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Laissons la place au vent
Crinières au vent
La vie au galop

En 1998, Philippe Sollers avait intitulé son journal de l’année - une commande des éditions du Seuil - « L’Année du Tigre », en référence au calendrier chinois, cette année il l’aurait intitulé « L’Année du Cheval ». Et cette année, c’est le 31 janvier que va débuter le nouvel an chinois calé sur les cycles lunaires.

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En prémisse des festivités qui accompagnent traditionnellement l’évènement, Bartabas lance ses chevaux au galop sous la nef du Grand Palais pour la « Nuit de Chine ».

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Cavalcade de chevaux sous la nef du Grand Palais pour "La Nuit de Chine" © DR

À partir de 21 heures, le Grand Palais ouvrira ses portes au public, qui découvrira des projections monumentales d’images et de vidéos. Puis, le pianiste virtuose Mu Ye Wu interprétera une pièce de Chopin. Des danseurs formeront ensuite une barrière humaine, dessinant une piste sous la nef, où les cavaliers de Bartabas lanceront leurs chevaux au galop. Au même moment, deux grands drapeaux blanc et rouge de 90 m de long se dérouleront sur 30 m de haut. Évoquant, en filigrane, la nouvelle année chinoise, qui débute le 31 janvier sous le signe du cheval. Suivront ensuite des acrobates de l’école des arts martiaux Shaolin, un concert piano-guzheng (une sorte de cithare chinoise) et une soirée électro.

(Crédit : JDD 26 janvier 2014)

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Un spectacle de Bartabas

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Danse du lion pour l’année du cheval à Vineuil, région de Blois
par le groupe blésois Lion dance 41, dirigé par N’Guyen et comportant une douzaine d’artistes.

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Le constructeur automobile chinois Dongfeng devrait entrer au capital de PSA, à hauteur d’environ 14% du capital, pour un investissement autour de 750 millions d’euros.

Là cavalcade de chevaux, ailleurs les légendaires et mythiques lions paradent à côté des dragons au moment où l’on apprend que le vieux Lion de Belfort, l’emblème de Peugeot, plie le genoux face à la suprématie nouvelle du bestiaire chinois. Retournement de l’Histoire, le vieux Lion de Belfort s’incline devant la vitalité du chinois.

Si Philippe Sollers écrivait « L’Année du Cheval - Journal de l’année 2014 », il n’aurait pas beaucoup à changer sa quatrième de couverture de l’Année du Tigre de 1998. :

Le titre est chinois. Sujets : entrée dans le XXIe siècle ; décomposition des pouvoirs antérieurs ; arrivée d’une nouvelle monnaie ; effondrement de la Russie ; violences un peu partout ; massacres en Algérie ; chômage et dépression ; affolement médiatique ; scandale Monica Lewinsky ; euphorie de la Coupe du Monde ; misère sexuelle sur fond d’expérimentations génétiques ; malaise français et vieux démons extrémistes ; risque d’un retour de puritanisme global ; folies intégristes ; montée de l’illettrisme et arrogance publicitaire.
C’est le tournant du millénaire.

Ph. S.

Et cette entrée du Samedi 31 Janvier, qui rappelle ce qu’était la Chine dans la première partie du XXe siècle, vue par un observateur avisé Paul Claudel qui a passé, comme diplomate, quinze ans de sa vie en Chine :

[...] Et puis, soudain : la Messe du couronnement, de Mozart. Splendeur incongrue, simple, vertigineuse.

Claudel, 1922 : « Quelle est la situation ? Désespérée, mais pas sérieuse. »

Et ceci, dans Éloge du Chinois : « Il est impossible d’oublier que la découverte de l’Extrême-Orient et le développement de l’art baroque au 17e et au 18e siècle ont été synchroniques et que c’est de la première que le second a probablement reçu l’accentuation décisive. »

En 1946 : « La Chine : quelque chose de démesuré et de clos, quelque chose qui, pour arriver à la conscience de soi-même, au lieu de son récit, a besoin d’énormément d’espace et de temps. Tout cela tient ensemble. »

Il faut réévaluer Claudel à partir de son Journal et de sa prose, y compris sur le plan politique.

Et aussi :

Mercredi 21 janvier

Le « Ciel ». Je reçois le livre de François Jullien, Un sage est sans idée. Il faudrait reprendre toute l’histoire de la métaphysique occidentale d’un point de vue chinois. C’est sans doute ce que voulait dire Heidegger en insistant sur un travail de préparation en vue d’un« dialogue avec l’asiatique ».

