien à voir avec le nazisme. On subodore dans la manière dont je pense quelque chose de gênant, sinon même d’inquiétant ; qu’en même temps on y prête tant d’attention n’en est qu’une preuve de plus. Il ne faut pas dire : la Révolution, mais la Fondation Rien, sans doute, n’aura fait plus de mal, tant au monde qu’à la pensée, que le prétendu principe des nationalités. Non parce que les nations constitueraient un mal en soi, mais parce qu’ériger en principe leur notion en exclut tant la généalogie que la révolution. Séparées ainsi de leur origine et de leur destination, elles constituent la plus redoutable des abstractions. Ce dont le nazisme nous aura administré la plus atroce des démonstrations. — Mais, aussi : la plus ignorée. La raison en est que la violence inouïe de ce qui s’est alors manifesté a occulté l’histoire dont il a résulté. A telle enseigne que nous en avons fait un monstre à devoir exorciser au lieu de le considérer comme un événement dont l’analyse pourrait nous guérir de la nocivité. [...] »
p. 113 L’IRREPROCHABLES’ils se taisent, je me tairai...[1]
On reproche beaucoup de choses à Heidegger. Faire des reproches est une attitude si répandue que nous y passons facilement les bornes. Cela n’est pas trop grave tant qu’il s’agit de peccadilles. Mais quand l’objet du reproche touche à l’essentiel, il est pour le moins prudent de se demander d’abord si le reproche que l’on formule contre quelqu’un est recevable ou non. En d’autres termes, il s’agit, au préalable, de savoir ce qui peut être reproché à quelqu’un, par opposition à ce qui ne le peut pas. C’est pourquoi je prends soin de définir l’acception univoque dans laquelle je prends le terme "irréprochable". Je propose ici d’entendre : ce qu’il n’est pas licite de reprocher.] » [1]. Extrait d’un poème, composé en réponse aux attaques que les Jacobins (c’est-à-dire les Dominicains) ne cessaient de porter contre les Trouvères.
LE DIEU EN FIN / LE DIEU ENFINZum letzen Gott « En mémoire de Patrick Lévy « Le jeu moisit », dit Rimbaud. Ou plus précisément : « Après Racine, le jeu moisit. Il a duré deux mille ans ! » [1]
Il se peut que ce jeu qui moisit inclue aussi notre rapport ou non-rapport à la poésie, à la parole, au divin, la manière dont nous nous en sommes laissé déposséder, dessaisir et exonérer. Comme il se peut que Heidegger, tel l’un de ces « poètes de sept ans », ait été Ce pressentiment, cette violence, cette voile s’abritent et se gonflent dans la problématique de ce qu’il est convenu d’appeler en français « le dernier dieu », si tant est que cette traduction commode et hâtive rende justice à ce qui se joue avec ce que Heidegger appelle assez étrangement : der letzte Gott, comme à l’espace de jeu, au prélude ainsi ouvert. Nous n’entendons pas, dans le cadre de cette étude (au sens musical aussi du terme) « traverser la philosophie de Heidegger » — au sens où Emmanuel Lévinas a pu déclarer : « un homme qui, au XXe siècle, entreprend de philosopher, ne peut pas ne pas avoir traversé la philosophie de Heidegger » [2] — mais simplement risquer une incursion en sa pensée, encore heureux si nous y parvenons. Non pas pour viser ladite pensée en elle-même, comme un objet qu’il nous serait loisible de disséquer ou envisager sous tel ou tel angle, mais en visant ce dont en elle il retourne et à quoi elle donne accès, ce qu’elle « porte à la parole ». Voilà pour la méthode. ![]() Comment aborder le dernier dieu ? C’est tout autrement que le dernier dieu habite et n’habite pas sa propre divinité, qu’« il consent et point ne consent à être appelé du nom de Zeus » [3], c’est tout autrement qu’il lui appartient de se déployer [...] » [1]. A. Rimbaud, Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871, in : ?uvres complètes, éd. A. Adam, Gallimard, Bibliothèque de la Péiade, 1972, p. 250 . p. 154 Sur le blog de Pierre AssoulinePierre Assouline, n’est pas un grand pro-Sollers, c’est connu. Deux précisions par rapport à son texte : « A ne pas rater, la livraison de L’Infini (Eté 2006, No 95, 250 pages, 15 euros) que Philippe Sollers consacre en grande partie à Heidegger.
La mort et l’être :Ph. Sollers dans Paradis 2 : « la mort est une catégorie de l’être et pas du néant et comme l’être lui-même n’est qu’une dimension fugitive de l’infini qui s’identifie à chaque instant au néant il faut dire que c’est le néant qui jouit dans tout être alors que la mort est ce qui arrive naturellement à l’être en dehors de son point de jouissance infini ». Ph. Sollers dans Poker, entretiens avec la revue Ligne de risque :
« [...] les humains se croient encore dans une ère révolue, ce qui les empêche de comprendre la nature de ce qui arrive. Martin Heidegger « Le rapport entre mort et parole, un éclair, s’illumine, mais il reste impensé », Textes numérisés sur Internet· Heidegger - Qu’est-ce que la métaphysique ? [1] Préfère la traduction de François Cheng - note pileface [2] Voir ci-dessous le commentaire du 18-02-08. |
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