![]() CÉLINE : Exceptionnelle correspondance inédite et inconnue
Au Docteur Gentil : 36 documents (1939-1948) mis en vente
Exceptionnelle correspondance inédite et inconnue de Louis-Ferdinand Céline au Docteur Alexandre Gentil de 1939 à 1948. Le catalogue des ventes Artcurial des 9 et 1O mai 2011 indique :
36 lettres et pièces a.s. (3 signées par pseudo, 3 non signées, 2 signées par Céline et Lucette, 1 signée seulement par Lucette), un total de 116 p., la plupart gr. in-4, d’autres de formats divers, certaines avec enveloppes (Paris, Copenhague, Korsor, Nice). Une carte postale a.s. Le Dr. Alexandre Gentil, médecin militaire, est un ami de Céline et de Lucette méconnu. Ils se rencontrent au Val-de-Grâce en 1914, puis au Mont-valérien. Fortement marqué par la boucherie de 14-18, comme Céline, il revient éc ?uré et très critique. en 1933, Céline le recommande à son ami Charles Bonabel, chirurgien à Beaujon. sous l’Occupation, Gentil est membre du Cercle européen, que fréquenta Céline. il héberge des collaborateurs, certains envoyés par Céline. Gentil est l’un des premiers correspondants de Céline lorsqu’il est en prison. en 1945, celui-ci lui recommande sa secrétaire, Marie Canavaggia. Gentil est directeur et propriétaire de la Clinique et Maison de santé de Nogent-sur-Marne, spécialisée dans le traitement de la thyroïde. Ils ont de nombreux amis communs : Gen Paul, Le Vigan, Jo Varenne... et leurs confrères les docteurs Clément Camus et Auguste Bécard. Leur correspondance, restée inédite depuis toutes ces années, est essentielle pour la compréhension des années noires de Céline, sa fuite et son exil. Epinglons quelques lettres de cette importante correspondance : - en sept. 1939, Céline vit chez sa mère rue Marsollier, dans le quartier de l’Opéra. sans emploi, il va tenter d’entrer comme médecin à l’Opéra Comique grâce à l’appui du Dr. Gentil. Les lettres sont violemment antisémites, Céline répète l’image du Juif prenant la place du Français... et puis la franc-maçonnerie. Dans ses premières lettres au Dr. Gentil, il ne cache pas son opinion, dit les choses telles qu’il les pense, alors qu’ensuite il s’exposera moins. ses lettres ne sont cependant pas dépourvues de son humour habituel : « Je suis pourri d’ambitions. On me dit qu’il n’y a pas de médecin à l’opéra, est-ce exact ? Qu’ils sont tous partis plus ou moins en zone libre... Pour raisons juives... Ces-bruits-m’affriolent... ». « Pour l’O.C. [Opéra Comique] je me suis expliqué de travers. Je serai bien entendu infiniment flatté d’être de l’O.C. Mais tu sais le chant, moi... Je ne suis pas initié. Tandis que je suis féru, ravagé par la danse. Alors puisqu’il s’agit de mirages ! Je préfèrerais l’opéra. C’est dans ce sens que je t’écrivais. Et pour que simplement tu tâches de savoir par ?ceux’ de l’opéra s’ils ont des disponibilités éventuelles - lointaines... Vaguement possibles... A moins que la chose soit simplement comme je le soupçonne tout bonnement réservée aux juifs et aux internes. Dans ce cas il faudrait que je me dispose encore à provoquer l’émeute. C’est bien mon souci... » - saint-Malo, s.d. Lettre décrivant saint-Malo, ville assiégée, meurtrie, mais où transparaît l’intense amitié de Céline : « Dans cet univers de fou, Saint-Malo n’est pas épargné tu t’en doutes ! Ils ne savent plus si ils nous chassent nous rasent nous brûlent nous assassinent nous font crever de fin, d’enculage ou de faim ! Enfin on rentrera au début de mars. Heureusement il fait beau, glorieux, mirifique ! [...] On peut mettre tous les plaisirs de vivre sur la grosseur d’une tête d’épingle ! Celui de rencontrer et de te connaître tient déjà de l’extravagance ! Ici rien trouvé d’azoté, d’hydraté ou de glycériné. Rien. Ils sont mêmes parvenus à boucher la mer. Plus un poisson ! Tout est défendu ! S’enculent ils au moins ? »
- 1944. Preuve indéniable des liens importants qui reliaient les deux personnages, le Dr. Gentil est l’une des rares personnes que Céline avertit de son départ en juin 1944. Lettre du 15 juin 1944 : « Mon bien cher vieux, il a fallu d’une façon pressante partir à la campagne ! Bien chagrinés tous les deux de ne t’avoir pas vu avant le départ ! Mais je n’osais pas téléphoner, j’espère que ce ne sera pas long. » Ce voyage durera sept ans et produira trois livres. Nous apprenons qu’à sa demande et à mots couverts, le Dr. Gentil « recevra » - il faudrait lire « mettra à l’abri » -, Gen Paul et Le Vigan.