Ou encore :

Mardi 10 février

Toujours le bleu, toujours le sec.

Découverte d’embryons fossiles de vers de moins d’un millimètre de diamètre, dans des carrières de phosphate, en Chine : - 570 millions d’années.

La bactérie est plus ancienne : - 3,8 milliards d’années.

Pas de plus gros organismes à cause de la faible concentration de l’air et de l’eau en oxygène.

Après-midi avec François Fédier, pour préparer un livre de ses photographies inédites de Martin Heidegger.

La correspondance entre Hannah Arendt et Heidegger paraît enfin, le mois prochain, en Allemagne.

Heidegger : « Toute pensée essentielle traverse intacte la foule de ses partisans et de ses adversaires. »

*

Lundi 6 avril

Zhu Rongzi, le nouvel apparatchik chinois, Premier ministre, est à Paris, reçu, bien entendu, avec tous les égards dus à un « modernisateur anglophone » (sic).

Un observateur : « Jacques Chirac écrit pratiquement tous les mois au président chinois, souvent pour parler des poésies de l’époque Tang. » Il faut espérer que cette correspondance sera publiée un jour.

Protestation de Wei Jingsheng, cri dans le désert financier.

Nuit de pluie intense.

*

Jeudi 9 avril

Pluie la nuit.

Je reprends mon roman. Il s’agit d’introduire la pensée et la poésie chinoises en plein dans le chaos de notre temps.

Heidegger : « La poésie est ce qui a lieu au fond de l’être comme tel. »

Raconter ça.

Pourquoi cette émotion en lisant des textes sur les peintures et les gravures rupestres de la préhistoire ? Je me souviens d’avoir lu ici, précisément, à 16 ou 17 ans, le Lascaux de Georges Bataille et d’en avoir été bouleversé. Vraiment enivré, la nuit, sur la digue, soulevé par l’espace. J’ai ensuite visité Lascaux au début des années 60. Impression d’un son gigantesque, évanouissant.

Les grottes, les animaux, les abris, tout est bizarrement présent et intense. [...]

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Grotte de Lascaux, vieille de 17000 ans

Lundi 19 octobre Bleu.

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Article sur le Shitao de François Cheng pour Le Monde. Chaque peinture comme choc. Shitao veut dire en chinois « vague de pierre », Je regarde une des « pierres de rêve » que j’ai rapportées de Pékin en 1974 :une vague grise s’élance dans un fond jaune, elle n’en finit pas de surgir, elle ne retombera jamais.
C’est François Cheng qui a écrit de sa main les idéogrammes de Nombres, livre paru en avril 1968.
Ce qui s’écrit de meilleur sur la Chine est en français.
Pour Studio en poche, couverture : Clair de lune sur la falaise (Pékin, musée du Palais). Ce qui compte, c’est la petite silhouette blanche dans l’un des pavillons, au bord du vide. Voilà où sont Rimbaud, Hölderlin :
Li Po (701-762) :

Levant la tête, je vois la lune ;
Les yeux baissés : le sol natal.

« La condition de l’homme, écrit Cheng, est l’exil » : Il en sait quelque chose.

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(GIF) Le motif du cheval chez Picasso

Dès 1917, le motif du cheval dans sa déclinaison « Pégase » est présent dans le rideau de scène peint par Pablo Picasso pour le ballet « Parade », œuvre d’art totale créée au Théâtre du Châtelet à Paris et conçue par Jean Cocteau, Erik Satie, Pablo Picasso sous la direction de Serge Diaghilev.

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Picasso, Minotaure et Cheval, 1935

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Picasso, Guernica, 1935 (détail)
Dans le tableau, le cheval, incarne la victime innocente de la corrida. Les différentes figures de l’animal traduisent la terreur, la douleur. Ce cheval représente le peuple opprimé et les Républicains.

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Picasso, Cheval, 1937

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(GIF) Le cheval dans l’astrologie chinoise

Le Cheval est fougueux et indépendant mais il est surtout considéré comme un travailleur, qui fait primer l’action, brille par sa créativité et a constamment besoin d’aller de l’avant.

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Le calendrier chinois

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Le livre sur amazon.fr

Au revoir Serpent d’eau. Le 31 janvier, c’est l’année du Cheval de bois qui commence. Et nous serons non pas en 2014 mais en 4712. Un peu compliqué ? Pas tant que ça.

