Prix Duménil à Philippe Sollers & Anne Wiazemsky
pour L’Eclaircie & Une année studieuse


Le prix Duménil leur est remis ce
14 juin à l’hôtel Montalembert, à Paris.

Cette année le jury composé de l’écrivain et journaliste Eric Neuhoff, du cinéaste Pascal Thomas,des écrivains Stéphane Denis et Marc Lambron, a élu deux gagnants : Philippe Sollers pour « L’Eclaircie », que Lambron décrit comme un « bonheur ponctué », et Anne Wiazemsky pour « Une année studieuse ». Deux romans, publiés en janvier dernier chez Gallimard, qui plongent le lecteur dans la mémoire et l’intimité des deux auteurs.

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ANNE WIAZEMSKY, née en 1947 à Berlin, a été comédienne chez Bresson, Godard, Pasolini, Tanner, Garrel... Ecrivain, elle est notamment l’auteur de « Canines », « Jeune Fille », « Mon enfant de Berlin ». (© Photo Sacha)

Ce Prix créé en 2007 par l’homme d’affaires Alain Duménil [1] est accessoirement l’un des mieux dotés parmi les récompenses littéraires, puisqu’il s’agit, rien moins que d’une récompense de 60.000 Euros.
Seule ombre au tableau, les deux auteurs ont dû se partager la somme attribuée, et sont donc repartis chacun avec 30.000 euros. Ils n’ont plus qu’à méditer Sénèque, pour qui « un bien n’est agréable que si on le partage ».

(GIF) Les lauréats du Prix Duménil

Le prix couronne chaque année le livre d’un auteur de langue française - roman, récit, biographie, essai ou document - paru entre le 1er janvier et le 31 mai 2012. Les deux nouveaux lauréats seront en bonne compagnie :

- 2011 Patrick Besson Come Baby (Mille et Une Nuits)
- 2010 Franz-Olivier Giesbert Un très grand amour (Gallimard)
- 2009 Charles Dantzig Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (Grasset)
- 2008 Jérôme Garcin Son excellence, monsieur mon ami (Gallimard)
- 2007 Emmanuel Carrère Un roman russe (POL)

Crédit : BibliObs, Evene, Prix littéraires

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Une année studieuse, (extrait)

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« Cet homme qui m’aimait et que j’aimais... »

Un jour de juin 1966, j’écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux « Cahiers du cinéma », 5, rue Clément-Marot, Paris-8e. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film, « Masculin Féminin ». Je lui disais encore que j’aimais l’homme qui était derrière, que je l’aimais, lui. J’avais agi sans réaliser la portée de certains mots, après une conversation avec Ghislain Cloquet, rencontré lors du tournage d’« Au hasard Balthazar » de Robert Bresson. [...]

Lentement Jean-Luc m’attira vers le lit en retirant mes vêtements, les siens. Il me guidait avec une infinie délicatesse, attentif au moindre de mes tressaillements, anticipant un baiser, une caresse. Ses mains sur ma peau me procuraient des ondes de plaisir qui me bouleversaient. Comme me bouleversa sa façon de me faire l’amour. Je sus tout de suite y répondre : nos corps s’étaient immédiatement accordés, « trouvés », comme il me le dira plus tard. Je réalisais que je venais de faire vraiment l’amour pour la première fois de ma vie, que j’aimais ça. Un monde de plaisir s’ouvrait devant moi, grâce à cet homme qui m’aimait et que j’aimais. La gratitude, l’envie de l’embrasser, de mieux connaître son corps, de tout lui donner du mien, tout cela m’étourdissait. [...]

lire la suite (PNG)

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L’Éclaircie sur pileface

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Extrait en avant-première
L’Eclaircie (I) : Premier dossier
L’Eclaircie (II) : L’hymne à Manet & Extraits
L’Eclaircie (III) : Analyse lexicographique
L’Eclaircie (IV) : Aux Bernardins
L’Éclaircie (V) : Le regard des dieux grecs
L’Eclaircie (VI) : Invraisemblable Góngora
Picasso et Matisse dans L’Éclaircie

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(PNG) L’Eclaircie, de Philippe Sollers, c’est aussi un film (signé Sophie Zhang et G. K. Galabov, projeté, la semaine dernière, dans le grand auditorium de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière et que l’on trouve, en attendant mieux, sur le site Internet de l’auteur de Femmes). Haydn y dialogue avec Manet. Une demoiselle d’Avignon " ravissante " danse sur un concerto pour luth de Vivaldi. Les femmes de Manet croisent celles de Picasso. Conchita, la petite soeur, morte à 8 ans, ressuscite à la mine de plomb. Et les premiers autoportraits du peintre... Et Lautréamont en lever de rideau... Et le regard obsédant de Rimbaud, contrebandier de la musique, qui nous poursuit jusqu’à la dernière image... Une phrase, parce qu’elle dit l’héroïsme solitaire de Picasso et parce qu’elle fait, aussi, écho à un autre film, " La dialectique peut-elle casser des briques ", tourné par le prochinois René Viénet au début des années 70, pourrait servir d’exergue au film : " Les murs les plus forts s’ouvrent à mon passage. "(PNG)

Bernard-Henri Lévy
(extrait de sa chronique dans Le Point 16/06/2012

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(GIF) Le film

Nota : Ce film avait, initialement, été présenté lors de La Conférence de Philippe Sollers au Collège des Bernardins, le 23 janvier 2012.

Crédit : http://www.philippesollers.net

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Godard, Mauriac et moi

Le Nouvel Observateur
22-12-2011

Un an après avoir tourné avec Robert Bresson, Anne Wiazemsky, alors âgée de 19 ans, rencontre Jean-Luc Godard, qui l’épouse et la fait jouer dans « la Chinoise ». Elle raconte cette année folle dans un roman-souvenir.