- Le 30 août 1945, il continue d’écrire sous le nom de Lucette Almanzor et transforme son écriture, message codé certainement, annonce la mort de sa mère. il aimerait voir et parler avec le Dr. Gentil.
« c’est plus sûr et le nom est réel et ne fera pas ?tiquer’ ... dans notre cas. ... J’ai bien mal à la tête et au bras j’aurais grand besoin de tes soins et de ta conversation. Je ne vis ici qu’en état d’isolement moral quasi-total ! ... Les jours passent lourds comme du plomb. »
il voudrait avoir des nouvelles de Jo Varenne (propriétaire du Moulin de la Galette). A mots déguisés, il soumet au docteur son avis sur son état judiciaire : « Je traîne encore bien péniblement mon état. Il me faudrait sans doute m’affirme-t-on ici une opération ? (L’amnystie [son amnistie] l’appellent-ils à peu près...). Qu’en pensez vous ? Mais c’est une opération grave et rarement tentée ».
A cette lettre, Céline joint une liste de clefs de lecture des noms employés dans sa lettre : « Pour l’intelligence de cette lettre : Henri c’est moi et Courtial, Montcalm = Bouvilliers un ami acteur qui vient de perdre un enfant, le mécène = Bignou marchand de tableaux »... ses commentaires sur Marie Carnavaggia deviennent crus, voire cruels : elle « est admirable mais imbaisable tu t’en rendras compte - Donc platonique et hystérique - et Corse. Jalouse de Lucette à en crever etc. ».
« Je n’ai trouvé là-bas dans le groupe que trois véritables patriotes Laval que je n’aime pas, le Dr. Jacquot et moi-même - patriotes absolus déroulédiens fourvoyés-trompés. » il termine en évoquant la politique française vue de Copenhague : « D’ici 10 ans il n’y aura pas un juif qui n’ait été à Buchenwald et dévoré quarante et une fois vif par les chiens nazis. Pas Blum toujours ! Ni Daladier ni Raynaud ! Ils ont été traités cent mille fois mieux que nous par les Niebelung ! Ni Henriot le gros laid ! On ne sait de quel côté dégueuler davantage. » Sévère sur Elsa Triolet : « Encore une mièvre petite conne ! Quel salsifis son jus pas plus que son mari Aragon ! Cette Elsa Triolet qui est russe avait traduit pour les soviets mon Voyage qu’elle avait d’ailleurs amplement truqué, falsifié, etc... »
- vers nov. 1945. Importante lettre de 7 p., entête ms. de Lucette Almanzor. rapporte ce qu’il a enduré à Neurupin, puis à Sigmaringen, sa non-implication : « moi j’ai pratiqué la médecine uniquement la médecine et le défaitisme. Le malheureux Le Vigan a gueulé au micro ! Il est tombé dans le piège. [...] J’avais l’alibi médical. Lui il n’avait plus que l’usine ! Soumis et lèche cul et serviable - Il a eu un peu à bouffer [plus] que nous Lucette et le chat et nous avons continué à crever stoïquement de faim à coté des ministres qui bouffaient eux 4 rations par jour. On nous a logé pire que des porcs et quel travail de jour et de nuit ! Sans médicaments sans lumière ! Un martyr ! Et bombardés ! Et menacés ! Et espionnés ! [...] Je me sens encore l’âme beaucoup plus souffrante et mal foutue que mon portrait. Et les fumiers qui me salissent. [...] Je n’aime pas l’Allemagne et les allemands. Mes goûts vont vers l’Angleterre et les Amériques où j’ai passé ma jeunesse. [...] Mais je me suis sacrifié pour que les boucheries finissent ! merde qu’elle réussite ! C’est moi que l’on tient à éventrer ! Qu’ils crèvent désormais tous [...] Le cynisme seul est intelligent. [...] Lorsque les Fritz étaient au sommet de leur courbe, avant Stalingrad, que l’on les croyait gagnants. [...] et que j’aurais eu 100000 raisons de profiter des circonstances je leur ai chié dans les doigts, je les ai traité aussi insolemment que possible. Je n’aime pas les vainqueurs. »