Premièrement, les asiatiques n’ont pas décidé au hasard de célébrer le début de l’année un mois après la Saint Sylvestre. Pour être exacts, ce n’est même pas le début de l’année civile car le calendrier grégorien est désormais respecté et le 1er janvier est bien la date officielle retenue.

Mais il y a plusieurs siècles, la dynastie régnant alors sur la Chine avait décidé de suivre les observations des ancêtres agriculteurs. Ces derniers avaient repéré qu’il y avait quatre saisons successives bien distinctes selon les températures, ce qui donna tout d’abord la notion d’année mais aussi l’idée d’un découpage en fonction de la lune et du soleil. C’est pourquoi dans l’Antiquité, il est alors décidé d’établir un calendrier lunaire et que ce dernier commencera au printemps, période de renaissance des cultures et de retour prochain des beaux jours.

Le Nouvel An chinois, ou donc Fête du printemps, est ainsi basé sur la lune. Pour les plus scientifiques, précisément le 11ème jour du 11ème mois du calendrier lunaire. Une date qui bien évidemment, varie chaque année, mais tombe inévitablement entre le 21 janvier et le 20 février. S’il faut faire plus simple, disons nous que le Nouvel An chinois tombe lors de la deuxième nouvelle lune après le solstice d’hiver, qui tombe le 21 ou le 22 décembre. Essayez avec les prochaines années pour tester !

Bien sûr, qui dit fête populaire dit aussi légende. Celle liée au Nouvel An explique pourquoi il est de tradition d’avoir du rouge dans sa maison et de faire claquer des pétards. Ainsi, il y aurait eu il y a très longtemps un monstre marin qui sortait de l’eau chaque dernier jour du calendrier lunaire pour aller dévorer les habitants du village voisin et détruire leurs cultures. Mais la population découvrit que la bête avait peur de plusieurs choses : du bruit, des flammes et de la couleur rouge. Ce monstre s’appelait « Nian », ce qui veut dire...année. Et c’est pourquoi dans les festivités, on retrouve beaucoup le rouge et les fameux pétards ! Bien sûr, il existe de multiples versions de cette histoire.

Bon Nouvel An chinois !

Crédit : http://buag.univ-ag.fr

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L’année du Cheval par la Monnaie de Paris
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La Monnaie de Paris célèbre à sa façon le nouvel an chinois
en émettant une pièce en or de 200 €.

Auteur : Monnaie de Paris

• Poids : 31,104 g
• Diamètre : 37 mm
• Tirage : 500
• Métal : Or 999/1000
• Valeur Faciale : 200 €

• Prix TTC : 1635,00 €

La manchette du site officiel de la Monnaie de Paris, le dit sans ambage : « Ici on frappe la monnaie et les esprits ».

Sur la face, un cheval inspiré de poteries chinoises apparaît à l’intérieur d’une frise décorative. L’idéogramme chinois symbolise l’année du Cheval.
Au revers figure le portrait de Jean de La Fontaine avec à ses côtés les 12 animaux constituant le zodiaque chinois.

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L’année du Cheval par La Poste

Les philatélistes n’ont pas été oubliés avec l’émission de cette planche par La Poste :

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Echos du spectacle équestre de Bartabas lors de la Nuit de Chine au Grand Palais

Cliquer pour lancer la vidéo

L’académie du spectacle équestre Bartabas a produit un spectacle inédit réanimant l’Armée de Terre Cuite de l’empereur Qin Shihuang (située à Xian en Chine, où l’on a retrouvé en 1974, quelques 8000 sculptures enterrées et grandeur nature).

Plus sur l’évènement "Nuit de Chine" au Grand Palais.

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Commentaires

  • Année chinoise du Cheval
    30 janvier 2014, par A.G.
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    Mao pendant la Longue marche, 1934-1935.

    Je sais, cette photographie va choquer : montrer ce tyran de Mao ! On ne m’ôtera de l’idée que la Longue marche est une épopée qui mérite d’être rappelée. Des milliers de kilomètres à pied, à cheval.
    A cheval ? Mais oui. Il n’est pas inutile de rappeler l’importance du cheval dans la culture chinoise.

    La place du cheval dans la culture chinoise

    Le 31 janvier 2014, le signe chinois du Serpent laissera la place à celui du Cheval lors du Nouvel an chinois. C’est l’occasion de s’intéresser à la place de cet animal dans la culture chinoise.

