![]() Journal du mois de mars 2011
Japon, Libye, Gallimard, Kafka
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Japon Comment parler d’un torrent d’images, toutes plus catastrophiques les unes que les autres ? Tremblement de terre, tsunami géant, centrale nucléaire abîmée, malheur, morts, peur, ouragan de boue, radioactivité, Fukushima rimant brusquement avec Hiroshima, milliers de disparus, l’enfer. Je laisse la parole à Paul Claudel en 1923 : Était-il nécessaire dans ces conditions d’installer des réacteurs nucléaires au bord de l’eau ? Tout de suite, polémique mondiale sur le nucléaire. Êtes-vous pour ? Contre ? Tout le monde parle en même temps, sauf les réfugiés et les corps qui ont tout perdu. Qu’est devenue cette jeune femme agitant un drap blanc à la fenêtre de sa chambre, au dernier étage d’un immeuble cerné par l’eau ? On ne sait pas. Libye Fallait-il intervenir en Libye contre le fou meurtrier Kadhafi ? Sans doute, mais plus tôt aurait été mieux, afin d’éviter un enlisement probable. Vous êtes maintenant priés d’admirer les merveilles de la technique, nouvelles armes, perfectionnements en tout genre, obscurité, frappes, Dieu reconnaîtra les siens. Y a-t-il des guerres justes ? Sûrement, à moins de suivre le cynique et infréquentable Céline : Ou bien : Et dans Voyage au bout de la nuit : Si je suis personnellement pour le "printemps arabe" ? Mais bien sûr ! À fond ! À bas Ben Ali, Moubarak, Bouteflika, Mohammed VI ! Vive les insurgés du Yémen et de Bahreïn ! Il paraît qu’assassiner Kadhafi serait mal vu des chefs d’État en exercice. Et alors ? Ce serait quand même plus simple, et moins cher.
GallimardJoyce, Céline. Extrait de « Gallimard, le Roi Lire » (durée : 3’50") Les éditions Gallimard fêtent leur centenaire, c’est-à-dire leur insolente jeunesse. Depuis mon petit bureau de la revue trimestrielle L’Infini (le numéro 114 vient de paraître), j’observe ce lieu, unique au monde, où des grands écrivains morts sont plus vivants que jamais. Avec un peu d’imagination, on les rencontre ici tous les jours. Ce matin, par exemple, Gide est concentré, Claudel furieux, Malraux et Aragon agités, Sartre grognon, Camus soucieux, Paulhan évasif, mais Queneau rit de son rire chevalin célèbre. Majestueux, Gaston passe en dandy jardinier. Valéry virevolte, Cioran s’amuse, Bataille essaie de se débarrasser de Blanchot, Artaud murmure des exorcismes, Genet vient chercher de l’argent liquide. Le duc de Saint-Simon est très surpris de ses huit volumes en Pléiade impeccablement présentés, et d’être, en même temps que Retz ou Sévigné, considéré comme un "écrivain français". Sade apprécie ses élégantes gravures pornographiques du XVIIIe siècle, Voltaire sourit en caressant les treize volumes de sa correspondance. Montaigne, Pascal, Bossuet, Molière, La Fontaine, Diderot, Rousseau, Chateaubriand, Balzac, Stendhal, Baudelaire, Flaubert, Lautréamont, Rimbaud, Mallarmé, Proust, Breton, Céline, passent en coupe de vent dans les arbres. Peu importe qu’ils se détestent ou s’ignorent les uns les autres, ils volent, c’est l’essentiel. Avec la nuit, la Banque centrale de la Littérature, paquebot romanesque géant, largue ses amarres et flotte à travers les siècles, sur des heures liquides. À son poste de commandement amiral, Antoine, l’heureux propriétaire des lieux, a d’ailleurs, sur sa cheminée, une maquette de bateau à voiles. Céline. Extrait de « Gallimard, le Roi Lire » (durée : 3’33") Kafka La situation politique française me laisse assez froid. Le gros steak de DSK, avec salade préparée par sa femme, a un peu disparu dans la tornade de l’Histoire. Une finale DSK-Sarkozy a déjà l’air d’un vieux film. Non, non, une vraie finale féminine Martine-Marine, voilà ce qu’il nous faut pour électriser visiblement le pays ! En attendant, je vous propose de relire les Lettres à Max Brod, de l’immortel Franz Kafka [1]. Ainsi, le 30 juin 1922 : Kafka, un mois après, explique pourquoi il ne veut pas voyager : Et puis : Philippe Sollers, Le Journal du Dimanche, 27 mars 2011. [1] Rivages poche/Petite Bibliothèque. |
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