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Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky au Festival d’Avignon en 1967
© Heritage Images-Leemage

Voici les souvenirs insolents d’une jeune fille pas rangée. En 1966, elle avait 19 ans et, malgré ses airs timides et son profil de madone rousse, n’avait pas froid aux yeux. Il est vrai que, dans son sang, bouillonnait du sang russe. Fille du prince Yvan Wiazemsky, disparu quatre ans plus tôt, Anne était aussi la petite-fille de François Mauriac, chez qui elle habitait avec sa mère, Claire, et son frère, Pierre (le futur Wiaz, bien connu de nos lecteurs). En somme, le grand écrivain catholique abritait sous son toit une petite boyard guère orthodoxe.

Dès l’année précédente, l’élève de l’école Sainte-Marie avait commencé à ruer dans les brancards. En compagnie d’un âne, elle avait en effet accepté de tenir le premier rôle dans le film de Robert Bresson « Au hasard Balthazar », prouvant ainsi qu’elle pouvait, en même temps, gagner le cinéma et perdre sa virginité. A son grand-père Mauriac, elle avait alors emprunté une phrase qui deviendrait sa devise : « Le bonheur, c’est d’être cerné de mille désirs, d’entendre autour de soi craquer les branches. »

Et le désir prit le visage de Jean-Luc Godard. Au cinéaste de « Pierrot le Fou » et du « Mépris », qui était passé en coup de vent sur le tournage du Bresson, elle écrivit une lettre pour lui dire qu’elle l’aimait. Il lui répondit en accourant sur son lieu de vacances, dans le Midi, et en se jetant dans les bras de celle qu’il appela son « animal-fleur ».

Seulement voilà, tout s’opposait à leur union. Anne était mineure (la majorité était encore à 21 ans), préparait son bachot, était cornaquée par une mère très suspicieuse, et vivait sous l’autorité morale de François Mauriac. Quant à son amant, il avait tout pour déplaire à une famille bourgeoise et célèbre : il était de dix-sept ans son aîné, venait de divorcer d’Anna Karina, en piquait pour Marina Vlady, avait la particularité d’être un protestant suisse d’obédience maoïste et réalisait des films peu académiques.

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Evidemment, plus les convenances plaidaient contre lui, et plus Anne était attirée par lui. « Une année studieuse » (plutôt les vacances de l’esprit, du coeur et du corps) est l’histoire du combat mené par une jeune fille pour exhausser cette folle passion et même l’officialiser - leur mariage fut célébré clandestinement, le 21 juillet 1967, au pays de Vaud.

Dans ce tourbillonnant roman d’amour et d’éducation, Anne Wiazemsky dresse un portrait inédit de Godard en trentenaire sentimental, sensuel, possessif, hypersensible, gauche, prompt à sangloter, fan de Louis de Funès, mais aussi crâneur, colérique et ambitieux. On voit également la petite-fille de l’auteur de « Thérèse Desqueyroux » réviser la philo du bac au bois de Boulogne avec Francis Jeanson ; entrer à la fac de Nanterre pour y rencontrer Daniel Cohn-Bendit, qui en appelle à la « solidarité des rouquins » ; dîner avec Trufaut, Cournot, Rivette, Sollers, Bertolucci ou Jeanne Moreau ; skier aux côtés d’Antoine Gallimard, dont Godard juge le tracé des skis aussi harmonieux que le graphisme de la NRF ; tourner « la Chinoise » dans l’appartement qu’elle partage avec son mari ; partir enfin pour le Festival d’Avignon, où ce film, que Jean Vilar persiste à appeler « la Tonkinoise », et qui annonce Mai-68, est projeté dans la Cour d’Honneur.


La Chinoise (Trailer) Godard par CineticCinema

La Chinoise de Godard : voir aussi ici.

Tout cela mené au rythme trépidant d’une jeunesse qui voudrait dévorer le monde, voir tous les films, lire tous les livres, épouser toutes les idées neuves, et n’est jamais rassasiée. Car l’auteur de « Jeune Fille », dont la mémoire est prodigieuse, n’a pas son pareil pour se glisser avec naturel dans sa peau d’adolescente, rendre électrique le temps éteint, reconstituer des dialogues effacés, coloriser une époque en noir et blanc. C’est bien simple, on dirait, insouciant et soucieux à la fois, une oeuvre de la Nouvelle Vague.

J. G.

Une année studieuse, par Anne Wiazemsky,
Gallimard, 2012
272 p., 18 euros.

En librairie le 5 janvier.

[1] P-DG du groupe de luxe Alliance Designers, propriétaire de la société immobilière Acanthe Développement et des Cahiers de l’Herne, entre autres.

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Commentaires

  • > Prix Duménil à Philippe SOLLERS & Anne WIAZEMSKY
    16 juin 2012, par A.G.
    « "La dialectique peut-elle casser des briques", tourné par le prochinois René Viénet au début des années 70 » écrit BHL dans son dernier bloc-notes (cf. Le Point)... René Viénet « prochinois » ? Hum... C’est sans doute un « détournement » terminologique involontaire de notre philosophe (« Aléa de la parole vive » ?). Sinologue, René Viénet fut en effet membre de l’Internationale situationniste de 1963 à 1971. En 1971, il préfaça Les Habits neufs du président Mao de Simon Leys publié aux éditions Champ libre. Quant à La dialectique peut-elle casser des briques (1973), « le premier film entièrement détourné de l’histoire du cinéma » (première phrase du commentaire du film), on peut le voir sur ubuweb.