    Une ancienne passion L’amour des Chinois pour le cheval ne date pas d’hier. Aussi loin que remonte son histoire, vers 7000 an avant J.-C., les Chinois ont toujours eu une relation très privilégiée et une passion très forte avec cet animal. Beaucoup disent qu’en théorie, les Chinois n’auraient pu conquérir et administrer un aussi vaste territoire que la Chine sans le cheval. D’ailleurs l’empereur n’avait en sa possession d’autres moyens à part lui pour communiquer avec ses sujets, et leur faire connaitre ses décrets et ses volontés au 4 coin du pays. Les édits impériaux étaient transportés à dos de cheval d’une région à l’autre pour être lus ou affichés en place publique. Ce n’est qu’une théorie parmi tant d’autres mais la vérité est que le cheval (et son cavalier) a été à maintes reprises, un élément décisif qui pouvait modifier l’issue des batailles.

    On peut facilement se rendre compte à quel point ce "culte" du cheval est très important, et ce, grâce à la découverte de sépultures de propriétaires chinois où l’on aussi retrouvé les ossements de leur animal. A l’instar des pharaons qui étaient ensevelis avec leurs esclaves, le funeste destin de ces fiers destriers était de suivre leur maitre dans l’autre monde. Ceci démontre bien la place que tenait le cheval dans la vie et la culture chinoise. A l’époque déjà, on mesurait la puissance et la richesse d’un homme au nombre de chevaux qui tiraient son chariot.

    Il apparait à maintes reprises dans la mythologie chinoise. Il est souvent muni d’une paire d’ailes et il est associé la plupart du temps au dragon. La légende de l’empereur Huang Di, qui fut amené au Ciel par un cheval volant en est un parmi tant d’autres. D’un point de vue artistique, on constate que ce même cheval ailé revient souvent en peinture et en sculpture. Le pays était à cette époque souvent confrontée à des crises politiques et des guerres de frontières à répétition. De nombreuses nations frontalières menaçaient la Chine de toute part. Il est devenu évident que le pays avait besoin de chevaux pour combattre les ennemies potentielles. Il fallait donc s’approvisionner. Il est encore possible aujourd’hui de retrouver des écrits témoignant des tractations menées entre les autorités chinoises et les marchands de chevaux. A l’époque les chevaux étaient rares et donc très chers. C’est d’ailleurs le début des échanges avec les européens qui importaient en Chine des chevaux de races pures. Le pays a aussi fait beaucoup de commerce avec les pays voisins comme l’Inde. Cette recherche constante de nouvelle race pure pour améliorer la performance et la puissance des chevaux a conduit à l’ouverture de plusieurs types de commerce, comme celle de la soie.

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    Cheval piaffant, élégamment modelé avec le cou puissamment arqué,
    les yeux finement détaillés sont tournés vers le bas, les narines évasées,
    la bouche ouverte avec les dents apparentes et des oreilles couchées ;
    le corps orné d’un harnais décoré d’un gland ; long tapis de selle.
    Dynastie Tang (618 - 907 après J.C.)

    Vers 618-907 après J.-C. avec la dynastie des Tangs, le cheval acquiert ses titres de noblesses. C’est grâce à cette puissante famille que des programmes sélectifs furent mises en place afin d’obtenir des races pures sangs et améliorer ainsi le cheptel. Le cheval commence à inspirer beaucoup de respect. Non seulement pour sa noblesse et son caractère fier mais aussi parce qu’il a contribué à unifier un pays entier. Il est donc assez normal de le voir figurer parmi les animaux qui composent l’astrologie chinoise. Ce qu’il faut savoir sur le signe du Cheval c’est qu’il est souvent nomade et reste rarement en place. Les personnes nées sous ce signe possèdent en général un esprit vif et une présence rayonnante. D’ailleurs, on peut attribuer plusieurs inventions aux Chinois comme le collier de trait qui se porte au niveau du poitrail et qui ne gêne plus le cheval dans ses efforts et décuple ses forces. Les chinois ont mis un certain temps avant d’utiliser la selle et le harnais. Mais au fil des siècles, ils ont, sans aucune doute, apporté des modifications importantes sur ces accessoires indispensables afin de les rendre plus maniables et plus confortables. Les Chinois ont été les premiers a inventé les haras royaux. Comme l’animal était symbole de prestige, il était tout naturel que l’empereur possédait les plus beaux chevaux du royaume. Lire plus sur : Chine information.

  • Vent de Chine
    30 janvier 2014, par V.K.

    Qu’en dit-on en Chine ?

