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Le Journal du mois (juin 2006)
dans le JDD
L’actualité vue par Sollers
![]() Foot La tête est confuse, les jambes s’enlisent, je parle évidemment des Bleus, et de la France qui n’arrive pas à marquer des buts. Cette équipe, malgré sa difficile victoire sur le Togo, est malade, aucun doute. Pauvre Zizou appliqué, pauvre Thierry Henry étouffé, pauvre Ribéry brouillon, pauvre Cissé opéré, étrange Domenech buté, sombre plaine. On a l’impression que les Français se la jouent plutôt que de jouer, ils sont dans un film, le match a déjà eu lieu, la seconde mi-temps leur paraît trop longue, si on pouvait passer tout de suite aux interviews et à la publicité, ce serait mieux, on pourrait respirer. On n’est pas starisé pour affronter la réalité. On n’est pas une vedette pour faire ses preuves. Chirac, déprimé, maintient Villepin en attaque, mais l’embêtant c’est que ce joueur s’obstine à rater ses penaltys. Vous avez remarqué que l’ailier Sarkozy fait tout pour ne pas lui passer le ballon, et frappe de façon déraisonnable en touche. L’équipe se rebiffe, essaie de faire pression sur l’entraîneur qui n’en démord pas, en grommelant qu’il n’est pas là pour céder à la dictature de la rumeur. Les éléphants socialistes, en milieu de terrain, font traîner la partie en attendant de prendre les commandes du bateau à la dérive. Les remplaçants, sur leurs bancs, boudent de façon voyante. L’univers nous regarde, ricane, s’apitoie, ne manque pas une occasion de tirer sur le coq gaulois. Pendant ce temps-là, les Argentins emballent leur tango, les Brésiliens continuent leur samba, les Espagnols peaufinent leur corrida, les Portugais naviguent, les Anglais et les Allemands sont professionnels, aucun état d’âme, alors que la psychologie ravage les visages hexagonaux. Je te hais, je t’adore, j’aurai ta peau, je ne pense qu’à toi, mourons ensemble, c’est la loi. Des femmes, ici et là, s’inquiètent dans les tribunes. Que faire ? Les raisonner ? Ils n’écoutent rien. Demander à l’armée d’intervenir ? Pourquoi pas, mais c’est quand même un risque. Les joueurs, maintenant, en sont à s’insulter en public. Le mot « lâcheté » est prononcé et enregistré. L’avant-centre l’a crié à l’ailier gauche qui venait de bousiller un corner. L’arbitre siffle, sort tous ses cartons jaunes, perd les rouges, les ramasse, et renvoie tout le monde aux vestiaires sous l’ ?il médusé de l’équipe étrangère qui n’en attendait pas tant de son adversaire supposé.
Le mieux, au point où on en est, serait une candidature de progrès bicéphale. Voilà la vraie rupture paritaire, un aigle à deux têtes et à quatre pattes, l’androgynat parfait. Donc : Royal et Hollande. Tantôt à droite, tantôt à gauche, l’union nationale, avec débordements de mariages gays. Pour l’instant, Ségo est une frégate chinoise, ou plutôt un sous-marin avec Hollande en sous-main. Ses atouts : une enfance malheureuse dans une famille catholique de huit enfants, un père colonel très réactionnaire, une fierté et une ténacité à toute épreuve, une morale d’acier. On la soupçonne de vouloir militariser la lutte contre la délinquance ? D’avoir ainsi un retour de refoulé au père ? Elle tient bon : « Alors, quoi, le mot discipline serait un mot de droite ? » Et aussi : « Depuis quand l’uniforme des militaires, des gendarmes et des pompiers ne serait pas socialiste ? » C’est vrai, ça, et honte à ceux qui ont crié autrefois, sous les coups de matraque, « CRS-SS ! ». Un colonel socialiste n’a rien à voir avec un colonel d’extrême droite. Un policier socialiste se remarque aussitôt, malgré l’uniforme, et inspire une confiance qu’un gendarme du Front national serait incapable d’incarner. N’importe quel dissident de l’ex-URSS vous dira qu’un gardien socialiste était doux, modéré, ouvert, humaniste, cultivé. La discipline, vous dis-je, la discipline. Une bonne équipe est une équipe disciplinée. J’aurais bien aimé plancher