- Le 28 oct. 1945, Céline envoie une coupure de presse, annotée et légendée, à propos de l’ambiance au Danemark tellement plus dégagée que l’hypocrisie française : « Il n’ y a plus de censure ici - Tu peux le voir par la coupure que je t’envoie à propos d’une visite des maquisards Danois à Stockholm parue dans « Politiken » le plus grand journal Danois - » « Les Libérateurs Danois à Stockholm / Que l’on se dirait aux bons vieux jours de la Gestapo ! » - Très importante et longue lettre courant novembre 1945, 8 p. écriture très serrée, couvrant toute la page. Très virulent sur l’état politique et social désastreux de la France, il est sans cesse dans la référence historique, l’exclamation. Approximatif dans les chiffres, du plus pur style célinien : « Tu me dépeints admirablement une atmosphère de haine et d’hystérie politique dont la France est toujours chroniquement malade avec accès de haute fièvre cyclique - St Barthélemy-91-71 etc... Il faut avoir été a Buchenwald pour être vraiment français respectable - les 100 000 morts de cette guerre [ ! ?] Font infiniment plus de tapage que les 2 millions de l’autre - Le cinéma et la radio sont passés par là. - Je crois que ceux qui ont joué Buchenwald ! sont aussi idiots que ceux qui ont joués collabo. Ils auraient tirés de toutes les manières les marrons du feu pour les trusts étrangers. La France n’a rien à voir dans cette histoire. Cocus partout - En haut les hystériques mégalomanes en bas ces moutons furieux- tu as raisons je me ronge aussi de nostalgie pour des prunes. [...] Les miens sont en ce moment trop méchants - ils faut qu’ils se bouffent. [...] Les traîtres sont tout de mêmes trop rares pour éponger toutes cette colère... » Il a très froid, mais écrit son roman (Féerie...). Bartholin est malade : il « a fait soudainement la syphilis du tertiaire plein le visage et le corps - il est affreux - il ne s’en doutait pas - il a du se faire enculer par un vilain matelot- le chancre rectal est passé inaperçu - La vérole et la gono font d’ailleurs de forts ravages dans ce pays autrefois indemne ». Prophétise la mort violente de Denoël, qui sera effectivement assassiné le 2 décembre 45 : « Mon éditeur Denoël est en passe d’emmerdements. J’ai grand peur qu’on l’épure pour finir ». revient sur Buchenwald, avec une vision très personnelle : « La véritable histoire de Buchenwald doit être curieuse à connaître. Je suis persuadé qu’au fond de ces horreurs certains détenus ont connu une relative bonne vie, et certains ont fait fortune au marché noir [...] Il y a toujours quelque chose de plus abject de plus fumier que les pires bagnes que les pires institutions - c’est l’homme - il n’est jamais surpassé. ... L’humanité se débat dans le grotesque et le massacre et la pourriture - ce sont des bouffons de charnier. Pauvres moteurs à merde leur sort est merdeux comme le reste ». Veut