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    Le Vent de la Chine Numéro 4-5, du 27 janvier au 09 février 2014

    Le cheval astral est puissant, noble et ami de l’homme - un bon signe donc. Hélas dans le zodiac chinois, ces vertus sont en partie éclipsées par son élément, le bois, qui brûle et se consume. Il en dérive donc d’autres qualités moins désirables : il est irritable, voire même, pas franc du collier. On lui prête l’intention d’offenser cette année (par la position des planètes, en cosmogonie locale) le dieu « Taisui » de la fortune. Comme si le signe qui le précède, le serpent, l’avait vicieusement mordu, au moment de lui céder sa place. Autant dire que 2014 s’annonce comme une année à prendre avec des pincettes !

    Et de fait ce chunjie, festival du Printemps, s’annonce difficile. Au sud, des milliers d’usines ferment prématurément, faute de commandes à l’export. On sait déjà qu’une partie ne rouvrira pas...

    Autre misère, la pollution fait rage, dépassant souvent les 300 microparticules. Aussi les grandes villes s’apprêtent à bannir les pétards, au grand dam des habitants : un chunjie sans pétards pour écarter les démons, ce n’est pas un vrai chunjie, tout le monde sait ça !

    Puis il y a la campagne de retour à la frugalité... Au fil des décennies, on a vu défiler ces slogans, sursauts de vertu sans lendemain. Mais cette fois, ce n’est pas pareil. Jamais depuis Mao, la campagne n’a connu une telle sévérité. D’ordinaire, en janvier, les patrons abreuvent et choient le personnel. Mais les limiers sont partout, à éplucher les comptes et écouter les délations : personne n’ose plus inviter ailleurs qu’à la cantine. Les banquets sont expurgés de plats rares et « Maotai », les étrennes sont maigrelettes et le 1er prix de la tombola n’est plus un iPad mais un tube de dentifrice... Les plus malins offrent un catalogue Taobao, sur lequel on commande « sans frais », ses cigarettes ou une bonne bouteille. Rien de mal à recevoir uncatalogue, n’est-ce pas ?

    Retourner au village est toujours un cauchemar. Les Chinois achèteront 3,6 milliards de billets (258 millions de billets de train, 42 millions de billets d’avion, bus...) durant les fêtes - histoire de rapporter les cadeaux et de déguster à minuit, en famille, le banquet de bonne augure (carpe vapeur, raviolis, pomme et mandarine).

    Pour y parvenir, il aura fallu affronter la guerre des billets : sur internet, les hackers ont trouvé le moyen de flouer le système. L’un d’entre eux se vante d’avoir acheté 1245 billets en 10 minutes, pour les revendre à prix d’or. A cause de bandits comme lui (que les Chinois appellent « vaches jaunes », car l’espèce est inapte au travail), Mme Wang et sa fille, de Shenzhen, voulant retourner à Shenyang (2900km plus au Nord) ont dû acheter 6 billets et se résoudre à voyager 12 jours, pour le double du prix...

    Serrés par la crise, 57% des Chinois craignent n’avoir pas assez d’argent pour faire face aux dépenses - souvent jusqu’à 6 mois de salaire. Parmi ceux qui renoncent au voyage, 25% citent leur budget comme raison principale. D’autres préfèrent rester par peur de voir les parents les forcer à un mariage express.À Shenzhen d’ailleurs, une brave mère désespérée vient de louer à prix d’or, la « Une » d’un journal de Melbourne, pour supplier son fiston de rentrer, promettant alors de renoncer à toute pression pour lui faire mettre la bague au doigt !

    Une fraction de Chinois auront choisi de partir à l’étranger, souvent en famille : environ 32 millions cette année. Misant sur les festivités du 50ème anniversaire des relations bilatérales et sur le visa dont elle vient de réduire le temps de formalité à 48h, la France en espère quelques centaines de milliers. Les destinations les plus populaires, pour la classe moyenne, restent Thaïlande, Hong Kong, Macao et Taiwan. Et pour les plus riches, Taiwan se classe n°3, les Etats-Unis n°2, et de manière très inattendue, le Japon n°1. Le pays du Soleil Levant offre un service de très bonne qualité, et le jeu des monnaies leur offre une ristourne de 25% par rapport à 2012.

    Enfin, comme à chaque chunjie, le Parti et l’Etat multiplient les promesses : faire plus d’efforts pour purifier l’air, la nourriture, et nettoyer un peu la TV du fléau de la publicité. Ils assurent aussi qu’ils respecteront la « créativité des paysans ». Cette formule sibylline signifie qu’ils envisagent de leur remettre en partie le droit de vendre leurs terres, brisant ainsi le dogme de la propriété publique

    Crédit : http://www.leventdelachine.com/