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François Rouan et Sollers
L’art du tressage
J’aime filer la métaphore de l’artisan-tisserand pour qualifier l’art de Phiippe Sollers. Il entrelace, montre, cache, tord les citations pour en révéler l’emprunte, la sienne - à l’image du Suaire de Turin, rien de moins. Mais oui. Cet écrivain vit en Paradis, depuis longtemps déjà, belle constance, préférant l’air pur du ciel, à l’air moisi et tristounet de la morosité d’en bas. C’est lui faire un mauvais procès, je crois, que de qualifier son grand usage des citations, à l’image de son dernier livre : « une vie divine », comme de la contre-façon ou du vulgaire coupé-collé. Tout d’abord, en peinture, Matisse en a fait des ?uvres d’art. Et Sollers répond par anticipation à ses nouveaux détracteurs : « je ne cite pas, je montre ». Les mots appliqués à l’art de François Rouan, on pourrait aussi les dire pour Philippe Sollers dont le métier à tisser enverge les fils de trame et fils de chaine, avec jubilation et bonheur dans les effets. (N’est-il pas beau ce verbe « enverger » que sûrement, Sollers, voudrait l’avoir inventé ?)...On travaille en apparition et disparition des fils pour constituer le motif et l’armure du livre. Ainsi, tour à tour, à découvert et masquées, surgissent et se dérobent les citations, pour réapparaître plus loin agrémentées de fils fantaisie. Ne pas oublier le côté esthétique et ludique de la chose. Le mot et la chose. Deux experts du tressage, non ?
Un autre expert :
Roland BARTHESBarthes l’a déjà fait remarquer : texte, tissu et tresse sont des mots de même origine signifiante. Dans le plaisir du texte, il y revient : Crédit : c’est à Dominique Brouttelande, un lecteur avisé de ce site, que je dois de m’avoir guidé vers François Rouan, pour compléter ma métaphore. Illustration : Mappe, blonde jaspée de brume mate, Laversine, 2003-2005. Peinture à la cire sur toile. 185 x 135 cm. galerie Daniel Templon
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