sur un des sujets du bac Sollers a aussi été "sujet de bac...Voir ici
1974, ? le voyage en chine ?, la grande muraille
Philippe Sollers et Julia Kristeva
Quand j’étais à Pékin, il y a plus de trente ans, le correspondant du Monde avait l’air passionné par le régime communiste, avec obstination et une bizarre ferveur. Heureusement, il avait un vélo que j’ai pas mal utilisé dans les rues, ce qui me faisait remarquer par des milliers de Chinois comme un « long nez », c’est-à-dire une bête curieuse. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le même journal, aujourd’hui, s’enthousiasme pour une biographie à charge du monstre Mao (1), le pire criminel du XXe siècle, responsable de 70 millions de morts, et prêt à en faire tuer 300 millions. C’était donc une « ordure ». Soit. Mais il y a plus grave : c’était un pauvre type, un médiocre, un mégalomane orgiaque, un sadique primaire, un agent simultané de Staline, des nationalistes, des Japonais et ensuite des Américains. Un fou, mais sans envergure. Autant dire que les anciens « maoïstes » occidentaux, Français en tête, ont bonne mine [1]. Max Gallo, dans Le Figaro, parle même, avec commisération, de ceux « qui agitaient le Petit Livre rouge au bar du Pont-Royal » [2]. Il ne manque que la photo qui, bien entendu, n’existe que dans l’imagination de Gallo. Serge July, avec le temps,
a-t-il eu raison de quitter Mao
pour Rothschild ? La question se
pose, et elle est grave pour l’avenir
de la presse. Pour toute une
génération fiévreuse, la sortie du
délire Mao aura été
problématique.
Rome, octobre 2000. Audience papale
? Prenez un pape, jetez le dans la m ?l ??, et vous serez ?difi ? : d ?lires, d ?votions d ?biles, vomissements, agenouillements, crises de nerfs, grimaces obsc ?nes, rictus, transes, scatologie, rien ne manque ? la sc ?ne. ? (Studio).
Peu d’individus sont revenus à la bonne vieille maison de gauche. Certains ont cru se délivrer en allant de Mao à Moïse, ou, mais ça revient presque au même, de Mao à Bush. Je crois être le seul à avoir basculé de Mao au pape. Chacun ses goûts. Benoît XVI, à Auschwitz, est d’ailleurs apparu en même temps qu’un arcen- ciel, signe évident d’alliance biblique. Qui d’autre l’a remarqué ? Je ne sais pas. Le prochain livre de Christine Angot, Rendez-vous (2), est excellent, puissant, rapide, audacieux, drôle. Il y a là un banquier pervers, un acteur fasciné par la littérature, et Angot qui s’offre à eux, les observe, souffre, se reprend, l’écriture étant sa seule vraie vie dramatique. Vous commencez à lire, c’est immédiat, vous ne lâchez plus les pages, vous vous demandez comment elle va se tirer d’une folie parfaitement maîtrisée, inceste traumatique, sincérité, crudité lucide. Eh oui, il faut s’y faire : Angot est un des meilleurs écrivains français d’aujourd’hui. But marqué, donc. C’est rare.
(1) Gallimard (2) Flammarion (sortie le 25 août). Philippe Sollers
[1] Sollers était de ceux-là et avait même commencé à apprendre le chinois. Il s’en explique dans un chapitre d’ Improvisations intitulé « Pourquoi j’ai été chinois ». Non seulement le modèle chinois marxiste-léniniste le séduisait, mais aussi la pensée taoïste capable d’unir, sans conflit, mystique et érotisme : [2] Bar fréquenté par Philippe Sollers [3] Prix littéraire "Prince Pierre de Monaco" 2006 attribué à Philippe Sollers, pour l’ensemble de son ?uvre. ( le prix est aussi doté de 15.000 euros ). |
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