savoir à quel prix sont vendu ses livres sur les quais, le Voyage. « Il faut être anti-allemand, ?philosémite’ et républicain. Ou cesser d’être français... Moi qui était si bien anarchiste qu’ai-je été me foutre sous un pavillon de connards ! Et perdants en plus ! Et cocus ! Hais ! Honnis ! Massacres ! » Le Dr. Gentil s’inquiète de leur situation pécuniaire : « Nous pouvons toujours très bien tenir quatre et cinq ans - [...] d’ici là je bouffe les bénéfices du Voyage [au bout de la nuit] Le grand succès de l’époque. Il m’a valu tant de prunes qu’il peut bien à présent me sauver la mise. »
Nous remercions Monsieur Eric Mazet, coauteur avec Gaël Richard et Jean-Paul Louis du Dictionnaire de la correspondance Céline (à paraître), de nous avons donné des détails biographiques sur Alexandre Gentil. 90 000 - 100 000 ? Crédit : catalogue de vente Artcurial D’autres correspondancesLouis-Ferdinand Celine : L.A. à Jeanne Le Gallou, amie de Quimper et au peintre Henri Mahé, 1947
Incomplète. Raconte les difficiles conditions de vie après sa sortie de prison à sa « Chère Jeannette » : « Lucette a pu tenir seule de harengs fumés et de lait écrémé ! (nourriture de cochons). Pour ma part, cette bonne gamelle des prisons du roi Christian X [roi du Danemark] m’a tenu en vie, mais pas fort ». sa santé en a été fragilisée : « On m’a emporté à l’hôpital avec une pellagre grave (maladie que l’on avait pas vue depuis 200 ans !) et puis une mycose généralisée attrapée en cellule. Que je ne pouvais plus ni me coucher ni m’assoir tellement j’étais à vif. » A propos de la réédition de « Mort à Crédit » : « Mes amis juifs [mot souligné] d’Amérique ont fait le nécessaire. ils m’adorent. Je ne parle pas des Aryens, fumiers et cie. Je divise d’ailleurs l’humanité en 3 catégories, les persécutés, les persécuteurs et les voyeurs. Je crois que les voyeurs m’éc ?urent encore au maximum : Je trouve pour eux la bombe atomique d’un kilo bien petite ! Au moins une tonne ! » Dans la suite de la lettre (incomplète) adressée à Henri Mahé, il parle de sa défense par trois avocats. « Un 4e ? Certes ! Pourquoi pas ? Comme les mousquetaires. » Demande aussi l’adresse de l’actrice Marie Bell, qui doit venir le voir avec maître Naud, son défenseur français. Bibliographie : Céline, Lettres, Pléiade, n° 47-44. 1 200 - 1 500 ? vent_artcurial9-05-2011-1.pdf] 9 et 10 mai 2011. Un dessin original de Céline, 1936Fusain sur papier fort à grain. 49 x 60,8 cm. signé et daté bord droit bas, « L.F. Céline. Oct. 36. », restaurations. L’ ?uvre de Céline est riche en bateaux pris dans la tempête ; dans « Mort à crédit », son père lui-même en dessine de manière obsessionnelle : « Pour éviter la rancune, il s’est lancé dans l’aquarelle. il en faisait le soir après la soupe. Je le voyais tard dessiner, des bateaux surtout, des navires sur l’océan, des trois mâts par forte brise, en couleurs. » Provenance : présenté par Gen Paul au restaurateur Raymond Bois, Céline dîna souvent au restaurant de ce nouvel ami ; en échange de ces repas servis gratuitement, l’écrivain lui fit don de livres et du présent dessin. Estimation : 800 - 1000 ? Crédit : Catalogue vente Livres et Manuscrits, Artcurial, Paris - 9 10 Mai 2011 |
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