![]() Images de Jacques Derrida (deux films et une photographie)
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« Derrida », un documentaire de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman 2002) Une photographie de Serge Picard (22 mai 2002) — Le bel et différent.MP3 restauré le 29-04-13 « Si j’écris, c’est parce que je pense que cela vaut mieux que mon image. »
« D’ailleurs, Derrida » (1999)« Dans D’ailleurs, Derrida, tous les mots sont intraduisibles. Il nous faudra donc, à l’un ou à l’autre, préciser en quoi ce film fut un film intraduisiblement « français », certes, appartenant à la langue française, et pourtant aussi peu français que possible, vraiment venu d’ailleurs et appelé ailleurs. Pour ces deux raisons, il serait appelé à passer les frontières, s’il les passe, tout en sauvant son intraduisibilité, comme une sorte de chasteté qui s’exhibe sans se livrer - et se donne sans se trahir. Jamais il ne disperse son secret, alors même qu’il semble en disserter. Cette intraduisibilité serait en somme la crypte du film, elle en garderait le corps parlant. Le film ne parle que du secret, « secret » reste son thème privilégié — autour de la figure du marrane qui porte un « secret plus grand que lui et auquel il n’a pas lui-même accès ». « Le secret doit être respecté » répète en improvisant l’Acteur qui en fait même, un peu sentencieuse- ment, une éthique et un principe de résistance « politique » au totalitarisme. Intraduisibilité, donc, et qui ne doit pas faire peur, au contraire, à ceux qui veulent internationaliser la télévision ou le cinéma. » Jacques Derrida, Saffa Fathy, Tourner les mots. Autour d’un film, 2000.
Ni fiction, ni documentaire, D’Ailleurs, Derrida met en scène la parole du philosophe Jacques Derrida dans quatre pays où il a vécu et enseigné, et avait ses racines : l’Algérie, l’Espagne, la France et les États-Unis. Derrida se donne avec une générosité rare comme « matériau pour l’écriture de ce film », selon son expression. Nous devenons les compagnons d’un penseur qui nous reçoit, nous invite à écouter sa pensée et, en toute intimité et simplicité, parle de l’Écriture, du Pardon, de l’Hospitalité, de la Responsabilité, de la Femme, de la Communauté... Et aussi de sa mère et de son pays natal, l’Algérie... D’ailleurs, Derrida, Safaa FATHY, Égypte/France, 1h08, 1999, Documentaire. Générique * Scénario et réalisation : Safaa Fathy
Note d’intention
« D’ailleurs, Derrida » est un film qui porte bien son nom. L’ailleurs de l’Europe, l’ailleurs de la pensée, l’ailleurs d’une référence constante à un ailleurs. Aussi, l’ailleurs est l’au-delà d’une certaine limite, d’une certaine frontière. L’au-delà de la Méditerranée est l’ailleurs de l’enfance en Algérie. Lieux de souvenirs, de la mémoire de la nostalgie. Sa maison, ses lycées, ses trajets apparaissent dans le film et signalent de loin ce passé devenu mémoire. Il y a aussi l’ailleurs imaginaire, celui de l’Espagne des marranes du XIVe siècle et celui de la ruine et des fermes abandonnées. Ainsi, et toujours pour commencer, le film s’étend et prend place entre l’Algérie du passé et cette Espagne rêvée, lieu d’une origine disparue. De ce fait, l’Espagne, avec ses villes et ses prairies, devient une pure matière métaphorique de quelques motifs de la pensée de Derrida. Entre le rêve et l’imaginaire il y a le présent, celui des Etats-Unis, ou encore celui de Paris, où nous sommes dans la compagnie d’un homme dans son travail et ses lieux réels. Voilà pour ce qui est de l’espace géographique du film. Quant aux autres espaces - poétique, psychique, philosophique — ils y sont dans le mouvement des images elles-mêmes, dans leurs associations, ou encore dans les nombreuses ellipses qui rythment le film. Par ces associations, ces sauts, les lieux deviennent des métaphores de la pensée. Ils disent, sans mot dire, quelque chose qui vient donner un relief ou un étai à la parole. Sur l’un de ces lieux, en Espagne, Derrida parle des différences sexuelles, des voix qui habitent la voix de tout un chacun. Pour qu’un espace démocratique s’ouvre, il faut libérer ses voix, afin de faire exister une musique... composée de voix féminines ou masculines. Une tresse des voix, disait-il. Le film lui-même est ainsi composé, une tresse d’images, de motifs, de tons, de rythmes, de voix : ses voix, les voix de Derrida, car il porte en lui, comme tout un chacun, une multiplicité de voix. Le film laisse entendre quelques-unes d’entre elles. Safaa Fathy, février 2000. DERRIDA partie 1 DERRIDA partie 2 DERRIDA partie 3 DERRIDA partie 4 envoyé par MELMOTH Compléments Nom à la mer Un film de Safaa Fathy avec Jacques Derrida - 29 min De tout c ?ur Un film de Safaa Fathy en trois temps, ou en trois mouvements, autour du motif du c ?ur. Avec Jacques Derrida - 54 min Lire :
« Derrida » (2002)
un documentaire de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman 1h 26, VO. Et si nous pouvions regarder Socrate élaborant ses dialogues ? Et si nous pouvions observer Descartes ou Spinoza au travail, à la maison, dans leur quotidien ? Peut-être les aborderions-nous différemment ? Peut-être les comprendrions-nous mieux ? Kirby Dick et Amy Ziering Kofman ont ainsi voulu suivre celui qu’ils considèrent comme l’un des penseurs les plus visionnaires et influents du XXème siècle, un homme qui a changé la façon dont nous appréhendons l’art, l’histoire, le langage : Jacques DERRIDA. Nous découvrons ainsi le père de la "déconstruction" au-delà du mythe, dans sa vie de tous les jours, avec ses amis, sa famille...Nous le suivons lors de son premier voyage en Afrique du Sud, et plus particulièrement, quand, après avoir visité la cellule de Nelson Mandela, il donne une conférence aux étudiants de l’université du Cap sur le sujet du pardon. Nous l’accompagnons de Paris à New-York, de son quartier aux amphis des plus grandes universités américaines où il enseigne. Nous apprenons au détour d’une de ses conférences sur le sujet des biographies à quel point il est difficile d’établir une corrélation entre la vie des personnages historiques et leur travail. Nous surprenons Derrida dans l’intimité, réfléchissant à la fidélité et au mariage, au narcissisme, à la célébrité et à l’importance de la pensée philosophique de l’amour. En refusant toute approche prévisible ou formatée, les réalisateurs de DERRIDA ont voulu que leur film soit une démonstration vivante de "DECONSTRUCTION". Jean-Philippe Tessé, Chronicart. Présentation et revue de presse. Une photographie de Serge PicardCette photographie a été prise le 22 mai 2002, peu après le deuxième tour des présidentielles. Serge Picard parle de sa photographie le 14 octobre 2010 (3’16). Philippe Lançon et Benoît Peeters la commentent.
La photographie a été publiée dans Libération du 22 mai 2002 avec un "portrait" de Luc Levaillant. Le bel et différent
Il hésite, il n’a pas tort. Il s’inquiète, il a de quoi.
Le penseur de la complexité craint les simplifications de presse, l’homme privé s’accorde la garde de ses secrets. Reste que le philosophe français vivant le plus lu au monde n’est pas prophète en son pays, et s’en désole, et s’en console, et s’en étonne.
Derrida, Jacques.
1942.
Il est Derrida.
Il a 72 ans et les femmes continuent à dire de lui : « Il est beau. » Il y avait la mèche blanche et musicale de Jankélévitch, il y a la tignasse neigeuse et léonine de Derrida.
Luc Levaillant, Libération du 22 mai 2002. [1] In la Contre-Allée avec C. Malabou (la Quinzaine-Louis Vuitton). |
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